04 déc. 2014

petites phrases

Idées bien encrées

autobus

Le beurre, c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale.

Les lapins dorment-ils en chien-de-fusil ?

Quand leur chaise mourut, ils la firent empailler.

Il passa sans difficultés de la peinture à l'accordéon chromatique.

Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort,

nous nous vîmes cinq milles en arrivant  (Topor)

sauts de rue 1

Féminin est le masculin de féminine.

Dimanche : journée portes ouvertes à la Maison d'Arrêt.

Un train peut en cacher un autre, et réciproquement.

Nous avons vécu la fin des coups de fil.

Je porte plainte Contrex

Il ne fait rien, même pas son âge.

On peut affranchir une lettre, ou un esclave.

Prière de tenir les siens en liesse.

Il fait trop beau pour être au Net.

écran

 

 

Posté par artpieton à 21:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 nov. 2014

Il n'y a pas de sots métiers

colleur de têtes

Colleur de têtes

Réducteur de prisons

Visiteur de troubles

Fauteur de grèves

Briseur de carreaux

Laveur de torts

Redresseur de sabres

Avaleur de chemins de fer

Indicateur de faux

Aiguiseur de dents

Arracheur de réverbères

Allumeur de bibliothèques

Conservateur de charme

Chanteur de journaux

Crieur d’enfants

Jardinière de tigres

Dompteur de chaises

Rempailleur de nuits

Veilleur de chiens

Dresseur de pierres

Tailleur de sorts

Jeteur de tramways

Conducteur de mégots

Ramasseur de cathédrales

Bâtisseur d’ours

Montreur d’or

Chercheur de feu

Cracheur d’images

Chasseur de claquettes

Danseur de couteaux

Lanceur de verres

Souffleur de mensonges

Détecteur de foires

Lutteur de faïence

Raccommodeur de consciences

Objecteur de cloches

Sonneur d’affiches

Il n'y a pas de sots métiers !

Posté par artpieton à 21:17 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :
13 nov. 2014

Gentioux

Gentioux

Mardi 11 novembre 2014

Ce matin, je suis allé faire mon devoir de citoyen français : je suis allé commémorer l'armistice de 1918, observer l'état de mon patriotisme et une minute de silence au pied d'un monument aux morts !

J'ai choisi celui de Gentioux, dans la Creuse.

Le monument aux morts pour la France de Gentioux est un édifice atypique ! On peut même le qualifier d'hérétique !

Comme beaucoup de ses contemporains, il se présente sous la forme d'un obélisque courtaud perché sur un socle de trois marches entouré d'une grille en fer forgé. Les noms de soixante trois défunts, héros de 14/18 et des autres conflits y sont inscrits dans l'ordre alphabétique. Mais à la place de la statue habituelle du glorieux poilu-dont-la-bravoure-etc…, il montre un enfant en sarrau tendant un poing rageur vers la formule gravée en lettres d'or dans le granit : “maudite soit la guerre” !

L'installation du monument à l'orphelin de Gentioux est une initiative de 1922 du conseil Municipal de Jules Coutaud, maire SFIO, maréchal-ferrant gazé pendant la grande boucherie !

À l'époque la préfecture de la Creuse refuse de participer à son inauguration !

Le monument n'est toujours pas reconnu par l'État aujourd'hui ! On raconte que les militaires qui passent par là pour se rendre au camp tout proche de la Courtine ont longtemps reçu l'ordre de tourner la tête de l'autre côté !

Mais le monument pacifiste de Gentioux est célèbre et chaque 11 novembre il est le rendez-vous des antimilitaristes de tous poils ! Libres penseurs et anarchistes s'y retrouvent, y prononcent justes discours, entonnent ensemble la chanson de Craonne et s'attablent à midi pour un banquet républicain !

 

Ce matin, la liste des morts pour la France avait été justement complétée par celle, non exhaustive, des morts par la France ! 43 noms de victimes des violences d'état depuis 2005 s'y trouvaient notés, celui de Rémi Fraisse en tête !

