13 avr. 2018

Ernest Daider

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Collioure, square Caloni, été 1980

Le petit homme regarde mes tableaux avec attention. Il a pourtant l'air d'un pêcheur d’anchois avec son béret vissé sur sa tête, son pantalon retroussé et sa clope au coin de la bouche. Les catalans d'ici, d'habitude ne s'intéressent guère à nos aquarelles, ils n' aiment pas beaucoup les peintres, les artistes, ils marcheraient même sur nos sous-verres posées au sol en attente d'installation sur nos chevalets de campagne instables.

Comment leurs grands-parents ont-ils accueilli Matisse et Derain venus ici en 1905 inventer le Fauvisme sur la plage du Boramar et tant d'autres depuis appliqués à peindre leurs catalanes colorées aujourd'hui en cales sèches définitives ?

Le petit homme dit qu'il fait des peintures lui aussi et qu'il regarde bien parce que ça lui apprend ! Il dit n'avoir jamais essayé l'aquarelle parce que c'est très difficile, le meilleur c'est Julien Py pour l'aquarelle.

Julien Py, le vieux râleur à la tête d'aigle, je le connais bien, nous nous sommes battus en duel, au pinceau ! Il disait vouloir me donner une leçon, je lui ai tenu tête ! La leçon d'aquarelle, je l'ai prise et de belle manière ! J'ai gardé la pochade qu'il m'a dédicacée en échange de la mienne !

aquarelle ok

Le petit homme m'invite chez lui pour voir ses peintures, rue Saint Sébastien, dans les ruelles hautes de Collioure. La maison est pleine de ses œuvres : dans chaque pièce, du sol au plafond ! Il a résolu les problème de perspective, de premiers ou derniers plans de manière originale : il creuse ses personnages dans un bloc de plâtre ( le plâtre, le ciment il connaît, il vient de prendre sa retraite de maçon, il montre le tampon de meilleur ouvrier de France, il est né en 1906 et depuis le début du siècle, il en a vu passer des artistes et la couleur c'est bigrement contagieux ! ) et il les peint avec des couleurs follement gaies et une émouvante fraîcheur d'enfant ! C'est la fête à Collioure, le bal sous les platanes place de la République, on entend la sardane ! Il y a 186 danseurs ! Il raconte qu'il y a toujours un couillon qui vérifie et qui découvre qu'il en manque 2 : Ernest indique malicieusement qu'ils sont derrière le platane, bien sûr !

Sur les étagères il y a des albums avec toutes les photos de tous ses bas-reliefs, il est connu et vendu dans le monde entier, Il y a aussi les livres sur la peinture naïve, il est dans les livres, il cite de mémoire le numéro de sa page dans chacun d'eux !

Je monte souvent chez Ernest, en haut du village. Chaque fois, il fait un flan, il affirme modestement : les flans, je les fait bons ! Il descend sur le port regarder les peintres, nous discutons, il raconte sa première expo à Paris ( galerie Mazarine, place des Vosges ? ) et combien il s'est senti insulté la première fois qu'il s'est entendu qualifié de naïf ! Je fais des photos. Il ne veut pas poser pour un portrait à l'aquarelle, je travaillerais d'après mes diapos. Il tient à me donner un tableau, je trouve l'échange bien disproportionné !

Quand je reviens, au printemps suivant, mon portrait dans un carton, sous le bras, je trouve sa porte définitivement close.

Julien Py est représenté au Musée de Collioure, c'est justice. Mais sa ville à oublié Ernest Daider ! Ernest est également pratiquement introuvable sur internet qui connaît tout, qui sait tout ! Ernest est mentionné dans la collection Max Fourny au Musée d'Art Naïf de Vicq-en-Île-de-France, dans la collection Anatole Jakovsky du Musée d'Art Naïf de Nice et dans celle du Château de Gourdon au nord de Grasse, mais pas une seule bonne photo ne figure sur les pages consultées !

Aurais-je rêvé ?

