peintres et autres plasticiens, expos...
28 nov. 2018

Art postal Art postable Mail Art

Longtemps je me suis levé de bonne heure pour écrire à mes amis et leur envoyer de mes nouvelles par le moyen aujourd'hui quelque peu désuet de la Poste, dans une enveloppe blanche, sur laquelle j'écrivais avec calligraphie leurs adresses et collais la nécessaire vignette rouge au visage de la Marianne de la République.

J'ai rapidement pris l'habitude de barbouiller de couleurs mon envoi, d'y ajouter collages et paillettes et de détourner l'affranchissement en fabriquant de faux timbres :

 

blog 2

j'ai reçu des merveilles, des petits mots, des billets, des messages, des missives, des épîtres, des babillardes, des bafouilles, des présentes, tous bariolés et ornés ! Ma boîte aux lettres ne déprimait plus, mon facteur souriait toujours, ne me demandait plus de signer là et a cessé de m'accuser de réception !

blog

Art postal, mode d'emploi

Ce jeu d'adresses consiste à jeter un peu d'art dans nos boîte aux lettres pleines de factures et de publicités, pour faire plaisir, pour faire sourire ses correspondants.

Confectionner auparavant avec amour, application, de la colle, des ciseaux ... quelques chose de joli, pas trop grand, pas trop lourd, à partir d'une enveloppe, d'une boîte ou de n'importe quel objet.

Coller un ou plusieurs timbres sur l'objet, y inscrire une adresse et confier ce trésor à la Poste comme on abandonne une bouteille à la mer … ( sans oublier d'indiquer sa propre adresse au dos de l'envoi )

Attendre patiemment une toute aussi jolie réponse …

 

La poésie transe-mise au facteur

Les artistes sont tous timbrés car ils se mêlent d'art en prenant toutes les correspondances inutiles mais non futiles pour l'utopie. Mail art est difficile. Poésie de l'être mis à nu par ses destinataires même, postée aux aguets, dans sa boîte à l'être au cachet de cire fondue, mise en facteur, équation à x inconnues, poésie express délivrée en paquets de liberté recommandée sans aucun accusé de réception fastueuse, plis visuels du son-or, cris de l'écris sous enveloppes au silence assourdissant, chant du cygne clamé à tous les timbres de voie, voix du vois, non oblitérée, en oubli terré, échos d'expéditions lointaines, levées des contrées inconnues de l’art où l'écriture est danse de l'âme, retour allant voyeur du spectateur qui fait l’œuvre bien sûr, le cachet de la poste faisant foi pour toujours être en vie.

Albert Dupont pour Marc Pessin

 

écrivez-moi ! si chic est l'envoi et charme la poste, illico je riposte !

jacques trouvé 26 chemin de rouquette 81130 villeneuve sur vère

 

 

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15 oct. 2018

Aline Zanini

AlineNoces de papier

Le Gilles est au garde à vous, debout sur la table, à bonne hauteur : on prend ses mesures pour confectionner son habit de lune en papier translucide.

Le Gilles, sa collerette, ses chaussons, ses rubans, le béret qui auréole son visage, son prénom pluriel, son absence.

Le Gilles se tait, ni ne bouge, ne doit pas bouger, le papier ne doit pas bruire.

Toutes les femmes, longues femmes, murmurent, chuchotent. Toutes tournent autour du Gilles, prestement, sans aucun bruit, juste la mastication des grands ciseaux de couture qui découpent les patrons dans de grands lais de silence.

Le Gilles est lointain, envolé, il songe à la mariée toute nue à qui l'on ajuste sa robe dans la pièce à coté, en secret bien gardé, fenêtres obturées de papier huilé. Des milliers d'épingles à têtes nacrées frôlent sa peau de lait.

Les petites demoiselles d'honneur, petites filles bras levés, s’envolent.

̎Te salis pas ! ̎ crient les mères.

Aline, deux demi-lunes accrochées à ses oreilles, raconte les tulles, les empilements de mousselines que la brume cachera chaque jour un peu plus jusqu’à rejoindre le blanc des cimaises .

Aline dit l'absence, les habits délaissés, leurs étoffes où subsistent des parfums discrets, éphémères.

Le Gilles de Watteau qu'elle reprend avec tendresse, le dessin de son visage dans un tondo de broderie.

