Estaque

 

Portrait présumé de Jean Estaque

Jean Estaque taille tout ce qui passe à proximité de son canif (toujours un couteau dans la poche, un canif de scout attaché avec une chainette) les manches des pinceaux, ceux des cuillères en bois, les porte-plume, le moindre bout de tilleul devient un bonhomme, un bon homme avec des yeux immenses et naïfs comme ceux des portraits du Fayoum. Il grave les ardoises d'écoliers jusqu'à les percer pour nous montrer le monde peu sérieux caché de l'autre côté.

Jean Estaque fait, avec tendresse et insolence, de petites sculptures, des jouets d'enfant, pour réveiller notre communale et activer les picotements de nos genoux couronnés, des voitures, des bateaux, (celui-ci plein de poupées noiraudes en hommage aux victimes de Lampedusa) des sculptures polychromes comme les chapiteaux de Sainte Austremoine à Issoire, des petites sculptures pour les avoir toujours sur soi, dans les poches et se les faire confisquer à la récrée.

Jean Estaque est un autre moine, il croit en Dieu, il croit aux dieux, mais pas n'importe lesquels, les siens. Il les invente et il les fabrique. C'est plus sûr, quand on connaît ses saints, on les honore. Il taille donc ses propres saints et il les traite de tous les noms : Honoré, Bouton, Doigts, Christophe, Blé (celui qui exauce les désirs de beurre et d'argent du beurre), Réunion (celui qui favorise les rassemblements).

Le soir, Jean Estaque ouvre leurs reliquaires, pille leurs tirelires, vide les troncs. Il capture les canonisés et leur introduit des pailles dans les orifices, leur fait des chatouilles sous les bras et leur promet les enfers ! Sorcellerie ! Me direz-vous ! Peut être. Mais on a bien le droit de penser libre !

Avec les pièces récoltées Jean Estaque achète sur les brocantes les éditions rares de Maupassant. Jean Estaque est éditeur, il publie Maupassant : avec application et un pinceau sculpté à six poils ou un porte-plume surmonté d'un hussard il recopie fidèlement les nouvelles de Maupassant avec une belle écriture anglaise scolaire et dodue. Il calligraphie avec amour les pleins et les déliés à l'encre blanche sur des fonds de nuit ou de pénombre. Jean Estaque recopie en tirant la langue les meilleures passages de Boitelle, de la Maison Tellier, du père Amable, de Mademoiselle Fifi et au milieu du texte il colle les personnages de la nouvelle, deux ou trois figurines sculptées hautes comme un paragraphe, au garde-à-vous dans leurs couleurs du dimanche (robes fleuries, rouge aux joues, complets vestons et souliers vernis) Ils se présentent, ils vont jouer la pièce ou ils saluent, lecture faite, rideau !

Maupassant adore ! Et pour remercier Jean Estaque, flanqué de Leloir et de Mirbeau, il l'emmène régulièrement prendre un verre à la Feuille de Rose, Maison Turque de réputation.

Jean Estaque expose à Rodez, du 7 mai au 13 juillet à la Médiathèque et à la Menuiserie

 

La Menuiserie, chez Jeanne Ferrieu, rue du 11 novembre, comme son nom le dit, est une caravelle du temps de la marine en bois, pas une brique, que des planches ! Embarquement garanti !

La médiathèque est une médiathèque, au centre ville, en face de l'Hôtel de Ville.