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06 avr. 2018

chien rouge + chute envol

 j'avais une dizaine d'années il me semble

mon père me montrait Paris, sa ville,

 nous allions de monuments en monuments

 de musées en musées

 au pas de course mais on les a tous vus

 enfin les plus illustres à cette époque

 celui de l'Homme, les Invalides avec le tombeau de Napoléon

 Carnavalet, Grévin, Versailles, etc

 au Louvre j'ai vu la Joconde bien sûr, la Vénus de Milo

 et la Victoire de Samothrace au sommet de son grand escalier

 

victoire

j'ai peint une série de cartons pour parler d'elle

je mets toujours en introduction une manière de poème :

chute et l'envol

parvenue nue au sommet du grand escalier Daru

soulevée par un formidable déluge

sa barque de marbre gris de Rodhes échouée là

la victoire déploie ses ailes de pierre symétriques

29 tonnes hauteur 5,57 mètres envergure 2,50 mètres hauteur

après hésitations celles de l'homme volant depuis la tour Eiffel

se jette dans le vide

qui fouillera sa tombe dans 1000 ans

lui permettre de revoir le soleil de Samothrace

le lièvre insolite la fuite est son quotidien

embarque

le vol

Cet hiver j'ai peint une série de cartons évoquant Pompéï et l'irruption du Vésuve, la ville est peuplée de centors, ( G, 8 ans, l'écrit comme ça, j'ai adopté son orthographe, avec sa permission )

ça flambe, le rouge domine !

Ça s'appelle CHIEN ROUGE ( on a moulé le corps d'un chien dans un creux funeste laissé par les cendres )

CHIEN ROUGE

Mimoun soldat de Marathon

bétail immobile chien rouge courir Mimoun courir soldat de Marathon femmes bras au ciel petit centor de Lupertz couronné chimères tortes monstres tors reviennent de chasses imbéciles fiers de leurs maigres érections se haussent et trônent sur de lourdes enclumes dorées burlesques podiums socles saugrenus rois sans bras veillés par les corneilles sibylles ciel rouge ciel noir plafond bas rien ne bouge barques vides

les cendres d'un vésuve hirsute recouvrent leurs banquets pour quinze siècles

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On peut en voir plus sur mon site : http://jacques-trouve.odexpo.com 

ou ici à l'atelier, si vous passez par nous : 26 chemin de Rouquette 81130 Villeneuve sur Vère 05 63 56 87 43

 

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30 mars 2018

Ohé !

Ohé !

bateau bouteille

En mars 2014 j'ai lancé depuis la plage une bouteille à la mer, comme un naufragé sur une île déserte, j'ai rédigé un billet d'humeur ( de bonne humeur ) sur l'expo de Patrick Laroche à Rignac sur mon blog nouveau objetsperdus

Patrick Laroche a répondu pour préciser quelque peu sa démarche, des amis communs s'en sont mêlés, des retours, des échanges, ça partait bien !

J'ai fait pendant les premiers temps feu de tous bois : des commentaires d'expos pour donner envie d'aller les voir, des fiches expos pour partager mes expériences, des sujets syndicaux sur nos droits et nos devoirs de plasticiens, des plaidoyers en faveur de l'art contemporain ou de l'art brut, des évocations particulières de 14/18 ou du Tour de France, etc

Il y a eut Charlie, Sivens, j'ai osé quelques pages presque politiques, regonflé par Floréal Roméro comme au temps de mes vingts berges ! J'ai aussi quelquefois bouché des trous avec un poème ou une photo insolite …

Une poignée de fans s'est tout de même abonnée à mes salades

Et puis devant le silence de la mer j'ai commencé à renoncer

Et même si j'ai croisé quelques amis qui me disaient être lecteurs réguliers

j'ai souvent pensé que ma bouteille ne s'échouait jamais sur l'autre rivage !