Aline Zanini, expose au Frigo, rue Bonnecambe à Albi, jusqu'au 27 octobre ( du mercredi au samedi de 15h à 18h30 )

̎  on n'écrit pas sur un tableau, ou alors un poème ̎  ( Modigliani )

 

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24 mai 2018

Le petit peuple de Sally

Le petit peuple de Sally

Sally

Pendant que nous dormons, le petit peuple de Sally Pignet avance. Hommes, femmes et enfants marchent. Ils migrent, transhument, se déplacent, fuient, décampent, déménagent silencieusement. Les dieux qui les ont pétris leurs ont promis une terre qu'ils pourront/devront cultiver pour gagner le ciel.

Sally les accueille au sortir des camps ou fraîchement débarqués sur une plage ou franchissant un col, une frontière virtuelle. Ceux là sont miraculeusement sauvés, libérés, vivants, ce sont les plus costauds, ils vont tenter de reconstruire une vie possible, pour cela ils nous demandent asile provisoire. Sally reprend le pétrissage défectueux des dieux, refait des humains en prenant pour modèles ses propres histoires d'exode. Sally, crânement, utilise le même matériau que les dieux : la terre, l'argile molle à laquelle on peut, en ajoutant et retranchant inlassablement, donner presque toutes les formes et qui sera à la fin durcie à haute température. Presque toutes les formes, car en attendant, Sally doit toutefois renoncer aux trop fines envolées de la matière, qu'une armature cachée soutiendrait mais qui menacerait la solidité de l’œuvre pendant la cuisson. Le poids de l'argile, l'attraction terrestre demande du socle à l'artiste, la terre attire la terre, la contrainte de la gravité l'oblige à faire les jambes courtes et les chaussures énormes.

Et de ce fait le petit peuple de Sally ne peut plus bouger, les jambes sont trop lourdes, les semelles immenses collent à la boue du chemin. Comme l'homme qui marche d'Alberto Giacometti qui a aussi des pieds démesurés, ses migrants sont immobilisés, pétrifiés, statufiés. Pour reprendre la route et au bout redevenir libres ils devront échapper à la gravité et seul l'artiste peut organiser leur évasion, leur accorder de nouveau le mouvement. Ou au contraire, comme Michel Ange, il peut déposer son burin et sa massette et ne pas terminer la taille, ne pas libérer ses esclaves de leur bloc de marbre.

Selon Francis Ponge : " la fonction de l'artiste est fort claire : il doit ouvrir un atelier et y prendre le monde en réparation, par fragments, comme il lui vient "

Le petit peuple de Sally ne demande qu'à repartir et à grandir. Déjà, dans ses dernières créations, des oiseaux se sont posés sur les épaules de quelques-uns de ses protégés, une végétation d'argile enlace quelques-autres, autant de signes d'élévation, une tour de Babel qui plairait beaucoup à Ferdinand Cheval se hausse vers le ciel et là haut, sur la passerelle du paquebot-hôtel de Cerbère qui va gagner le grand large , ils sont une multitude agitant leurs mains.

L'expo au Frigo à Albi est terminée. Ce qui reste du petit peuple fragile de Sally repose dans le papier bulle et les cartons. Le voyage immobile se poursuivra lors d'une prochaine installation.

 

 

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30 avr. 2018

hommage à la truffe

Art contemporain au village

Georg Baselitz est un artiste contemporain allemand très connu qui pratique la peinture ( il est célèbre pour présenter ses toiles... à l'envers ! lors de ses expositions ) la gravure et aussi la sculpture, le plus souvent sur bois : voici ce qu'en dit Vincent Zonca en novembre 2011 :

 

 

Faire violence à la matière et à la sculpture : ainsi pourrait se définir la démarche menée par l’artiste allemand au cours de ces trente dernières années. Car c’est à la tronçonneuse, à coups de hache et de ciseau, que Georg Baselitz attaque le bois, le violente et le mutile, afin de représenter corps et visages. Une prise de risque maximale, où la moindre erreur, le moindre dévoiement du trait ou de l’entaille, peut briser l’œuvre à tout instant : « Une fois que vous avez attaqué le bois, vous ne pouvez plus reculer, ce qui est coupé est coupé » dit-il. Fatalité et violence du geste artistique, donc. Né en Saxe, en 1938, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, Georg Baselitz fut tout d’abord peintre et graveur. Ce n’est qu’à l’âge de quarante ans qu’il se lance dans la sculpture. Il va alors renouveler progressivement et profondément l’art sculptural d’après-guerre par une dénudation radicale de son langage. C’est que Georg Baselitz provoque et refuse toute élégance dans le traitement de la matière : travaillant uniquement le bois – et le bois brut, il sculpte et taille grâce à des instruments habituellement destinés à détruire ou à découper/rationaliser le bois, qu’il rehausse ensuite vaguement par quelques rapides aplats de peinture brute et aux couleurs minimales (couleurs primaires, plus le noir et le blanc).

