20 janv. 2017

Paul Smark

mugshot

 

Les mugshots de Paul Smark

Ils posent, bien obligés, de face, de profil, quelques instants après leur arrestation plus ou moins musclée. Leurs visages témoignent d'un retour au calme ou d'un choc, d'un accord ou d'un renoncement, ou d'une révolte intérieure, le sourire au bord des lèvres de leurs têtes ordinaires de petites frappes ou de gros gibiers, coffrés pour tapage nocturne sur la voie publique ou meurtres en série ; même traitement préalable : la photo, un numéro blanc sur une ardoise noire pour entrer pour la première fois, pas la dernière, dans le fichier de la police.

Les mugshots sont ces photos en noir et blanc, prises lors des arrestations par la police fédérale dans les états des États, ceux Unis d' Amérique, depuis la légende de l'ouest ou la prohibition. Depuis celui de Scarface (surnom d'Al Capone) il y en a de très connus sur le net, des vrais et des faux, innombrables intermèdes romantiques dans la vie des stars : Jane Fonda, poing levé, David Bowie, Steve Mac Queen arrêté pour conduite en état d'ivresse, Sinatra, Marilyn, Elwis, Johnny Cash, Dominique Strauss Kahn, etc !

Ceux qu'a choisi Paul Smark sont des sans-noms, des anonymes, des péquins disparus depuis lurette de la mémoire des bureaux policiers et de celles de leurs proches. Paul Smark a choisi des humains basiques, se montrant de face et de profil pour faire des dessins et des gravures, c'est ce qu'il dit. Il aurait pu faire le portrait de Dalida ou de Georges Brassens, non il a choisi des amerloques, des blues-mens, des cow-boys Arthur, des chercheurs d'or et de misère comme il les aime, il les a choisi et a fait leurs portraits gravés, technique pas si simple, puis encadrés d'une respectueuse chemise blanche et accrochés avec des chaînes aux murs du bar Jour de Fête qui n'est pas le premier rade venu ! Ça me montre qu'il les considère et les remercie d'avoir posé pour lui et laissé libre de droits l'image de leurs tristes figures !

Paul Smark, ça n'est pas son vrai nom, c'est sûr, c'est un emprunt, peut être même un vol ! C'est un graveur clandestin qui rêve de réaliser à l'ancienne des faux billets comme Robert Mideau, le cave qui se rebiffe. Les gravures sont anonymes aussi, pas de signature, c'est un discret, un taciturne, un silencieux, qui ne veut pas être repéré, pas faire de bruit ni de vagues.

Ce ne sont finalement que des autoportraits ! Paul Smark, t'a voulu passer inaperçu, c'est loupé ! Ils te ressemblent tes repris de justesse ! Le bureau d'identification est formel : même noir dans la tignasse, même tendresse, mêmes silences, même façon de s'excuser d'être là, discrétion assurée ! On t'a reconnu, Paul Smark ! Ta cavale prend fin ! Damned ! Tu es fait ! Photo de profil, de face, ardoise avec le numéro !

Bon, sans rire, c'est une belle série de dessins (c'est du dessin, du dessin qui chante le blues) sur la plaque de zinc (le métal des comptoirs) puis imprimés en gravure avec de beaux gris d'aquatintes entre les noirs velours et le blanc du papier, à voir pendant une permission de sortie au Bar le Jour de Fête, boulevard Valmy à Albi jusqu'au 26 février.

 

 

 

 

 

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10 nov. 2016

chanson/comptine n°2

5368771081_e8143c2bef_bEdward Hopper "Cape cod morning" 1950

le Cape Cod "le cap aux morues" est une presqu'île sur la côte est des États Unis, dans le sud-est du Massachusetts

chanson/comptine n°2

Dans sa maison un grand cerf
regardait par la fenêtre
un lapin venir à lui
et frapper ainsi :
cerf, cerf, ouvre moi!
ou le chasseur me tuera !
lapin lapin entre et viens
me serrer la main !

9 novembre 2017

 

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01 nov. 2016

Jean Vidal Saramon

Saramon

La maison de Jean Vidal à Saramon

Jean Vidal est héritier du père Cézanne qui voulait traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône, le tout mis en perspective. Cézanne inspire les cubistes, il est à l'origine d'un esprit de géométrie qui conduira aux abstraits géométriques, mais lui, remet des poutrelles solides dans la peinture impressionniste ( qui en avait bien besoin, faite d'air, de touches impalpables de ciels et de brouillards ) à la manière du jardinier qui construit sa cabane à outils, de bric et de broc, d'une manière infiniment primitive.

Jean Vidal reconstruit de cette façon des obélisques, des pyramides et des colonnes de temples, ou plutôt en dessine le squelette, l'idée même, dans l'espace, d'un trait de fer rehaussé d'une couleur primaire, primitive.

Il montrait il y a peu, au Frigo à Albi, des architectures récentes, plus neuves, plus "sorties d'usine", lisses et finies à la manière des œuvres minimalistes des années 60 et 70, des vertiges, expliquait-il, des hauts de ponts, de viaduc, de tours, qui trouvaient cependant leur place dans la petite salle du Frigo malgré leur caractère monumental.

Je suis plus sensible aux verticales rouillées, tordues ou mal redressées, aux pieux de bois recouverts il y a longtemps de peinture maintenant usée, rouge, bleue, jaune écaillé, qui peuplent avec affection sa maison familiale de Saramon.

Les dessins de fer de Jean Vidal y sont installés depuis l'extérieur et soulignent, encadrent, soutiennent, indiquent, conduisent dans la maison.

Depuis le bas, par les petits escaliers de pierre ou de bois, les volées de trois ou quatre marches, on grimpe dans une sensible installation, dans une œuvre totale signée Jean Vidal. Ses flèches archaïques, ses arbalètes inoffensives montrent le parcours vers le ciel, une pièce de bois des colombages extérieurs soulignée par une drôle de règle gradué de David Lachavannes le laissait deviner, il faut aller jusqu'au grenier pour trouver derrière la porte bleue, l'atelier de l'artiste.

L’ascension est douce, on ne fait pas d'effort, on croise des amis, des inconnus, la mère de Jean qui pose en starlette dans le studio familial, son père, enfant, ses oncles, ses tantes. La maison est habitée, la table est mise, on a ouvert les fenêtres pour que le soleil réchauffe les chambres, on est en vacances d'automne, c'est l'été de la Saint Martin.

Les transparences, les effacements d'Aline la discrète et toutes les œuvres de leurs amis jouent la même partition avec les images, les photos, les objets et toute la mémoire de la maison qui n'est pas devenue pour autant un musée (un musée est une forme de cimetière) ni un album de famille nostalgique. C'est un intime Lascaux dans lequel je ne suis pas étonné de rencontrer Giorgio Morandi, (autre enfant de Cézanne) endormi au coin de la table, couronné de l'une de ses natures mortes silencieuses.

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26 sept. 2016

Mythologies

Mythologies

le mur 1

j'ai peint une série de cartons

que l'on peut installer bout à bout

ça fait un long mur de peinture

le bleu et l'orangé dominent

c'est mon Lascaux, ma petite mythologie personnelle

avec mes dieux, mes déesses

des monstres et des héros

il fait le récit de mon antiquité

il raconte que quand j'étais enfant, j'étais sioux

j'étais le petit-fils d' Alexandre Sitting Bull

qui avait vaincu le Général Custer à la bataille de Verdun

le jeudi, quand il n'y avait pas d'école

j'allais voir Picasso dans son atelier

qui me donnait du papier et des couleurs

j'avais le droit de regarder le modèle et de la dessiner

je devais retourner en Amérique

et puis, sans y prendre garde, je suis devenu peintre ...

( l'ensemble est actuellement installé au Centre Culturel G. Alauzet à Rieupeyroux 12240 jusqu' au 24 novembre 2016 )

voir fiche expo Rieupeyroux

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05 sept. 2016

fiches expos

cahors10 copie 2mes fiches expos

dans cet album, à destination des collègues plasticiens

(qui pourraient faire de même) et des autres

avec pour chacune un commentaire qui n'engage que l'artiste exigeant que je devrais être !

lien vers les fiches

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03 sept. 2016

chanson/comptine

fenêtre ok

chanson/comptine pour fêter la rentrée, politique et autre :

Dans sa maison un grand cerf
regardait par la fenêtre
un lapin venir à lui
et frapper ainsi :
cerf, cerf, ouvre moi!
ou le chasseur me tuera !
lapin lapin entre et viens
me serrer la main ! *

*qui suis-je, qui sommes-nous, aujourd'hui, demain ? Cerf, lapin, chasseur ?