 

 

 

IMG_4940 copie

Anarchistes

“Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent…”

Mardi matin, à Gentioux, la statistique de Léo Ferré était fausse ! La proportion d'anars, d'anarchos, était à mon avis plus vraisemblablement supérieure à un sur deux, les grands pavillons noirs au A cerclé flottaient librement au vent frais du carrefour ! Les crieurs du Monde Libertaire et de Creuse-Citron, le journal libertaire de la Creuse, faisaient joyeusement recette !

Je me demande souvent si je suis anarchiste ! Si j'ai le droit, au regard de mon quotidien fait de concessions et de compromis, d'en épingler le pin's au revers de mes vestes noires !

 Dans son livre : l'ordre moins le pouvoir (éditions Agone), Normand Baillargeon écrit :

“Affirmez que vous êtes anarchiste et presque immanquablement on vous assimilera à un nihiliste, à un partisan du chaos voire à un terroriste ! Or, il faut bien le dire : rien n'est plus faux. Et ce contresens résulte de décennies de confusion savamment entretenue autour de l'idée d'anarchisme.

En première approximation, disons que l'anarchisme est une théorie politique au cœur vibrant de laquelle loge l'idée d'anti-autoritarisme, c'est-à-dire le refus conscient et raisonné de toute forme illégitime d'autorité et de pouvoir. Une vieille dame ayant combattu lors de la guerre d'Espagne disait le plus simplement du monde: "Je suis anarchiste: c'est que je n'aime ni recevoir ni donner des ordres." On le devine: cette idée est impardonnable, cet idéal inadmissible pour tous les pouvoirs. On ne l'a donc ni pardonné ni admis.

 L'anarchisme se définit étymologiquement comme [an-] (privatif) [archos] (pouvoir, commandement ou autorité) ; il est donc, littéralement, l'absence de pouvoir ou d'autorité. Ce qui ne signifie ni confusion, ni désordre, si l'on admet simplement qu'il y a d'autres ordres possibles que celui qu'impose une autorité : voilà, exprimé le plus simplement possible, ce qu'affirme d'abord l'anarchisme. Cet ordre en l'absence de pouvoir, les anarchistes pensent qu'il naîtra de la liberté- de la liberté qui est la mère de l'ordre et non sa fille, comme l'affirmait Pierre Joseph Proudhon. Pour le dire autrement, l'anarchisme pense que le désordre, après tout, ce peut bien être que “l'ordre moins le pouvoir”, selon le beau mot de Léo Ferré”

Pour devenir anarchiste, il me faudrait trouver réponses à de nombreuses questions, sur la “nature humaine”, sur les moyens de parvenir à cette société rêvée, sur l'idée de révolution, sur le problème de la violence et définir au plus juste le mot “utopie” !

"Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait”

 

Posté par artpieton à 23:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
10 nov. 2014

Sivens est une île

Sivens est une île !

Panorama sans titre1

A Sivens, dans le désert laissé par les déboiseurs et les défricheurs, “ils” construisent un village. Préhistorique, médiéval, avec les moyens du bord, bois de récup, torchis du ruisseau, palettes de la société de conso. “Ils” construisent des cabanes, et des ponts levis au dessus des fossés d'eau. “Ils”, des gars, des filles, avec un seul prénom égalité, mixte, Camille, un “foutez-nous la paix” réponse définitive au sempiternel “vos papiers !”.

Mais bon, “c'est pas des gens comme nous” disent les braves gens ! “Vous avez mesuré leurs cheveux ? Vous avez vu l'état de leurs vêtements ? Vous avez senti leurs cigarettes ?” Les mêmes distinguos font les peurs éternelles, les braves gens n'aiment pas que ! Et puis ils jettent des pierres dans les vitrines et sur la tête des policiers !

Bon, c'est vrai, lors des manifestations quelques uns ont choisi une résistance nettement plus musclée ! Ils opposent au matériel militaire et sophistiqué des forces de l'ordre, cailloux, pétards et fumigènes de 14 juillet, à leurs carapaces de homards bleus, foulards et cagoules.

