Saramon

La maison de Jean Vidal à Saramon

Jean Vidal est héritier du père Cézanne qui voulait traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône, le tout mis en perspective. Cézanne inspire les cubistes, il est à l'origine d'un esprit de géométrie qui conduira aux abstraits géométriques, mais lui, remet des poutrelles solides dans la peinture impressionniste ( qui en avait bien besoin, faite d'air, de touches impalpables de ciels et de brouillards ) à la manière du jardinier qui construit sa cabane à outils, de bric et de broc, d'une manière infiniment primitive.

Jean Vidal reconstruit de cette façon des obélisques, des pyramides et des colonnes de temples, ou plutôt en dessine le squelette, l'idée même, dans l'espace, d'un trait de fer rehaussé d'une couleur primaire, primitive.

Il montrait il y a peu, au Frigo à Albi, des architectures récentes, plus neuves, plus "sorties d'usine", lisses et finies à la manière des œuvres minimalistes des années 60 et 70, des vertiges, expliquait-il, des hauts de ponts, de viaduc, de tours, qui trouvaient cependant leur place dans la petite salle du Frigo malgré leur caractère monumental.

Je suis plus sensible aux verticales rouillées, tordues ou mal redressées, aux pieux de bois recouverts il y a longtemps de peinture maintenant usée, rouge, bleue, jaune écaillé, qui peuplent avec affection sa maison familiale de Saramon.

Les dessins de fer de Jean Vidal y sont installés depuis l'extérieur et soulignent, encadrent, soutiennent, indiquent, conduisent dans la maison.

Depuis le bas, par les petits escaliers de pierre ou de bois, les volées de trois ou quatre marches, on grimpe dans une sensible installation, dans une œuvre totale signée Jean Vidal. Ses flèches archaïques, ses arbalètes inoffensives montrent le parcours vers le ciel, une pièce de bois des colombages extérieurs soulignée par une drôle de règle gradué de David Lachavannes le laissait deviner, il faut aller jusqu'au grenier pour trouver derrière la porte bleue, l'atelier de l'artiste.

L’ascension est douce, on ne fait pas d'effort, on croise des amis, des inconnus, la mère de Jean qui pose en starlette dans le studio familial, son père, enfant, ses oncles, ses tantes. La maison est habitée, la table est mise, on a ouvert les fenêtres pour que le soleil réchauffe les chambres, on est en vacances d'automne, c'est l'été de la Saint Martin.

Les transparences, les effacements d'Aline la discrète et toutes les œuvres de leurs amis jouent la même partition avec les images, les photos, les objets et toute la mémoire de la maison qui n'est pas devenue pour autant un musée (un musée est une forme de cimetière) ni un album de famille nostalgique. C'est un intime Lascaux dans lequel je ne suis pas étonné de rencontrer Giorgio Morandi, (autre enfant de Cézanne) endormi au coin de la table, couronné de l'une de ses natures mortes silencieuses.

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