 

 

Mais bon, aujourd'hui ça repart !

alors pour me prouver que vous existez bien, là bas, de l'autre côté de mon écran

et que vous avez ramassé mes flacons sur la plage

merci de me laisser vos commentaires,

vos suggestions, vos critiques !

directement sur le blog, au pied de mes articles

merci de vous abonner nombreux !

afin que j'envahisse régulièrement vos boîtes mails de mes coups de cœur ou de blues !

vous êtes ici 2

quelques choses à voir / photos / images / bons points / billets d'humeur / textes choisis articles indéfinis / compléments d'objets / art et manières / toutes choses bonnes à dire / mots plus hauts que d'autres / occasions perdues de se taire

bienvenue sur

objets perdus

blog d'humeurs et cabinet de curiosités

entrez libres !

 

 

 

 

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24 mars 2018

Georges Peignard

j'ai fait un beau voyage

Georges Peignard

j'ai fait un beau voyage dans le temps et dans l'espace dans l'univers si particulier de Georges Peignard, sculpteur de bois et d'os, rouilleur de métal et peintre au brou de noix pour donner le maximum de sépia à son imaginaire

mon petit conseil de visite : regarder la vidéo sur le net en mode silence pour voir son atelier, découvrir son feuilleton East End, avant d'aller voir son installation à l'Espace Écureuil, doucement, lentement, sans lire au préalable le texte de présentation, se raconter des histoires, ajouter des images du chocolat Pupier

et enfin puis s'instruire des intentions de l'artiste si besoin en écoutant son propos dans la vidéo proposée

jamais déçu toujours agréablement surpris par les choix de Sylvie Corroler à l'Espace Écureuil de Toulouse

Georges Peignard, l'entaille de Humbolt

Fondation d'entreprise espace écureuil pour l'art contemporain 3 place du Capitole à Toulouse

du 6 mars au 28 avril 2018

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22 mars 2018

révolution mai 68

 

révolution

( un poème de Jacques Prévert que j'ai écrit moi même en mai 68 )

réveil mao

encercler l'ennemi sans faire de bruit

à contre jour à contre cœur

agiter avant de s’en servir

puis marcher sur Paris

en chantant au coin des provinces

les berceuses rouges des faubourgs

frapper ou sonner selon le cas

aux portes de la ville

faire peur au concierge

ne pas réveiller les enfants

demander à un agent la place centrale

et l’hôtel de ville

semer la panique et l’indignation

dans les rues traversées

faire courir des bruits inquiétants

dans les autres

ne pas dépasser les doses prescrites

penser à sa pauvre mère

parvenu au cœur de l’objectif

demander le silence et un micro

parler à la foule de choses et d’autres

de la pluie et du beau temps qui est revenu

répondre gracieusement aux aclamations

défendre la veuve et l’orphelin

tenir les siens en liesse

promettre un aérogare et des commodités

puis courir aux Tuileries en wagon plombé

séquestrer le roi le petit mitron

la boulangère et les écus

ne pas oublier de crier vive le roi

et encore le roi boit

le soir venu sortir un peu dans les jardins

être poli avec la reine mère

ne pas marcher sur les pelouses

songer à prendre du pain et éteindre le gaz

s’endormir très tard en héros et sans chemise

mettre son réveil pour huit heures

ne pas avaler

le lendemain songer à proclamer la république

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18 mars 2018

Joliane Siegel explications de texte

Joliane Siegel, même pas peur !

avec explication de texte nécessaire car je découvre avec stupeur que mon modeste propos peut être ressenti de plusieurs façons

 D'aucuns prétendent ( Paul Vilain le dernier en date, vendredi soir au vernissage de l'expo Transmigrations au MAMC de Cordes ) que Joliane Siegel serait une sorte de peintre/lanceur d'alertes qui tenterait plus ou moins vainement de nous sensibiliser aux malheurs variés de la planète, de nous prévenir avant qu'advienne l'apocalypse, de nous mobiliser pour enfin agir, devenirs bons et installer pour vendredi prochain un age d'or et de fraternité, vaincre la guerre, l'exploitation de l'homme par l'homme, la misère qui poussent sur la belle Méditerranée des embarcations précaires chargées de migrants blacks ceinturés de leurs gilets oranges pour faire complémentaire avec leur peur bleue.