Quelques uns. Quelques uns cèdent à la colère. Quelques uns continuent à penser que l'on ne pourra pas changer ce vieux monde autrement que par la violence. On peut comprendre, la police tue leurs copains. Je voudrais nous y voir.

Mais cette violence fait la une, le pouvoir la provoque et l'utilise pour manipuler la très indiscernable opinion publique, les braves gens qui n'aiment pas que, certains médias complices contribuent.

Mais la très grande majorité est pacifique et pacifiste et se présente torse nu, nez de clown et bras levés devant les boucliers et les matraques des gardes mobiles,.

À Sivens, sur les rives scalpées du Tescou, “ils” construisent une île ! Notre vieux monde fissuré, ses supers et ses hypers ils n'en veulent plus !

Notre pauvre république (gagnée il ya 222 ans par de semblables gamins) avec ses présidents bavards et ses inutiles hémicycles, ils n'en veulent plus !

On aura beau édifier tous les barrages du monde pour faire monter le niveau du ruisseau, ils s'en foutent pas mal, ils construisent un monde à eux, l'île qu'ils façonnent est flottante et insubmersible ! Je veux dire que les idées libertaires qu'ils redécouvrent et actualisent germeront comme les glands semés l'autre jour.

Ils font des cabanes et de hautes tours avec les troncs rescapés du massacre, des miradors pour voir arriver les copains mais aussi pour guetter l'ennemi, l'état de droit propriétaire de l'endroit, garant de l'ordre et du rangement républicain.

Car on risque de ne pas les laisser faire plus longtemps, non mais, manquerait plus que ça, il va bien s'en trouver un pour donner un coup de pied dans leur château de sable. C'est annoncé.

Ce jour là, l'indifférence des braves gens fera le reste.

 

Posté par artpieton à 07:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
11 oct. 2014

La pluie d'été

La pluie d'été

En 1990, en postface de La pluie d'été, Marguerite Duras écrit :

 "En 1984, j'ai fait un film intitulé Les enfants.

Tout en écrivant le livre, j'ai fait une quinzaine de voyages à Vitry. Presque toujours, je m'y suis perdue. Vitry est une banlieue terrifiante, introuvable, indéfinie, que je me suis mise à aimer. C'est le lieu le moins littéraire que l'on puisse imaginer, le moins défini. Je l'ai donc inventé. Mais j'ai gardé les noms des musiciens, celui des rues. Et aussi la dimension tentaculaire de la ville de banlieue de plusieurs millions d'habitants dans son immensité - ce que je n'aurais pas pu faire avec le film. J'ai aussi gardé la casa des parents. La casa a brûlé. La mairie de Vitry a sérieusement parlé d'accident. J'oublie : la Seine, je l'ai gardée, elle est toujours présente, toujours là, superbe, le long des quais désormais nus. La broussaille a brûlé. Les routes qui longent la Seine sont parfaites, à trois voies. Le peuple étranger a disparu. Les sièges des entreprises sont devenus des palais. Le palais du journal “Le Monde” n'aurait pas tenu dans Paris, plus grand que celui de Bofill à Cergy-Pontoise. La nuit on a peur parce que les quais sont déserts. J'oublie encore : l'arbre est là. La clôture du jardin étant maintenant en ciment armé, haute, on ne voit plus désormais l'arbre tout entier. Je sais, j'aurais dû aller à Vitry et empêcher que l'on mette la clôture en ciment. Mais on ne m'a pas prévenue, que voulez-vous faire... On ne verra plus désormais que le haut de son feuillage et de cette façon il ne sera plus regardé par personne. Il semblerait qu'on le soigne bien, on a étayé ses branches, il est devenu encore plus grand, très fort. Il ressemble à un roi d’Israël.

J'oublie encore: les noms des enfants je ne les ai pas inventés. Ni l’histoire d’amour qui court tout au long du livre.

