Pascale Drivière

À propos de dessin.

 

 On peut dessiner avec n'importe quoi : avec un coquillage sur le sable mouillé, un fusain tiède sur les parois de la grotte, un crayon sur du papier, des aiguilles stériles sur sa peau, une souris sur un écran et même avec une machine à coudre sur un drap comme Pascale Drivière.

 La technique se nomme piqué libre :

Si l'on déplace son tissu sous l'aiguille de la machine, en ayant eu soin de l'affranchir auparavant de l'entrainement rectiligne des griffes, de le rendre libre, le point forme une ligne, la ligne un dessin.

(On peut de la même façon écrire et écrire c'est aussi dessiner, faire de la dentelle.)

 Les outils nécessaires  sont : une machine à coudre, avec son aiguille, un fil, un tissu : des “trucs de femmes”… Il y a d'ailleurs depuis  quelques années, une catégorie. Il y avait la peinture, la sculpture, la gravure, etc. Il y a maintenant l'art textile. Les filles y sont nombreuses. Bien sûr les femmes sont quelque peu “entrées” dans les Arts depuis la seconde moitié du vingtième siècle mais ce tiroir art textile n'est-il pas pour elles un nouveau ghetto ?

 Le dessein* de Pascale Drivière c'est bien de parler des femmes, femmes d'avant, femmes couseuses, couturières, brodeuses, femmes inlassables ravaudeuses, rapièceuses, raccommodeuses de chemises et par là de tous les accrocs de la vie ordinaire, en dessinant leurs visages, leurs yeux, leurs mélancolies, en recopiant avec application leurs lettres d'amour pour un guerrier absent, une amie fidèle ou une famille silencieuse.

 * Le mot s'écrivait jusqu'au dix-septième siècle indifféremment dessin ou dessein, indiquant alors l'idée de projet, précédant la peinture. Il a acquis depuis une vie propre, autonome.

 Mais c'est avant tout du dessin.

 Dessiner, dans les définitions admises, c'est d'abord faire courir un trait, délié ou laborieux, discret comme un cheveu ou appuyé, un trait qui dénonce immédiatement la main qui le trace.

La main de Pascale Drivière ne tient pas le crayon mais promène un tissu sous l'aiguille/crayon, c'est pareil : le trait ainsi tracé est constant dans son épaisseur et fluide, épuré comme celui de certains croquis de Matisse.

 Piqué libre = dessin libre ! Pascale accepte sans état d'âmes ce qui se passe alors, découvre pendant le  travail le visage qui se crée, le reconnaît, l'aime et lui parle. Nul besoin de corrections, de repentirs, pas de censure, (la machine ne l'autorise pas, ou alors en découdre !) Cela donne un dessin léger, sérieux à la fois et détaché. Libre !

 Pour moi, c'est du dessin, du beau dessin. On peut bien oublier la machine à coudre.

 

 

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