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30 août 2016

les regardeurs

 

2,5

 

Ce sont les regardeurs qui font les tableaux !

 "Je crois que l'artiste qui fait une œuvre ne sait pas ce qu'il fait. Je veux dire par là : il sait ce qu'il fait physiquement, et même sa matière grise pense normalement, mais il n'est pas capable d'estimer le résultat esthétique. Ce résultat esthétique est un phénomène à deux pôles : le premier, c'est l'artiste qui produit, le second, c'est le spectateur, et par spectateur je n'entends pas seulement le contemporain, mais j'entends toute la postérité et tous les regardeurs d’œuvres d'art qui, par leur vote, décident qu'une chose doit rester ou survivre parce qu'elle a une profondeur que l'artiste a produite, sans le savoir. Et j'insiste là-dessus parce que les artistes n'aiment pas qu'on leur dise ça. L'artiste aime bien croire qu'il est complètement conscient de ce qu'il a fait, de pourquoi il le fait, de comment il le fait, et de la valeur intrinsèque de son œuvre. A ça, je ne crois pas du tout. Je crois sincèrement que le tableau est autant fait par le regardeur que par l'artiste."         

Marcel Duchamp 

Voir l'album "les regardeurs" (photos prises à l'occasion de PINAR'T 2016)

 

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09 juil. 2016

Un pinceau bleu

pinceau bleu

Un pinceau bleu

Nous sommes retournés à Sivens / lundi / forte lumière soleil blanc

personne

silence

silence humain les oiseaux sont revenus

passe un grand camion un tracteur curieux

ils ont bloqué l'accès à la dalle funeste par un coup de bulldozer

et un panneau dérisoire route barrée

la route s'est barrée

faudrait plus de route du tout,  accès interdit aux humains

pas touche au ruisseau / plus de bruit / pas de pas

pour rassurer définitivement les bestioles et la vieille dame terrorisée

pour qu'elles reviennent et soient nommées conservatrices perpétuelles du Tescou

elles reviennent les bestioles, on creuse un trou au milieu du désert

rempli d'eau / deux grenouilles ( averties comment ?) rappliquent !

inutilité du projet reconnue : la belle affaire ! victoire goût queue d'artichaut

gâchis / quel gâchis !

gâchis de branches, de feuilles, de troncs, de salamandres et de tritons

guerres inoubliables plaies bosses injures

meurtre

le gamin n'est pas mort pour rien : la grenade fatale aura fait barrage au barrage

la nature ( pour cette fois encore ) plus forte que la démesure humaine recouvre intègre dissous digère les derniers vestiges du champ de bataille

je ramasse une relique un pinceau ordinaire sur lequel a séché une peinture bleue un beau cobalt ayant servi à repeindre plus vif le ciel du Testet

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02 juil. 2016

carte d’identité

Étude documentaire

carteOK2,50

C'est une carte d’identité.

C'est une carte d’identité de Français.

Délivrée par l' ̎État Français ̎. Nous sommes en 1944. C'est la guerre.

Le Chef d'État, de l' ̎ État Français ̎, c'est le Maréchal Philippe Pétain.

Le porteur de la carte, avant, était italien : il était venu, comme pas mal d'autres, travailler en France au début du siècle.

Il est français maintenant, naturalisé français, depuis 1930.

Au début, semble t'il, il a signé sa carte d'une croix. Par la suite peut être a-t'il appris un peu à écrire, alors il a inscrit son nom et son prénom, d'une autre encre.

Le préfet des Bouches du Rhone, lui,  il a une super signature, je trouve.

L'italien est en photo sur sa carte, il est photographié de profil, on regarde les gens de profil à cette époque, pas trop de face.

On a tout de même noté son profil busqué, légèrement, mais bon, c'est noté.

On a mentionné le manque de rectitude de son nez.

Il s'en tire bien lui, sa carte ne présente pas la mention juif écrit à la perforatrice spéciale.

La petite notice épinglée a l'intérieur précise bien les choses.

notice2,50

C'était la France

C'était il y a longtemps, c'était une vilaine période

C'est du passé, c'est de l'Histoire.

Et des histoires.

Mais bon ...

 

 

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08 févr. 2016

Pierre Soulages

noir

J'ai (enfin) visité la nouvelle cathédrale de Rodez vouée au culte de l'enfant du pays, Pierre Soulages.

Quand on a la chance de voir naître dans ses murs un demi-dieu, on se doit de lui élever un temple ! Et le demi-dieu ayant largement dépassé les chiffres de l'espérance de vie, on peut se dire qu'il est sans doute immortel, que c'est probablement un dieu entier !

Le grand temple du noir est impressionnant comme une cathédrale gothique ! (noire forêt de troncs rectilignes destinée à faire peur, destinée à faire taire)  Les croyants et les incrédules s'y rejoignent et communient ! Nul n'ose dire sa petite sensation contraire, nul n'ose contester le dogme ! L’œuvre du Maître n'est pas contestable en soi, Pierre Soulages a consacré sa vie au noir, c'était son droit, c'était une recherche vraie, une recherche légitime ! Mais l’œuvre ne fait pas l'unanimité, le bon peuple semble dire qu'il n'y comprend rien et qu'en tous cas, il en fait autant ! Et il a bien le droit de penser comme ça, le bon peuple ! Donc, pour qu'il comprenne bien, pour qu'il se range à l'avis officiel, on lui a bâti une cathédrale moderne, contemporaine, ou l'angle droit impose sa dictature ! Une cathédrale noire, le noir c'est l'obscur, le mystère, mais le fini (la page est noircie)

Tout de même il y a une partie blanche dans la cathédrale, une page blanche où les invités peuvent écrire noir sur blanc, un champ de possibles ! Le demi-dieu n'en voulait pas de cette construction ou alors s' il pouvait y recevoir des invités ! Actuellement Sotto y trompe nos yeux de mille couleurs !

 

J'ai visité la toute nouvelle cathédrale de Rodez avec en mémoire un article de Télérama dans lequel Bernard Lahire parle de son livre-essai : Ceci n'est pas qu'un tableau : voici quelques extraits :

... Les émotions que l'on ressent devant une œuvre d'art sont réelles ...

Mais d'où proviennent-elles ? De l'interaction immédiate avec l'objet exposé à notre regard, ou de beaucoup plus loin – de réalités extérieures à cette relation ? Je pense qu'elles sont déterminées par des croyances qui nous échappent parce qu'elles s'inscrivent dans une très longue histoire ...

... En parlant de « magie », je veux rappeler, d'abord, que les objets d'art ont été sacralisés et retirés de la circulation des objets ordinaires. Une place à part leur a été attribuée dans et par le monde social, et cette place est le résultat d'un travail collectif, réalisé par tous les acteurs du monde de l'art : artistes, historiens, critiques, collectionneurs, commissaires-priseurs, État, etc ...

... Que fait un guide touristique lorsqu'il écrit : « Venez admirer Picasso… », sinon nous signaler qu'il existe un lieu spécifiquement consacré à l'admiration ? Et que vient-on y admirer ? Des objets sacralisés. Tout renforce l'aura qui les entoure : le soin avec lequel on les manipule, les gants blancs que l'on enfile pour les déplacer, le prix que l'on est prêt à débourser pour les acquérir, les adjectifs que l'on utilise pour les décrire, la mise en scène des enchères …

... Nous sommes soumis à une forme d'envoûtement qui reste largement inconscient. On ne se souvient plus des raisons pour lesquelles ces objets sont devenus si extraordinaires, des conditions historiques de possibilité de l'émotion artistique ...

Quand un prêtre dit « je te baptise », l'enfant devient chrétien, n'est-ce pas ? Cette puissance de transformation d'un être ou d'une chose en autre chose par la grâce de quelques mots existe aussi en art. Mais avec un degré plus élevé d'incertitude. Car il se trouve toujours d'autres « prêtres » – en l'occurrence d'autres historiens d'art – pour dire : « non ! Ceci n'est pas un Poussin ». Dans le domaine de l'art, la baguette magique est entre les mains de plusieurs personnes… qui ne sont pas toujours d'accord entre elles ...

... mais prendre conscience que l'émotion devant un tableau est rendue possible par une histoire qui s'étend sur plusieurs siècles est vraiment émancipateur : on est moins écrasés par l'obligation d'admirer ; on découvre qu'il est possible d'éprouver de merveilleuses émotions devant des œuvres ou des objets qui, eux, n'ont pas été « autorisés ».

 

ici lien vers l'article complet

 

 

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