 

Georg Baselitz a un disciple en Occitanie en la personne de Yves Caumard, dont l'une des œuvres, la plus inspirée, est installée au centre de notre village, sur la grande place de Villeneuve-sur-Vère !

 

Passionné par la taille et la formation des arbres, Yves Caumard manie aussi bien la tronçonneuse que le couteau à greffer ou le sécateur. Il avoue partager son temps entre ses trois passions, les arbres, truffiers ou non, le karaté et le camping-car. Aujourd'hui, fort de son expérience, il est membre du syndicat de la truffe de Lalbenque et de celui du Tarn. Yves aime établir la comparaison entre la taille des arbres et le karaté, ancré sur le tatami, les pieds étant les racines ; les jambes, le tronc ; le corps, la charpentière et les bras, les branches latérales.Toujours autant passionné par la nature, en particulier par les arbres, truffiers ou fruitiers, mais aussi le jardinage, Yves Caumard vient de récolter, dans son jardin extraordinaire, une tomate cœur-de-bœuf aux caractéristiques impressionnantes : 1,620 kg sur la balance pour 65 centimètres de circonférence. Cette tomate, comme les autres ayant mûri parmi les 80 pieds plantés par Yves, a bénéficié d'un traitement de faveur, sans aucun produit chimique, nourrie de terreau, de fumier, de paille et de 250 litres de purin d'orties fermentés pendant quatre semaines, puis enfouis dans la terre.Toujours en quête de performances, Yves Caumard avait déjà établi un record personnel il y a trois ans, avec une pomme de 1 336 grammes, fruit de sa science de la taille des fruitiers. Son secret résiderait donc dans sa façon de tailler ou d'élaguer les arbres… et les pieds de tomates. ( La Dépêche du Midi )

 

Baselitz Caumard

 

Même matériau de départ donc pour Yves Caumard et Georg Baselitz : une belle pièce de bois brut, même outil fumant : la tronçonneuse pétaradante qui ne pardonne pas la maladresse : la truffe énorme réalisée par Yves pour sacrer Villeneuve-sur-Vère capitale du très recherché champignon ascomycète estomycorhizien est d'une belle taille et vu le prix du gramme à la dernière foire, doit valoir son pesant d'or noir ! Encore un record pour le Lalbenquois !

Au delà de ces choix, la démarche des deux sculpteurs est la même, infiniment contemporaine par sa simplicité : la pièce de bois, du chêne, j'espère, pour Yves Caumard, choisi pour sa longévité, sa résistance aux intempéries et pour le remercier d'abriter entre ses racines la précieuses truffe, est dégrossie à la tronçonneuse pour en faire non pas une boule parfaite mais une sorte de loupe à laquelle seule la nature peut donner une forme aussi pleinement organique, puis la chaîne de l'engin vient en rayer la surface donnant une équivalence de texture avec la croute du célèbre champignon sous-terrain. Enfin le goudron viendra installer le noir si profond qui le caractérise et le nomme ! Le socle de bois et de pierre sur lequel l'objet est installé et qui le sacralise et en fait une œuvre d'Art expressionniste autant que primitive, pourrait être plus haut à mon avis pour lui ajouter encore plus de majesté .

 

Je pense que nombreux sont les passants qui ne voient en cette gentille évocation de bois qu'un pense bête pour ne pas oublier la date annuelle de notre foire à la truffe ( premier dimanche de février ) et j'espère que désormais, lecture faite de ma modeste prose, ils seront légions à reconnaître le talent de l'artiste.

 

 

 

 

 

 

 

13 avr. 2018

Ernest Daider

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Collioure, square Caloni, été 1980

Le petit homme regarde mes tableaux avec attention. Il a pourtant l'air d'un pêcheur d’anchois avec son béret vissé sur sa tête, son pantalon retroussé et sa clope au coin de la bouche. Les catalans d'ici, d'habitude ne s'intéressent guère à nos aquarelles, ils n' aiment pas beaucoup les peintres, les artistes, ils marcheraient même sur nos sous-verres posées au sol en attente d'installation sur nos chevalets de campagne instables.

