Le Rio1 et 2

Banyuls,

Vallée de la Roume, 1963

Dans les années 50, les parents nous envoyaient chaque été en colonie de vacances, quelques fois sanitaires donc salutaires pour les gamins du baby-boom de l'après guerre. Ensuite les “camps d'adolescents” prenaient le relais.

Cette année là, nous étions installés sous des marabouts et des tentes militaires au bord du lit sec d'un “Rio Grande” tout près de Banyuls dans les Pyrénées Orientales.

Le Rio était provisoirement absent de son lit mais l'on savait qu'au prochain orage il dévalerait des collines pour passer sous nos fenêtres de toile.

Régulièrement on nous octroyait une liberté de quelques heures. On nous lâchait en ville ou dans la campagne autour du camp. A cette occasion je remontais chaque fois de plus en plus haut le lit de cailloux du ruisseau immobile avec un camarade silencieux dont j'ai depuis oublié le nom et le visage.

Je me souviens de ce jour ou nous étions parvenus assez loin dans la garrigue, notre attention fut attirée par les taches claires d'un mur au travers de la végétation. Une maison se trouvait là, avec des parties ruinées, écroulées et pillées et d'autres aux portes et volets bouclés. La végétation l'envahissait et rendait l'exploration peu aisée.

Il me semble me souvenir qu'au travers des volets clos et sous les portes bloquées une “charge”, un mystère se glissaient et que l'on entendait une musique, les bruits d'une activité silencieuse et des conversations muettes. Je n'en sais rien, en fait. Il est probable que notre imagination d'explorateurs en culottes courtes organisait ce concert. Il n'est pas impossible aussi qu'aujourd'hui, sachant toute l'histoire de ce domaine refermé et dormant, j'invente  le souvenir de ces musiques.

Bien plus tard, dans les années 80, je suis retourné à cet endroit, par la petite route cette fois. Je n'ai pas eu de mal à retrouver la maison. Elle était en travaux : on avait entrepris de la dégager de sa jungle, elle serait bientôt complètement restaurée. Je sus ce jour là qu'on avait dérouillé les persiennes, vernis les portes, arrangé l'intérieur pour y accueillir de belles dames nues aux corps de bronze. On préparait enfin le retour d'Aristide Maillol à la Métairie ! Bientôt Dina descendrait le chemin, pieds nus, et bientôt débarrassée de sa robe rouge prendrait la pose.

Quand j'ai pu enfin entrer en visiteur dans la maison/musée de Maillol, il y a peu, j'ai découvert que le vieil Aristide était enterré là, dans son jardin, sans doute depuis sa mort en 1944. Lors de notre intrusion de 1963 j'aime croire qu'il nous guettait sous les buissons de figuiers sauvages.

Maillol, de la ligne au volume. Le musée Toulouse-Lautrec, à Albi, en collaboration avec la Fondation Dina Vierny, Musée Maillol, Paris, présente une exposition de dessins et de sculptures d’Aristide Maillol (1861–1944, Banyuls-sur-Mer) pour célébrer le 70e anniversaire de la mort de l’artiste. Exposition du 5 avril au 22 juin 2014