J'oublie aussi: le port s'appelle vraiment le Port-à-l'Anglais. La Nationale 7 est la Nationale 7. L'École s'appelle vraiment l'école Blaise Pascal.

Le livre brulé, je l'ai inventé.

M.D."

 

Pour ma (petite) part j'ai dessiné et peint “les gens” de La pluie d'été, la mère, Natacha, Ginetta…, Émilio, le père, Jeanne et Ernesto, les ainés, les brothers and sisters, des portraits de 105x160cm, au fusain et à l'acrylique, sur du carton d'emballage, façon “portraits de cour” pour en faire aussi, comme MD, des reines et des rois.

Les titres de chacun sont des phrases empruntées à son texte.

JeanneErnesto

13 Jeanne, fond jaune, Jeanne était restée muette après ce qu'avait dit Ernesto

14 Ernesto, fond jaune, lorsqu'ils auraient pu se regarder de nouveau ils avaient évité de le faire

On peut voir l'ensemble sur mon site ici

Posté par artpieton à 16:34 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

05 oct. 2014

Ma préhistoire

dessin

Ma préhistoire

Toujours à propos de dessin

Je ne me souviens pas de ma préhistoire. J'ai oublié les deux grands étonnements de ma petite enfance :

Le premier : la trace que laisse sur le papier le crayon que l'on y déplace.

Le second : que ce gribouillage circulaire ponctué de deux frappes de crayon peut figurer (c'est le bon mot) un visage, un premier bonhomme !

J'ai oublié, comme l'humanité a oublié ces deux grands étonnements fondateurs de l'art, la trace du tison refroidit sur les parois de la grotte et la représentation du premier bison !

J'aime à penser que ce sont des enfants qui ont inventé le dessin et que le premier bison était un bonhomme !

Je ne me souviens pas de ces instants mais la fascination pour le dessin demeure comme celle que l'on peut éprouver devant le fleuve qui passe, le feu qui dévore, la nature, le paysage, le coucher du soleil, l'orage, les animaux, la nudité … toutes fascinations pour moi héritées de notre préhistoire.

Je ne me souviens pas non plus avoir appris à dessiner.

On me dit quelques fois que je suis doué ! Choisi parmi tous par les dieux ? Mais pour moi, les dieux n'existent pas, c'est juste une invention des hommes pour avoir moins peur, je sais bien que je n'ai pas de don, juste une différence de perception, un regard particulier sur l'espace et les couleurs, les matières, les pleins et les vides, l'horizontale, la verticale, le mouvement, le soleil et les ombres.

Je me souviens que mon colocataire de banc d'école, lui, annonçait ne pas savoir dessiner ! La grande majorité de mes camarades me nommait “toi qui sait dessiner”, je sus alors que je savais ! Je me gardais bien de leur dire qu'ils pouvaient en faire autant. Je devins donc un roi dans ce domaine, je me coiffais d'une couronne de papier, pris un fusain en guise de sceptre.  Je devins artiste !

Les parents affichèrent dès lors une incompréhension bienveillante et m'invitèrent à ne pas oublier l'importance de l'orthographe, de la grammaire et de l'arithmétique. L'Instruction Publique de la République confirmât et le Maître reléguât le dessin (libre disait-il !) au dernier créneau de la semaine, le vendredi de 16h à 17h. L'Histoire (de France) qu'il professait était celle des militaires et des batailles ou des grandes inventions. Celles de l'Impressionnisme ou du Cubisme n'en faisaient nullement partie.

 Mais je persistais et recouvre depuis ma culpabilité de mes dessins quotidiens.

Posté par artpieton à 22:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
25 sept. 2014

lettre du fusillé

Nouvelles du front

Et pendant ce temps là, la guerre, la Grande, la Der des Ders, continue !

Les horreurs d'aujourd'hui font oublier la commémoration des horreurs centenaires !