Je trouvais le propos de Paul Vilain un peu réducteur de vouloir faire de Joliane Siegel une simple militante et bien qu'il eut utilisé le terme actuel de lanceur d'alerte il me semblait qu'il faisait d'elle une ringarde artiste engagée façon mai 68 ( Paul Quilès par sa question : vous reconnaissez vous dans ce vient de dire Paul Vilain ? semblait attendre comme moi qu'elle précise un peu ses intentions, mais sans doute ais-je interprété ) J'ai adopté pour cette introduction un ton ironique pour me moquer de mon propre romantisme nostalgique de cette époque

Ce n'est pas ce que j'ai vu : j'ai vu notre réalisme quotidien, nos maux de ventre habituels, nos blagues de récréations, nos peurs ordinaires si petites, j'ai vu l'humour trivial des farces de Molière, des masques, un carnaval de Jérôme Bosch, du burlesque ! Bon d'accord, aussi nos questions sans réponses, vieillir, survivre, en rire, mourir ?

Je voulais dire là que pour moi son propos était plus personnel et plus mystérieux, qu'il pouvait me toucher de façon physique (maux de ventre) et me ramener aux peurs de l'enfance (aux si petites peurs dans nos campagnes et dans nos villes occidentales toujours en paix et en relatives prospérités) aux jeux cruels de la cour de récréation, au carnaval hérité du moyen age, ma référence à Bosch était un sacré compliment, comme celle au burlesque des films américains ( j'aurai pu aussi évoquer ceux de Cocteau )

J'ai vu une grande fête, désespérée sans doute, mais une fête, le Minotaure avait une bonne tête de vache paisible, micro en main dans sa caisse déclouée, harcelé par un insecte inoffensif, une truie rose dans sa robe rouge, raté le strip-tease, les anneaux qui l'entravent sont des anneaux libres, une souris verte prise, attrapée, Joliane la montre à ces messieurs, le vautour trinque avec son chat blanc, l'abat-jour et son ampoule de nos dessins d'enfant se balancent, le plancher des vaches sacrées se dérobe sous nos genoux déjà couronnés, impossible de se maintenir, les fauteuils ont des roulettes, inévitables seront les chutes, d'autres seront sauvés par l'envol !

J'ai trouvé que contrairement à ce qui se disait dans le Musée vendredi sa peinture n'était ni triste ni angoissante et que donc elle ne me faisait pas peur, je trouvais ses séries drôles et festives, sans doutes cruelles mais comme pouvait être la mythologie grecque ou les dieux se trucidaient à qui mieux mieux dans une sans doute nécessaire paillardise ! Je cite la aussi les références aux comptines enfantines et autres symboles ( la présence de l'abat-jour et de son ampoule me touche particulièrement, tous les enfants du monde ont installé cet éclairage dans leurs dessins depuis l'invention de l'électricité et l'on en retrouve encore beaucoup aujourd’hui malgré la modernité des leds et autres spots ! ) mes comparaisons appuyées avec un univers enfantin est aussi pour moi un hommage et un compliment

C'est vrai, la série Good Luck déménage un peu plus, l'humain passe un sale quart d'heure, mais le cerbère rouge qui l’entraîne en enfer ressemble aux crocodiles que dessine mes petits enfants ! L'humain donc, elle ose un humain, fraîchement descendu du singe, le Minotaure a jeté le masque, il n'y a plus le filtre anthropomorphique, damned ! nous sommes découverts ! c'est toi, c'est moi, c'est nous !

Même idée : la comparaison avec les dessins de mes petits enfants est un compliment, je dis là que son Cerbère est finalement peu féroce, en tous cas il n'est qu'une représentation, nous n'avons rien à craindre de ses crocs

J'ai aussi vu la peinture, on en parle jamais, on dit ce que raconte le tableau ou ce que l’on croit qu'il raconte, mais on ne voit que rarement la peinture, on parle peu des moyens inventés pour raconter, du dessin, des couleurs, des coups de pinceaux, des glacis, des accords ou des dissonances, du support, du format choisi, du grand, du petit tableau, du quasi carré, de la longue marine, des séries où le peintre recommence et dont les pièces se demandent si elles pourront vivre séparées, j'ai vu la peinture en particulier dans les vagues de Good Luck et dans les deux petits formats posés sur le bord du mur, nature morte à la tête du Minotaure, carafe renversée, table rouge et sa voisine où l'homme singe renverse la carafe .