Comment leurs grands-parents ont-ils accueilli Matisse et Derain venus ici en 1905 inventer le Fauvisme sur la plage du Boramar et tant d'autres depuis appliqués à peindre leurs catalanes colorées aujourd'hui en cales sèches définitives ?

Le petit homme dit qu'il fait des peintures lui aussi et qu'il regarde bien parce que ça lui apprend ! Il dit n'avoir jamais essayé l'aquarelle parce que c'est très difficile, le meilleur c'est Julien Py pour l'aquarelle.

Julien Py, le vieux râleur à la tête d'aigle, je le connais bien, nous nous sommes battus en duel, au pinceau ! Il disait vouloir me donner une leçon, je lui ai tenu tête ! La leçon d'aquarelle, je l'ai prise et de belle manière ! J'ai gardé la pochade qu'il m'a dédicacée en échange de la mienne !

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Le petit homme m'invite chez lui pour voir ses peintures, rue Saint Sébastien, dans les ruelles hautes de Collioure. La maison est pleine de ses œuvres : dans chaque pièce, du sol au plafond ! Il a résolu les problème de perspective, de premiers ou derniers plans de manière originale : il creuse ses personnages dans un bloc de plâtre ( le plâtre, le ciment il connaît, il vient de prendre sa retraite de maçon, il montre le tampon de meilleur ouvrier de France, il est né en 1906 et depuis le début du siècle, il en a vu passer des artistes et la couleur c'est bigrement contagieux ! ) et il les peint avec des couleurs follement gaies et une émouvante fraîcheur d'enfant ! C'est la fête à Collioure, le bal sous les platanes place de la République, on entend la sardane ! Il y a 186 danseurs ! Il raconte qu'il y a toujours un couillon qui vérifie et qui découvre qu'il en manque 2 : Ernest indique malicieusement qu'ils sont derrière le platane, bien sûr !

Sur les étagères il y a des albums avec toutes les photos de tous ses bas-reliefs, il est connu et vendu dans le monde entier, Il y a aussi les livres sur la peinture naïve, il est dans les livres, il cite de mémoire le numéro de sa page dans chacun d'eux !

Je monte souvent chez Ernest, en haut du village. Chaque fois, il fait un flan, il affirme modestement : les flans, je les fait bons ! Il descend sur le port regarder les peintres, nous discutons, il raconte sa première expo à Paris ( galerie Mazarine, place des Vosges ? ) et combien il s'est senti insulté la première fois qu'il s'est entendu qualifié de naïf ! Je fais des photos. Il ne veut pas poser pour un portrait à l'aquarelle, je travaillerais d'après mes diapos. Il tient à me donner un tableau, je trouve l'échange bien disproportionné !

Quand je reviens, au printemps suivant, mon portrait dans un carton, sous le bras, je trouve sa porte définitivement close.

Julien Py est représenté au Musée de Collioure, c'est justice. Mais sa ville à oublié Ernest Daider ! Ernest est également pratiquement introuvable sur internet qui connaît tout, qui sait tout ! Ernest est mentionné dans la collection Max Fourny au Musée d'Art Naïf de Vicq-en-Île-de-France, dans la collection Anatole Jakovsky du Musée d'Art Naïf de Nice et dans celle du Château de Gourdon au nord de Grasse, mais pas une seule bonne photo ne figure sur les pages consultées !

Aurais-je rêvé ?

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24 mars 2018

Georges Peignard

j'ai fait un beau voyage

Georges Peignard

j'ai fait un beau voyage dans le temps et dans l'espace dans l'univers si particulier de Georges Peignard, sculpteur de bois et d'os, rouilleur de métal et peintre au brou de noix pour donner le maximum de sépia à son imaginaire

mon petit conseil de visite : regarder la vidéo sur le net en mode silence pour voir son atelier, découvrir son feuilleton East End, avant d'aller voir son installation à l'Espace Écureuil, doucement, lentement, sans lire au préalable le texte de présentation, se raconter des histoires, ajouter des images du chocolat Pupier

et enfin puis s'instruire des intentions de l'artiste si besoin en écoutant son propos dans la vidéo proposée

jamais déçu toujours agréablement surpris par les choix de Sylvie Corroler à l'Espace Écureuil de Toulouse