Depuis septembre 1914 on a recours à l'exemple pour remettre au pas la troupe qui déjà grogne. La fleur au fusil est fanée depuis lurette ! Depuis les premiers jours de septembre quelques dizaines de poilus ont été fusillés par leurs potes et ce n'est qu'un début.

(Frédéric Henri Wolf débute la liste, fusillé pour l'exemple le 1er septembre 1914)

Alexandre porte plume

 

 

Ma très chère amie,

Ce matin, j’ai été fusillé, à sept heures trente. Mauvaise nouvelle. Nous sommes passés vingt-quatre au Conseil de Guerre hier soir et il a été retenu qu'on aurait abandonné nos postes devant l'ennemi et là c'est la peine de mort pour moi qu'ils ont tiré au sort, je ne suis pas plus coupable que les autres mais il leur fallait un exemple.

J'ai pas dormi cette nuit. Personne. J'avais pas de temps à perdre, j'avais tellement de choses à me rappeler. Il faisait froid.

Hier soir, j’ai pu écrire une dernière lettre. J’ai commencé comme ça : quand tu liras ces mots, quand cette lettre te parviendra, je serais mort, fusillé. Avec un bout de crayon qu'on m'a donné. Mon porte-plume mâchonné je l'ai perdu il y a longtemps. Je t'ai écrit mes dernières nouvelles.

Un matin comme ça, un dernier matin, je me rase pas, je m'étais dit cette nuit. J'avais pensé ça. Je me suis rasé. De prés. J'ai pris le temps même. Après j'ai bien rangé le sabre et le blaireau, je me suis coiffé. Je me disais : on aura la tête nue, je me fais une tête bien propre pour arriver devant le Bon Dieu. J'y crois pas beaucoup au Bon Dieu pourtant, Jean, il y croit, lui, et à toute son escouade de saints. Il dit que je les retrouverais ceux qui me condamnent aujourd'hui. Si ça peut l'aider.

Il y avait Jules dans le peloton qui m’encadrait, avec les baïonnettes aux canons, pour aller jusqu'aux poteaux où ils avaient réunis tous les régiments. Lecture faite des accusations, les aumôniers me disent leurs discours et même, ils m’embrassent moi, le mécréant. Après on m’attache les mains dans le dos et au poteau. On m’a bandé les yeux pour que je voie pas les copains qui me visent, pour que les copains qui me visent ne croisent pas mes yeux. Ils m’ont fait mettre à genoux, ou pas, je ne sais plus. Des fois, à ce qu'il parait, ils t’épinglent un carré de papier blanc sur le cœur, un carton comme à la fête patronale le premier dimanche d'août. On ne peut pas me rater !

Alors, l'adjudant a levé son sabre.

Là, il n'y a plus qu'à attendre qu'il l'abaisse, son putain de sabre, dans peu, dans une seconde, dans une heure, dans un siècle. C'est pour de vrai, on n'est pas dans la cour de la communale cette fois, je me dis,  je vais  vraiment perdre toutes mes billes. On attend qu'il gueule : feu !

Eux, nos potes, nos poteaux, (que des bleus !), tous pensent qu'ils vont tirer trop haut, au dessus de ma tête, dans la colline, dans le ciel ! Que leurs pruneaux feront le tour de la terre et viendront cueillir tous les gradés par derrière ! La belle affaire !  Ils vont tirer dans les étoiles, c'est sûr, les soixante douze fusils, et moi je vais pas en revenir  et on détachera mon bandeau et tous les régiments vont partir d'un grand rire devant ma bobine pâle comme la mort et mes yeux ravagés par la peur !  La bonne blague !

 

J'ai pissé

Transpercé mon carton, en plein dans le mille, dans le cœur d'Émile !

Pas un mot, pas un cri.

Un sous-officier passe me donner le coup de grâce, faute de grâce, au dessus de l'oreille, le canon de son pistolet à six centimètres ! Réglementaire ! Ça fait un bruit terrible !

Je n'ai plus peur.

Le major vient constater que je suis bien mort et le greffier signe son procès verbal.