Et puis quand même je termine sur la Peinture ! j'aurais du mettre une majuscule ! Je dis que je vois une peintre, que je vois sa passion pour cette drôle d'activité que la majorité de nos semblables considèrent comme accessoire voire inutile, j'aligne nos mots du métier, notre vocabulaire, notre orthographe, nos préoccupations plastiques, nos admirations réciproques et ridicules pour un petit pan de mur jaune que personne n'aura vu !

j'ai vu ça, mais comme on dit, chacun y voit … là c'est pour dire que mon petit avis ne vaut pas plus qu'un autre, mais que nous avons encore de la chance de pouvoir le donner et le publier

"Je mets en scène des histoires, la peinture les fait ensuite voyager, elle les dépose sur d’autres rétines que la mienne, réveille d’autres mémoires, d’autres morts, d’autres questions ̎  confie Gérard Garouste dans L’Intranquille en 2009

j'aimais bien cette idée de Garouste qui semble vouloir dire que dès que notre toile est installée, proposée aux regard, elle ne nous appartient plus

Joliane Siegel / Transmigrations / Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes sur Ciel

( elle titre ses séries en anglais, elle ne signe pas, il me semble )

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17 mars 2018

Joliane Siegel, même pas peur !

 

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Joliane Siegel, même pas peur !

D'aucuns prétendent ( Paul Vilain le dernier en date, vendredi soir au vernissage de l'expo Transmigrations au MAMC de Cordes ) que Joliane Siegel serait une sorte de peintre/lanceur d'alertes qui tenterait plus ou moins vainement de nous sensibiliser aux malheurs variés de la planète, de nous prévenir avant qu'advienne l'apocalypse, de nous mobiliser pour enfin agir, devenirs bons et installer pour vendredi prochain un age d'or et de fraternité, vaincre la guerre, l'exploitation de l'homme par l'homme, la misère qui poussent sur la belle Méditerranée des embarcations précaires chargées de migrants blacks ceinturés de leurs gilets oranges pour faire complémentaire avec leur peur bleue.

 Ce n'est pas ce que j'ai vu : j'ai vu notre réalisme quotidien, nos maux de ventre habituels, nos blagues de récréations, nos peurs ordinaires si petites, j'ai vu l'humour trivial des farces de Molière, des masques, un carnaval de Jérôme Bosch, du burlesque ! Bon d'accord, aussi nos questions sans réponses, vieillir, survivre, en rire, mourir ?

 J'ai vu une grande fête, désespérée sans doute, mais une fête, le Minotaure avait une bonne tête de vache paisible, micro en main dans sa caisse déclouée, harcelé par un insecte inoffensif, une truie rose dans sa robe rouge, raté le strip-tease, les anneaux qui l'entravent sont des anneaux libres, une souris verte prise, attrapée, Joliane la montre à ces messieurs, le vautour trinque avec son chat blanc, l'abat-jour et son ampoule de nos dessins d'enfant se balancent, le plancher des vaches sacrées se dérobe sous nos genoux déjà couronnés, impossible de se maintenir, les fauteuils ont des roulettes, inévitables seront les chutes, d'autres seront sauvés par l'envol !

 C'est vrai, la série Good Luck déménage un peu plus, l'humain passe un sale quart d'heure, mais le cerbère rouge qui l’entraîne en enfer ressemble aux crocodiles que dessine mes petits enfants ! L'humain donc, elle ose un humain, fraîchement descendu du singe, le Minotaure a jeté le masque, il n'y a plus le filtre anthropomorphique, damned ! nous sommes découverts ! c'est toi, c'est moi, c'est nous !

