18 mars 2018

Joliane Siegel explications de texte

Joliane Siegel, même pas peur !

avec explication de texte nécessaire car je découvre avec stupeur que mon modeste propos peut être ressenti de plusieurs façons

 D'aucuns prétendent ( Paul Vilain le dernier en date, vendredi soir au vernissage de l'expo Transmigrations au MAMC de Cordes ) que Joliane Siegel serait une sorte de peintre/lanceur d'alertes qui tenterait plus ou moins vainement de nous sensibiliser aux malheurs variés de la planète, de nous prévenir avant qu'advienne l'apocalypse, de nous mobiliser pour enfin agir, devenirs bons et installer pour vendredi prochain un age d'or et de fraternité, vaincre la guerre, l'exploitation de l'homme par l'homme, la misère qui poussent sur la belle Méditerranée des embarcations précaires chargées de migrants blacks ceinturés de leurs gilets oranges pour faire complémentaire avec leur peur bleue.

Je trouvais le propos de Paul Vilain un peu réducteur de vouloir faire de Joliane Siegel une simple militante et bien qu'il eut utilisé le terme actuel de lanceur d'alerte il me semblait qu'il faisait d'elle une ringarde artiste engagée façon mai 68 ( Paul Quilès par sa question : vous reconnaissez vous dans ce vient de dire Paul Vilain ? semblait attendre comme moi qu'elle précise un peu ses intentions, mais sans doute ais-je interprété ) J'ai adopté pour cette introduction un ton ironique pour me moquer de mon propre romantisme nostalgique de cette époque

Ce n'est pas ce que j'ai vu : j'ai vu notre réalisme quotidien, nos maux de ventre habituels, nos blagues de récréations, nos peurs ordinaires si petites, j'ai vu l'humour trivial des farces de Molière, des masques, un carnaval de Jérôme Bosch, du burlesque ! Bon d'accord, aussi nos questions sans réponses, vieillir, survivre, en rire, mourir ?

Je voulais dire là que pour moi son propos était plus personnel et plus mystérieux, qu'il pouvait me toucher de façon physique (maux de ventre) et me ramener aux peurs de l'enfance (aux si petites peurs dans nos campagnes et dans nos villes occidentales toujours en paix et en relatives prospérités) aux jeux cruels de la cour de récréation, au carnaval hérité du moyen age, ma référence à Bosch était un sacré compliment, comme celle au burlesque des films américains ( j'aurai pu aussi évoquer ceux de Cocteau )

J'ai vu une grande fête, désespérée sans doute, mais une fête, le Minotaure avait une bonne tête de vache paisible, micro en main dans sa caisse déclouée, harcelé par un insecte inoffensif, une truie rose dans sa robe rouge, raté le strip-tease, les anneaux qui l'entravent sont des anneaux libres, une souris verte prise, attrapée, Joliane la montre à ces messieurs, le vautour trinque avec son chat blanc, l'abat-jour et son ampoule de nos dessins d'enfant se balancent, le plancher des vaches sacrées se dérobe sous nos genoux déjà couronnés, impossible de se maintenir, les fauteuils ont des roulettes, inévitables seront les chutes, d'autres seront sauvés par l'envol !

J'ai trouvé que contrairement à ce qui se disait dans le Musée vendredi sa peinture n'était ni triste ni angoissante et que donc elle ne me faisait pas peur, je trouvais ses séries drôles et festives, sans doutes cruelles mais comme pouvait être la mythologie grecque ou les dieux se trucidaient à qui mieux mieux dans une sans doute nécessaire paillardise ! Je cite la aussi les références aux comptines enfantines et autres symboles ( la présence de l'abat-jour et de son ampoule me touche particulièrement, tous les enfants du monde ont installé cet éclairage dans leurs dessins depuis l'invention de l'électricité et l'on en retrouve encore beaucoup aujourd’hui malgré la modernité des leds et autres spots ! ) mes comparaisons appuyées avec un univers enfantin est aussi pour moi un hommage et un compliment

C'est vrai, la série Good Luck déménage un peu plus, l'humain passe un sale quart d'heure, mais le cerbère rouge qui l’entraîne en enfer ressemble aux crocodiles que dessine mes petits enfants ! L'humain donc, elle ose un humain, fraîchement descendu du singe, le Minotaure a jeté le masque, il n'y a plus le filtre anthropomorphique, damned ! nous sommes découverts ! c'est toi, c'est moi, c'est nous !

Même idée : la comparaison avec les dessins de mes petits enfants est un compliment, je dis là que son Cerbère est finalement peu féroce, en tous cas il n'est qu'une représentation, nous n'avons rien à craindre de ses crocs

J'ai aussi vu la peinture, on en parle jamais, on dit ce que raconte le tableau ou ce que l’on croit qu'il raconte, mais on ne voit que rarement la peinture, on parle peu des moyens inventés pour raconter, du dessin, des couleurs, des coups de pinceaux, des glacis, des accords ou des dissonances, du support, du format choisi, du grand, du petit tableau, du quasi carré, de la longue marine, des séries où le peintre recommence et dont les pièces se demandent si elles pourront vivre séparées, j'ai vu la peinture en particulier dans les vagues de Good Luck et dans les deux petits formats posés sur le bord du mur, nature morte à la tête du Minotaure, carafe renversée, table rouge et sa voisine où l'homme singe renverse la carafe .

Et puis quand même je termine sur la Peinture ! j'aurais du mettre une majuscule ! Je dis que je vois une peintre, que je vois sa passion pour cette drôle d'activité que la majorité de nos semblables considèrent comme accessoire voire inutile, j'aligne nos mots du métier, notre vocabulaire, notre orthographe, nos préoccupations plastiques, nos admirations réciproques et ridicules pour un petit pan de mur jaune que personne n'aura vu !

j'ai vu ça, mais comme on dit, chacun y voit … là c'est pour dire que mon petit avis ne vaut pas plus qu'un autre, mais que nous avons encore de la chance de pouvoir le donner et le publier

"Je mets en scène des histoires, la peinture les fait ensuite voyager, elle les dépose sur d’autres rétines que la mienne, réveille d’autres mémoires, d’autres morts, d’autres questions ̎  confie Gérard Garouste dans L’Intranquille en 2009

j'aimais bien cette idée de Garouste qui semble vouloir dire que dès que notre toile est installée, proposée aux regard, elle ne nous appartient plus

Joliane Siegel / Transmigrations / Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes sur Ciel

( elle titre ses séries en anglais, elle ne signe pas, il me semble )

Posté par artpieton à 09:51 - - Commentaires [1] - Permalien [#]