Maintenant, ils défilent, toutes les compagnies, officiers, sous-officiers, soldats, devant moi, le renversé, le couché par terre et ils pleurent, la belle affaire, atterrés eux-mêmes, et le commandant du cinquième qui ordonne à chacun  de lever la tête ! Il en est un qui est tombé en pressant sa gâchette et qui est resté malade et qui disait : laissez moi je suis un assassin !

Ma montre, mon porte monnaie avec cinquante francs, mon couteau, un briquet, un caillou de chez nous, tes lettres, toutes tes lettres, en un seul paquet sur mon cœur, avec des trous dedans maintenant, j'espère qu'il te feront parvenir tout ça.

Quand même, je pensais bien éviter de périr déjà, j'avais réussi à circuler facilement entre les mitrailles jusque là.

Je me voyais revenir pour embrasser tes yeux, toucher tes seins et que ma première fois ce soit avec toi.

Je te rends la parole que tu m'as donnée de m'aimer toujours et de n'aimer que moi.

Je suis enterré ici.

 

La lettre du fusillé a été en partie inspirée par les derniers courriers postés par des fusillés pour l'exemple entre 1914 et 1918

Elle faisait partie du spectacle "Mauvaise nouvelle" présenté dans le Tarn en 2009 et 2010

Alain Cornuet (mise en scène) Roland Ossart (son) et Matthien Gaudeau (acteur) s'en souviennent

 

Posté par artpieton à 16:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
12 sept. 2014

Sivens S'engager

Sivens

S'engager

 On déboise la forêt pour construire un barrage et on assassine tous les habitants de l'herbe, de l'eau et des arbres à Sivens dans le Tarn pour satisfaire les besoins en eau d'une poignée de maïsiculteurs et les ambitions du Président du Conseil Général du département.

La ZAD de Sivens (Zone d'Aménagement Différé) a été rebaptisée ici (comme à Notre-Dame-des-Landes) ZAD (Zone À Défendre) par les militants qui tentent par divers moyens d'empêcher le massacre.

Ce sont des jeunes filles, des jeunes gars, de l'âge de mes gamins, ils ont tous les courages, ils vont au contact des gardes mobiles pour protéger leurs copains, ils sont gazés, ils prennent des coups violents, ils ne reculent pas, ils opposent leurs corps à l'avancée des machines de déboisement, ils s'enterrent sur leur passage, ils s'installent des jours et des nuits entières dans les arbres au risque de s'abattre avec eux.

D'autres, qui ont mon âge, ont cessé de s'alimenter depuis plus de 15 jours maintenant.

C'est un vrai combat, une belle et bonne cause à mes yeux.

Ils m'appellent, ils nous appellent, ils me demandent de faire du nombre, de résister, d'empêcher.

Ils ne me culpabilisent pas en même temps, ils disent que chacun peut faire ce qu'il peut, selon ses moyens.

J'avais l'alibi des kilomètres pour Notre-Dame-des-Landes et d'autres combats. Mon petit coin de Tarn était jusque là calme et protégé, ou bien mes oreilles en panne, les revendications de Sivens datent de plusieurs années.

Sivens, c'est à deux pas. Les franchir pour un pique-nique citoyen un dimanche de soleil, gardes mobiles et machines-dinosaures absents, retrouver des amis, une famille de convictions, se compter, signer les pétitions et rentrer chez soi, c'est facile. Le lundi matin les engins reviennent et leurs escortes de GIGN et de polices spéciales et avec eux la violence. Je n'y suis pas. Les excuses que je me fournis avancent une arthrose au genou, un ou plusieurs "trucs" à faire, un rendez-vous important, etc.