 J'ai aussi vu la peinture, on en parle jamais, on dit ce que raconte le tableau ou ce que l’on croit qu'il raconte, mais on ne voit que rarement la peinture, on parle peu des moyens inventés pour raconter, du dessin, des couleurs, des coups de pinceaux, des glacis, des accords ou des dissonances, du support, du format choisi, du grand, du petit tableau, du quasi carré, de la longue marine, des séries où le peintre recommence et dont les pièces se demandent si elles pourront vivre séparées, j'ai vu la peinture en particulier dans les vagues de Good Luck et dans les deux petits formats posés sur le bord du mur, nature morte à la tête du Minotaure, carafe renversée, table rouge et sa voisine où l'homme singe renverse la carafe .

 j'ai vu ça, mais comme on dit, chacun y voit …

"Je mets en scène des histoires, la peinture les fait ensuite voyager, elle les dépose sur d’autres rétines que la mienne, réveille d’autres mémoires, d’autres morts, d’autres questions" confie Gérard Garouste dans L’Intranquille en 2009

 Joliane Siegel / Transmigrations / Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes sur Ciel

( elle titre ses séries en anglais, elle ne signe pas, il me semble )

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03 janv. 2018

voeux 2018

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Je vous souhaite aussi les réalisations de toutes vos utopies !

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23 juil. 2017

tour de France

 

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" les voilà ! "

Quand j'étais gamin, dans les années 50 et 60, en juillet on ne manquait pas d'aller voir le Tour de France quand il passait à proximité ! Et dans mon coin d'Auvergne le rendez-vous avec les Géants était sur les redoutables pentes à quelquefois 12 %, voire 14 % (!) du célèbre Puy de Dôme. Je souviens particulièrement de la montée contre la montre du Tour de 1959 : chaque coureur est suivi de sa voiture pleins phares, sur le pare-choc de laquelle son nom est inscrit en grosses lettres rouges ! J'ai 11 ans, je suis bien installé dans un virage des derniers kilomètres. J'ai sur la tête un chapeau en papier Chocolat Menier ou l'équivalent en coiffe d'indien Chicorée Leroux ou une visière en carton Orangina tenue par un élastique ! Mon oncle Joseph, qui m'a conduit jusque là, dort dans fourré, il a travaillé de nuit, il rate le passage de Henri Anglade, Roger Rivière, Jacques Anquetil, Raphaël Géminiani, André Darrigade, Charly Gaul, Jean Robic, Louison Bobet, Fédérico Bahamontés et tant d'autres ! Plus tard dans l'après-midi, empoignades terminées, ( Bahamontès a pris le maillot, il va gagner ce Tour ) ils regagnent le pied du volcan, seuls ou par petits groupes. Charly Gaul, un pied sur le cadre de sa bécane, descend tranquillement tout en pissant au regard de tous !

Ce soir je noterai le nom du vainqueur de cette étape sur la carte du Tour offerte par le journal La Montagne, celui du maillot jaune et celui du vert !

J'ai vu Raymond Poulidor et Jacques Anquetil en 1964 aux coudes à coudes dans les derniers tournants et le limousin s'envoler, mais trop tard ! J'y étais !

D'autres fois on partait dans la Juva IV du Dédé Béal avec Gilles, le soir, il fallait être rentrés à vingt heures précise pour voir en noir et blanc le résumé de l'étape à la télé, précédé de la pendule en spirale et de la musique de l'Eurovision !

C'était le Tour ! Il y avait du Pschitt Citron ou orange dans les bidons des champions, enfin c'est ce que l'on croyait . Et puis il y a eu en direct la mort de Simpson sur la route du Ventoux en 1967 …

Aujourd'hui rien n'a changé, la caravane est peut être un peu plus longue, un peu plus bruyante et klaxonnante, les chapeaux en papier ont disparu, on élargit les petites routes de nos campagnes pour que de plus en plus d'aficionados puissent garer leurs innombrables camping-cars et participer à l'attrapage en vol des cadeaux publicitaires ! On coupe des arbres si nécessaire, on piétine quelques zones humides. Il y a toujours du Pschitt citron ou orange dans les bidons des coureurs, sans doute beaucoup plus vitaminés, il y a une escadrille d'hélicoptères au dessus du peloton et la grande fête populaire est toujours aussi populaire.

Samedi la caravane et le Tour passent par mon village, traverse le jardin, la maison, le passage entre la cuisine et le salon est bloqué de 12 heures à 17 heures, un agent passionné de vélo interdit la traversée ! Cette fois je n'y vais pas, je ne vais pas voir le Tour, lendemain du 14 juillet, je reste dans mon atelier douillet ...

 

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03 juil. 2017

Valérie de Sarrieu

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Valérie de Sarrieu, petits paysages monumentaux

 Aujourd'hui les moyens techniques d'expression plastique sont légions : les artistes utilisent la photo, la vidéo, ils installent, jouent avec les éclairages et le son, font intervenir des comédiens, etc, autant de propositions légitimes quand il s'agit de témoigner de son époque. Les gestes premiers, préhistoriques, ne sont toutefois pas oubliés et la peinture, le dessin, dont on a plusieurs fois publié les avis de décès, restent les piliers du métier. Et entre maintenant et hier, il y a l'Histoire de l'Art que nul n'est censé ignorer.

 Valérie de Sarrieu fait de la peinture, d'une manière traditionnelle que l'on pourrait qualifier de démodée, de dépassée voire de ringarde : elle utilise des pinceaux et des tubes de peintures, de la peinture à l'huile ! ( les modernes gouaches acryliques n'ont pas leurs places dans sa mallette de peintre) Elle place son support sur un chevalet de campagne léger et pliant et s'installe en plein air, elle peint ̎ sur le motif ̎ selon l'expression, elle contemple le paysage et le restitue sur son carton avec une certaine fidélité et une belle affection ! C'est une attitude insolite, aujourd'hui, réservée semble t'il aux peintres amateurs dits du dimanche, que de travailler comme Monet et ses comparses impressionnistes, comme Cézanne dans sa montagne Sainte-Victoire ou comme Matisse et Derain sur le port de Collioure, à l'encontre des codes contemporains.

 Sa façon n'est pas réaliste , il n'y a pas de désir de rivaliser avec la photographie, elle montre le paysage bien sûr, ne nous apprend rien de nouveau sur la beauté de la planète mais beaucoup sur la Peinture (j'ai mis une majuscule) Le sujet véritable de ses tableaux est bien la peinture, pas de lissage, le poil du pinceau se montre, il y a sa trace qui dénonce les gestes du peintre, elle connaît bien la technique de la peinture à l'huile, (elle a pratiqué la restauration d’œuvres) qu'elle utilise de manière simple, sans effets, sans frime ! Je me dis aussi que c'est une peinture savante, cultivée, qui n'ignore rien de l'histoire du paysage. Ses petits formats sont monumentaux. Valérie de Sarrieu s'y occupe de la couleur, les harmonies sont précieuses mais c'est le modèle qui les a inventées bien avant nous et qui les impose, elle s'occupe surtout de la lumière, trouve les réglages les plus fins pour distinguer les différents plans, pose un retour de lumière bleue dans un lointain, installe ici un puissant contraste, plus loin un ensemble de valeurs égales. Le ciel n'est pas derrière les arbres dans les paysages de Valérie De Sarrieu, mais entre les branches, les reflets ne sont pas au fond de l'étang mais miroitent en surface. C'est beau, juste (comme on dit d'un acteur qu'il est juste, ce qui ne veut pas dire qu'il soit vrai ) c'est ouvert, simple et libre quand elle frôle l'abstraction.

 ( Les trois grandes toiles présentées ont peut être moins de magie, moins de spontanéité. Un ami, qui connaît bien la peinture pour la pratiquer lui même de belle façon, me suggère qu'elles ont pu être réalisées en atelier et donc avoir été plus réfléchies, plus pensées. Nous convenons que c'est là leur moindre défaut ! )

 A voir, cette expression subversive à force de tradition, ces petits formats hors du temps et donc délicatement contemporains au Château de Saurs ( chemin Toulze à l'Isle sur Tarn ) associés aux sculptures-céramiques de Claude Devillard du 1er juillet au 23 septembre. De 10h à 12h30 et de 15h à 18h. Fermé le dimanche.

 

 

 

 

 

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