Georges Peignard, l'entaille de Humbolt

Fondation d'entreprise espace écureuil pour l'art contemporain 3 place du Capitole à Toulouse

du 6 mars au 28 avril 2018

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18 mars 2018

Joliane Siegel explications de texte

Joliane Siegel, même pas peur !

avec explication de texte nécessaire car je découvre avec stupeur que mon modeste propos peut être ressenti de plusieurs façons

 D'aucuns prétendent ( Paul Vilain le dernier en date, vendredi soir au vernissage de l'expo Transmigrations au MAMC de Cordes ) que Joliane Siegel serait une sorte de peintre/lanceur d'alertes qui tenterait plus ou moins vainement de nous sensibiliser aux malheurs variés de la planète, de nous prévenir avant qu'advienne l'apocalypse, de nous mobiliser pour enfin agir, devenirs bons et installer pour vendredi prochain un age d'or et de fraternité, vaincre la guerre, l'exploitation de l'homme par l'homme, la misère qui poussent sur la belle Méditerranée des embarcations précaires chargées de migrants blacks ceinturés de leurs gilets oranges pour faire complémentaire avec leur peur bleue.

Je trouvais le propos de Paul Vilain un peu réducteur de vouloir faire de Joliane Siegel une simple militante et bien qu'il eut utilisé le terme actuel de lanceur d'alerte il me semblait qu'il faisait d'elle une ringarde artiste engagée façon mai 68 ( Paul Quilès par sa question : vous reconnaissez vous dans ce vient de dire Paul Vilain ? semblait attendre comme moi qu'elle précise un peu ses intentions, mais sans doute ais-je interprété ) J'ai adopté pour cette introduction un ton ironique pour me moquer de mon propre romantisme nostalgique de cette époque

Ce n'est pas ce que j'ai vu : j'ai vu notre réalisme quotidien, nos maux de ventre habituels, nos blagues de récréations, nos peurs ordinaires si petites, j'ai vu l'humour trivial des farces de Molière, des masques, un carnaval de Jérôme Bosch, du burlesque ! Bon d'accord, aussi nos questions sans réponses, vieillir, survivre, en rire, mourir ?

Je voulais dire là que pour moi son propos était plus personnel et plus mystérieux, qu'il pouvait me toucher de façon physique (maux de ventre) et me ramener aux peurs de l'enfance (aux si petites peurs dans nos campagnes et dans nos villes occidentales toujours en paix et en relatives prospérités) aux jeux cruels de la cour de récréation, au carnaval hérité du moyen age, ma référence à Bosch était un sacré compliment, comme celle au burlesque des films américains ( j'aurai pu aussi évoquer ceux de Cocteau )

J'ai vu une grande fête, désespérée sans doute, mais une fête, le Minotaure avait une bonne tête de vache paisible, micro en main dans sa caisse déclouée, harcelé par un insecte inoffensif, une truie rose dans sa robe rouge, raté le strip-tease, les anneaux qui l'entravent sont des anneaux libres, une souris verte prise, attrapée, Joliane la montre à ces messieurs, le vautour trinque avec son chat blanc, l'abat-jour et son ampoule de nos dessins d'enfant se balancent, le plancher des vaches sacrées se dérobe sous nos genoux déjà couronnés, impossible de se maintenir, les fauteuils ont des roulettes, inévitables seront les chutes, d'autres seront sauvés par l'envol !

J'ai trouvé que contrairement à ce qui se disait dans le Musée vendredi sa peinture n'était ni triste ni angoissante et que donc elle ne me faisait pas peur, je trouvais ses séries drôles et festives, sans doutes cruelles mais comme pouvait être la mythologie grecque ou les dieux se trucidaient à qui mieux mieux dans une sans doute nécessaire paillardise ! Je cite la aussi les références aux comptines enfantines et autres symboles ( la présence de l'abat-jour et de son ampoule me touche particulièrement, tous les enfants du monde ont installé cet éclairage dans leurs dessins depuis l'invention de l'électricité et l'on en retrouve encore beaucoup aujourd’hui malgré la modernité des leds et autres spots ! ) mes comparaisons appuyées avec un univers enfantin est aussi pour moi un hommage et un compliment

C'est vrai, la série Good Luck déménage un peu plus, l'humain passe un sale quart d'heure, mais le cerbère rouge qui l’entraîne en enfer ressemble aux crocodiles que dessine mes petits enfants ! L'humain donc, elle ose un humain, fraîchement descendu du singe, le Minotaure a jeté le masque, il n'y a plus le filtre anthropomorphique, damned ! nous sommes découverts ! c'est toi, c'est moi, c'est nous !

Même idée : la comparaison avec les dessins de mes petits enfants est un compliment, je dis là que son Cerbère est finalement peu féroce, en tous cas il n'est qu'une représentation, nous n'avons rien à craindre de ses crocs

J'ai aussi vu la peinture, on en parle jamais, on dit ce que raconte le tableau ou ce que l’on croit qu'il raconte, mais on ne voit que rarement la peinture, on parle peu des moyens inventés pour raconter, du dessin, des couleurs, des coups de pinceaux, des glacis, des accords ou des dissonances, du support, du format choisi, du grand, du petit tableau, du quasi carré, de la longue marine, des séries où le peintre recommence et dont les pièces se demandent si elles pourront vivre séparées, j'ai vu la peinture en particulier dans les vagues de Good Luck et dans les deux petits formats posés sur le bord du mur, nature morte à la tête du Minotaure, carafe renversée, table rouge et sa voisine où l'homme singe renverse la carafe .

Et puis quand même je termine sur la Peinture ! j'aurais du mettre une majuscule ! Je dis que je vois une peintre, que je vois sa passion pour cette drôle d'activité que la majorité de nos semblables considèrent comme accessoire voire inutile, j'aligne nos mots du métier, notre vocabulaire, notre orthographe, nos préoccupations plastiques, nos admirations réciproques et ridicules pour un petit pan de mur jaune que personne n'aura vu !

j'ai vu ça, mais comme on dit, chacun y voit … là c'est pour dire que mon petit avis ne vaut pas plus qu'un autre, mais que nous avons encore de la chance de pouvoir le donner et le publier

"Je mets en scène des histoires, la peinture les fait ensuite voyager, elle les dépose sur d’autres rétines que la mienne, réveille d’autres mémoires, d’autres morts, d’autres questions ̎  confie Gérard Garouste dans L’Intranquille en 2009

j'aimais bien cette idée de Garouste qui semble vouloir dire que dès que notre toile est installée, proposée aux regard, elle ne nous appartient plus

Joliane Siegel / Transmigrations / Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes sur Ciel

( elle titre ses séries en anglais, elle ne signe pas, il me semble )

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17 mars 2018

Joliane Siegel, même pas peur !

 

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Joliane Siegel, même pas peur !

D'aucuns prétendent ( Paul Vilain le dernier en date, vendredi soir au vernissage de l'expo Transmigrations au MAMC de Cordes ) que Joliane Siegel serait une sorte de peintre/lanceur d'alertes qui tenterait plus ou moins vainement de nous sensibiliser aux malheurs variés de la planète, de nous prévenir avant qu'advienne l'apocalypse, de nous mobiliser pour enfin agir, devenirs bons et installer pour vendredi prochain un age d'or et de fraternité, vaincre la guerre, l'exploitation de l'homme par l'homme, la misère qui poussent sur la belle Méditerranée des embarcations précaires chargées de migrants blacks ceinturés de leurs gilets oranges pour faire complémentaire avec leur peur bleue.

 Ce n'est pas ce que j'ai vu : j'ai vu notre réalisme quotidien, nos maux de ventre habituels, nos blagues de récréations, nos peurs ordinaires si petites, j'ai vu l'humour trivial des farces de Molière, des masques, un carnaval de Jérôme Bosch, du burlesque ! Bon d'accord, aussi nos questions sans réponses, vieillir, survivre, en rire, mourir ?

 J'ai vu une grande fête, désespérée sans doute, mais une fête, le Minotaure avait une bonne tête de vache paisible, micro en main dans sa caisse déclouée, harcelé par un insecte inoffensif, une truie rose dans sa robe rouge, raté le strip-tease, les anneaux qui l'entravent sont des anneaux libres, une souris verte prise, attrapée, Joliane la montre à ces messieurs, le vautour trinque avec son chat blanc, l'abat-jour et son ampoule de nos dessins d'enfant se balancent, le plancher des vaches sacrées se dérobe sous nos genoux déjà couronnés, impossible de se maintenir, les fauteuils ont des roulettes, inévitables seront les chutes, d'autres seront sauvés par l'envol !

 C'est vrai, la série Good Luck déménage un peu plus, l'humain passe un sale quart d'heure, mais le cerbère rouge qui l’entraîne en enfer ressemble aux crocodiles que dessine mes petits enfants ! L'humain donc, elle ose un humain, fraîchement descendu du singe, le Minotaure a jeté le masque, il n'y a plus le filtre anthropomorphique, damned ! nous sommes découverts ! c'est toi, c'est moi, c'est nous !

 J'ai aussi vu la peinture, on en parle jamais, on dit ce que raconte le tableau ou ce que l’on croit qu'il raconte, mais on ne voit que rarement la peinture, on parle peu des moyens inventés pour raconter, du dessin, des couleurs, des coups de pinceaux, des glacis, des accords ou des dissonances, du support, du format choisi, du grand, du petit tableau, du quasi carré, de la longue marine, des séries où le peintre recommence et dont les pièces se demandent si elles pourront vivre séparées, j'ai vu la peinture en particulier dans les vagues de Good Luck et dans les deux petits formats posés sur le bord du mur, nature morte à la tête du Minotaure, carafe renversée, table rouge et sa voisine où l'homme singe renverse la carafe .

 j'ai vu ça, mais comme on dit, chacun y voit …

"Je mets en scène des histoires, la peinture les fait ensuite voyager, elle les dépose sur d’autres rétines que la mienne, réveille d’autres mémoires, d’autres morts, d’autres questions" confie Gérard Garouste dans L’Intranquille en 2009

 Joliane Siegel / Transmigrations / Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes sur Ciel

( elle titre ses séries en anglais, elle ne signe pas, il me semble )

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03 juil. 2017

Valérie de Sarrieu

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Valérie de Sarrieu, petits paysages monumentaux

 Aujourd'hui les moyens techniques d'expression plastique sont légions : les artistes utilisent la photo, la vidéo, ils installent, jouent avec les éclairages et le son, font intervenir des comédiens, etc, autant de propositions légitimes quand il s'agit de témoigner de son époque. Les gestes premiers, préhistoriques, ne sont toutefois pas oubliés et la peinture, le dessin, dont on a plusieurs fois publié les avis de décès, restent les piliers du métier. Et entre maintenant et hier, il y a l'Histoire de l'Art que nul n'est censé ignorer.

 Valérie de Sarrieu fait de la peinture, d'une manière traditionnelle que l'on pourrait qualifier de démodée, de dépassée voire de ringarde : elle utilise des pinceaux et des tubes de peintures, de la peinture à l'huile ! ( les modernes gouaches acryliques n'ont pas leurs places dans sa mallette de peintre) Elle place son support sur un chevalet de campagne léger et pliant et s'installe en plein air, elle peint ̎ sur le motif ̎ selon l'expression, elle contemple le paysage et le restitue sur son carton avec une certaine fidélité et une belle affection ! C'est une attitude insolite, aujourd'hui, réservée semble t'il aux peintres amateurs dits du dimanche, que de travailler comme Monet et ses comparses impressionnistes, comme Cézanne dans sa montagne Sainte-Victoire ou comme Matisse et Derain sur le port de Collioure, à l'encontre des codes contemporains.

 Sa façon n'est pas réaliste , il n'y a pas de désir de rivaliser avec la photographie, elle montre le paysage bien sûr, ne nous apprend rien de nouveau sur la beauté de la planète mais beaucoup sur la Peinture (j'ai mis une majuscule) Le sujet véritable de ses tableaux est bien la peinture, pas de lissage, le poil du pinceau se montre, il y a sa trace qui dénonce les gestes du peintre, elle connaît bien la technique de la peinture à l'huile, (elle a pratiqué la restauration d’œuvres) qu'elle utilise de manière simple, sans effets, sans frime ! Je me dis aussi que c'est une peinture savante, cultivée, qui n'ignore rien de l'histoire du paysage. Ses petits formats sont monumentaux. Valérie de Sarrieu s'y occupe de la couleur, les harmonies sont précieuses mais c'est le modèle qui les a inventées bien avant nous et qui les impose, elle s'occupe surtout de la lumière, trouve les réglages les plus fins pour distinguer les différents plans, pose un retour de lumière bleue dans un lointain, installe ici un puissant contraste, plus loin un ensemble de valeurs égales. Le ciel n'est pas derrière les arbres dans les paysages de Valérie De Sarrieu, mais entre les branches, les reflets ne sont pas au fond de l'étang mais miroitent en surface. C'est beau, juste (comme on dit d'un acteur qu'il est juste, ce qui ne veut pas dire qu'il soit vrai ) c'est ouvert, simple et libre quand elle frôle l'abstraction.

 ( Les trois grandes toiles présentées ont peut être moins de magie, moins de spontanéité. Un ami, qui connaît bien la peinture pour la pratiquer lui même de belle façon, me suggère qu'elles ont pu être réalisées en atelier et donc avoir été plus réfléchies, plus pensées. Nous convenons que c'est là leur moindre défaut ! )

 A voir, cette expression subversive à force de tradition, ces petits formats hors du temps et donc délicatement contemporains au Château de Saurs ( chemin Toulze à l'Isle sur Tarn ) associés aux sculptures-céramiques de Claude Devillard du 1er juillet au 23 septembre. De 10h à 12h30 et de 15h à 18h. Fermé le dimanche.

 

 

 

 

 

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19 juin 2017

Rolino Gaspari

Rolino Gaspari

Rolino Gaspari, artiste contemporain ?

Rolino Gaspari recouvre les chaussures et autres objets de pâte à modeler aux couleurs primaires ( on ne le devine pas mais je le sais parce qu'une fois, chez Jean Vidal, j'ai touché ! Et laissé dans la pâte rouge vif l'empreinte de mon index )

Il leur colle des pattes pour en faire des insectes obstinés qui s'appuient de l'une contre le mur impeccable du Frigo à Albi, ils ont quelque fois un œil unique de poupée qui nous fixe, étonné, nous contemple, insistant et bienveillant. Au fond de la salle deux Mickey approximatifs nous saluent de leur grande main à cinq doigts. Des dessins noirauds sont installés dans leurs cadres infiniment primitifs et bricolés.

Bon, moi je vois des trucs d'enfant, non ? Des jouets ? Des pieds de nez et des tendresses aux couleurs vives, des sourires !

J'ai croisé le bonhomme deux ou trois fois ces derniers temps, il fait des objets qui lui ressemble, même œil malicieux, même regard ouvert, tendance à s'excuser d'avoir posé là ses dernier dessins. On a le même age, on est plus des gamins non plus, il a l'apparence d'un adulte accompli et ne présente aucun signe d'un quelconque retard . À l'instar ( j'aime bien ce mot qui contient une étoile ! ) d'Albert, il est tireur de langue ! Comme lui, il a gardé dans ses poches une belle part de la cour de récréation, il joue aux billes dans sa tête et les copains qui sont là à regarder ses facéties ont les yeux qui pétillent et affichent rapidement une belle humeur ! 

Mais attention ! le Frigo est devenu un lieu d'art d'aujourd'hui, des artistes réputés contemporains s'y succèdent ces derniers temps et le style résolument actuel du texte de présentation le confirme :

Artiste inclassable qui développe avec vitalité une œuvre protéiforme primitive, malicieuse en jouant avec l’espace de la peinture et de la sculpture, et peut être même avec notre  propre espace tout court…Voici sans doute une exposition dont les œuvres contrairement à notre habitude nous regardent, nous les spectateurs…)

Les gens que je croise, verre à la main, également. Ce sont les garants de la bonne santé de cette chapelle et de la solidité de ses cimaises et de ses portiques.

Alors Rolino Gaspari, artiste contemporain ?

Le titre qu'il donne à son expo : "Tut-tut" Poussez-vous un peu s’il vous plaîtpour moi, raconte bien autre chose. Rolino Gaspari klaxonnerait pour se frayer un passage au milieu de cette assemblée et y garer ses chaussures à pattes ? Je me dis que non, que le Vénitien n'a que faire de cette étiquette et qu'il a bien repéré que le sol de Frigo a été ragréé et recouvert d'un beau lino bien plan en remplacement de l'historique sisal bosselé, c'est super pour, couchés par terre, jouer aux petites voitures !

Au Frigo, 9 rue Bonnecambe, à Albi, du 17 juin au 8 juillet, du mercredi au samedi, de 15h00 à 18h30.

 

 

 

 

 

 

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Posté par artpieton à 10:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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