Bon, quand même, j'écris sur ce blog, je diffuse les infos. Pas si mal. Je sauve un ou deux brin d'herbe…

Le massacre de la forêt de Sivens et la répression si violente et si incroyable qui s'y installe est donc pour moi l'occasion de me poser pas mal de questions :

Je me demande un peu ce qu'il reste de mes vingt ans fêtés en 1968, de mes rêves libertaires ? Quels furent mon engagement et ma résistance cette année là ? Et depuis ? Je me dis fier de n'avoir pas mis les doigts dans les engrenages du système en choisissant de "faire l'artiste". Ce fut peut être une manière de résistance. Ce fut peut-être une fuite, etc…

C'est surtout l'occasion de me demander ce dont je vais être capable/incapable de faire pour résister (prochainement?) à un futur pouvoir démocratiquement élu par une majorité de mes voisins !

 

Pour en savoir plus :

https://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/

http://www.collectif-testet.org/index.php

https://www.youtube.com/watch?v=92_TeKgVQEE

 

 

 

Posté par artpieton à 13:34 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :
30 août 2014

Francisco Bajen

Hommage à Francisco Bajen, mort cette semaine (102ans) qui fut mon voisin, dont j'aimais la conversation et la peinture, qui me fit le plaisir d'aimer la mienne.

attention au chat

Posté par artpieton à 15:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Femmes gravent

P1030100

Femmes gravent !

À l'Échappée, notre lieu d'expo à Villeneuve sur Vère, nous avons réuni quatre femmes qui n'ont pas peur du noir, qui rayent le métal pour tirer sur le papier blanc quelques chefs d'œuvre d'encre !

 

L'une des techniques de gravure (il en existe plusieurs) consiste tout d'abord à entailler une plaque (de métal la plupart du temps, cuivre, zinc, acier, mais aussi tous autres matériaux qui le permettent)  

Pour ce faire tous les moyens sont bons : des outils, comme une simple pointe sèche, des burins de toutes sortes, mais également divers produits "mordants" capables d'attaquer le métal sur une même faible profondeur.

Ainsi "creusée" la plaque est grassement recouverte d'une encre qui ira se loger au creux des sillons. Il restera à l'essuyer en surface en prenant soin de ne pas vider ces tailles.

La presse du graveur est une table qui circule entre deux rouleaux : on y dépose la plaque, on place par-dessus une feuille de papier humide. La pression doit être suffisante pour "démouler" l'encre contenue au fond des tailles et ainsi reproduire le dessin sur le papier. On recommence le processus pour chaque tirage.

 

Martine Bénabou, Françoise Berthelot, Bilitis Farreny et Marité Fournier gravent !

Marité Fournier utilise la gravure pour dire son attachement au paysage, aux saisons, aux grands arbres d'hiver et à la nuit. Ses aquatintes sensibles, doucement colorées, descendent les escaliers de Gentilly, font les brumes ou les canicules au-delà des persiennes.

Bilitis Farreny travaille au noir ! Ses "bêtes" bienveillantes aux oreilles pointues, au pelage de velours ne réussiront pas à peupler nos cauchemars, ni les cheveux de pointe sèche de ses personnages de contes. Un soleil écarlate vient envahir certains de ses tirages.

Martine Bénabou, dont on pourrait qualifier la démarche de "contemporaine (mais elle sait comme moi que cela ne veut rien dire) joue avec l'idée de percée, de trou, de fenêtre, de matière et d'absence, de lointains et de proximités, d'ombres et de soleils.

Françoise Berthelot, qui utilise aussi la presse à gravure pour coller, retrouve le vocabulaire de formes de ses assemblages : le cercle des Peaux-Rouges et ses fils tendus, leurs "plumes". Les diagonales de ses compositions font se lever un vent en rafales qui emporte le trait. Ses tirages sur papiers antiques jaunis nous embarquent également !

 

C'est une expo brève : du samedi 30 août au dimanche 7 septembre 2014

L'Échappée est ouverte de 15h à 18h30 les samedis et dimanches,

Sur rendez-vous les autres jours : 05 63 56 87 43

On "vernit" l'installation vendredi 5 septembre à partir de 18h.

(on partage vos spécialités salées ou sucrées, nous on s'occupe des boissons!)

Posté par artpieton à 14:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :