Art contemporain au village

Georg Baselitz est un artiste contemporain allemand très connu qui pratique la peinture ( il est célèbre pour présenter ses toiles... à l'envers ! lors de ses expositions ) la gravure et aussi la sculpture, le plus souvent sur bois : voici ce qu'en dit Vincent Zonca en novembre 2011 :

 

 

Faire violence à la matière et à la sculpture : ainsi pourrait se définir la démarche menée par l’artiste allemand au cours de ces trente dernières années. Car c’est à la tronçonneuse, à coups de hache et de ciseau, que Georg Baselitz attaque le bois, le violente et le mutile, afin de représenter corps et visages. Une prise de risque maximale, où la moindre erreur, le moindre dévoiement du trait ou de l’entaille, peut briser l’œuvre à tout instant : « Une fois que vous avez attaqué le bois, vous ne pouvez plus reculer, ce qui est coupé est coupé » dit-il. Fatalité et violence du geste artistique, donc. Né en Saxe, en 1938, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, Georg Baselitz fut tout d’abord peintre et graveur. Ce n’est qu’à l’âge de quarante ans qu’il se lance dans la sculpture. Il va alors renouveler progressivement et profondément l’art sculptural d’après-guerre par une dénudation radicale de son langage. C’est que Georg Baselitz provoque et refuse toute élégance dans le traitement de la matière : travaillant uniquement le bois – et le bois brut, il sculpte et taille grâce à des instruments habituellement destinés à détruire ou à découper/rationaliser le bois, qu’il rehausse ensuite vaguement par quelques rapides aplats de peinture brute et aux couleurs minimales (couleurs primaires, plus le noir et le blanc).

 

Georg Baselitz a un disciple en Occitanie en la personne de Yves Caumard, dont l'une des œuvres, la plus inspirée, est installée au centre de notre village, sur la grande place de Villeneuve-sur-Vère !

 

Passionné par la taille et la formation des arbres, Yves Caumard manie aussi bien la tronçonneuse que le couteau à greffer ou le sécateur. Il avoue partager son temps entre ses trois passions, les arbres, truffiers ou non, le karaté et le camping-car. Aujourd'hui, fort de son expérience, il est membre du syndicat de la truffe de Lalbenque et de celui du Tarn. Yves aime établir la comparaison entre la taille des arbres et le karaté, ancré sur le tatami, les pieds étant les racines ; les jambes, le tronc ; le corps, la charpentière et les bras, les branches latérales.Toujours autant passionné par la nature, en particulier par les arbres, truffiers ou fruitiers, mais aussi le jardinage, Yves Caumard vient de récolter, dans son jardin extraordinaire, une tomate cœur-de-bœuf aux caractéristiques impressionnantes : 1,620 kg sur la balance pour 65 centimètres de circonférence. Cette tomate, comme les autres ayant mûri parmi les 80 pieds plantés par Yves, a bénéficié d'un traitement de faveur, sans aucun produit chimique, nourrie de terreau, de fumier, de paille et de 250 litres de purin d'orties fermentés pendant quatre semaines, puis enfouis dans la terre.Toujours en quête de performances, Yves Caumard avait déjà établi un record personnel il y a trois ans, avec une pomme de 1 336 grammes, fruit de sa science de la taille des fruitiers. Son secret résiderait donc dans sa façon de tailler ou d'élaguer les arbres… et les pieds de tomates. ( La Dépêche du Midi )

 

Baselitz Caumard

 

Même matériau de départ donc pour Yves Caumard et Georg Baselitz : une belle pièce de bois brut, même outil fumant : la tronçonneuse pétaradante qui ne pardonne pas la maladresse : la truffe énorme réalisée par Yves pour sacrer Villeneuve-sur-Vère capitale du très recherché champignon ascomycète estomycorhizien est d'une belle taille et vu le prix du gramme à la dernière foire, doit valoir son pesant d'or noir ! Encore un record pour le Lalbenquois !

Au delà de ces choix, la démarche des deux sculpteurs est la même, infiniment contemporaine par sa simplicité : la pièce de bois, du chêne, j'espère, pour Yves Caumard, choisi pour sa longévité, sa résistance aux intempéries et pour le remercier d'abriter entre ses racines la précieuses truffe, est dégrossie à la tronçonneuse pour en faire non pas une boule parfaite mais une sorte de loupe à laquelle seule la nature peut donner une forme aussi pleinement organique, puis la chaîne de l'engin vient en rayer la surface donnant une équivalence de texture avec la croute du célèbre champignon sous-terrain. Enfin le goudron viendra installer le noir si profond qui le caractérise et le nomme ! Le socle de bois et de pierre sur lequel l'objet est installé et qui le sacralise et en fait une œuvre d'Art expressionniste autant que primitive, pourrait être plus haut à mon avis pour lui ajouter encore plus de majesté .

 

Je pense que nombreux sont les passants qui ne voient en cette gentille évocation de bois qu'un pense bête pour ne pas oublier la date annuelle de notre foire à la truffe ( premier dimanche de février ) et j'espère que désormais, lecture faite de ma modeste prose, ils seront légions à reconnaître le talent de l'artiste.