mugshot

 

Les mugshots de Paul Smark

Ils posent, bien obligés, de face, de profil, quelques instants après leur arrestation plus ou moins musclée. Leurs visages témoignent d'un retour au calme ou d'un choc, d'un accord ou d'un renoncement, ou d'une révolte intérieure, le sourire au bord des lèvres de leurs têtes ordinaires de petites frappes ou de gros gibiers, coffrés pour tapage nocturne sur la voie publique ou meurtres en série ; même traitement préalable : la photo, un numéro blanc sur une ardoise noire pour entrer pour la première fois, pas la dernière, dans le fichier de la police.

Les mugshots sont ces photos en noir et blanc, prises lors des arrestations par la police fédérale dans les états des États, ceux Unis d' Amérique, depuis la légende de l'ouest ou la prohibition. Depuis celui de Scarface (surnom d'Al Capone) il y en a de très connus sur le net, des vrais et des faux, innombrables intermèdes romantiques dans la vie des stars : Jane Fonda, poing levé, David Bowie, Steve Mac Queen arrêté pour conduite en état d'ivresse, Sinatra, Marilyn, Elwis, Johnny Cash, Dominique Strauss Kahn, etc !

Ceux qu'a choisi Paul Smark sont des sans-noms, des anonymes, des péquins disparus depuis lurette de la mémoire des bureaux policiers et de celles de leurs proches. Paul Smark a choisi des humains basiques, se montrant de face et de profil pour faire des dessins et des gravures, c'est ce qu'il dit. Il aurait pu faire le portrait de Dalida ou de Georges Brassens, non il a choisi des amerloques, des blues-mens, des cow-boys Arthur, des chercheurs d'or et de misère comme il les aime, il les a choisi et a fait leurs portraits gravés, technique pas si simple, puis encadrés d'une respectueuse chemise blanche et accrochés avec des chaînes aux murs du bar Jour de Fête qui n'est pas le premier rade venu ! Ça me montre qu'il les considère et les remercie d'avoir posé pour lui et laissé libre de droits l'image de leurs tristes figures !

Paul Smark, ça n'est pas son vrai nom, c'est sûr, c'est un emprunt, peut être même un vol ! C'est un graveur clandestin qui rêve de réaliser à l'ancienne des faux billets comme Robert Mideau, le cave qui se rebiffe. Les gravures sont anonymes aussi, pas de signature, c'est un discret, un taciturne, un silencieux, qui ne veut pas être repéré, pas faire de bruit ni de vagues.

Ce ne sont finalement que des autoportraits ! Paul Smark, t'a voulu passer inaperçu, c'est loupé ! Ils te ressemblent tes repris de justesse ! Le bureau d'identification est formel : même noir dans la tignasse, même tendresse, mêmes silences, même façon de s'excuser d'être là, discrétion assurée ! On t'a reconnu, Paul Smark ! Ta cavale prend fin ! Damned ! Tu es fait ! Photo de profil, de face, ardoise avec le numéro !

Bon, sans rire, c'est une belle série de dessins (c'est du dessin, du dessin qui chante le blues) sur la plaque de zinc (le métal des comptoirs) puis imprimés en gravure avec de beaux gris d'aquatintes entre les noirs velours et le blanc du papier, à voir pendant une permission de sortie au Bar le Jour de Fête, boulevard Valmy à Albi jusqu'au 26 février.

 

 

 

 

 

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