15 juin 2014

Rencontrer une œuvre d'art

cézane

Rendez-vous

 

Rencontrer une œuvre d'art, un tableau, une installation, un spectacle, c'est rencontrer une personne. Derrière le tableau il y a le peintre, derrière l'œuvre il y a le créateur qui a tenté d'y mettre le maximum de lui-même, pour peu qu'il soit sincère et débarrassé d'un maximum d'influences.

C'est rencontrer quelqu'un pour la première fois ou déjà le connaître, par une photo, par “ouï-dire”. C'est une rencontre par hasard ou un rendez-vous, pour lequel on se prépare, pour lequel on se fait beau et on se rend disponible !

Dans un premier temps, donc, il n'est question que de regarder et de voir ! D'abord voir de loin, voir un ensemble, en faire le tour, choisir d'autres points de vue ou d'écoute, apercevoir au début, puis se rapprochant, découvrir qu'il existe d'autres lectures, de plus en plus détaillée, et se dire qu'il en est peut être d'autres.

(Je garde en mémoire ma rencontre avec la Comtesse del Carpio de Goya, au Louvre. Sa mantille blanche et brodée m'est apparue, depuis l'entrée de la salle, peinte avec une infinie précision, surement avec un pinceau à six poils et une longue patience ! Mais à quelques centimètres, c'était une autre affaire ! J'ai découvert que Goya avait barbouillé le fichu de gaze avec une touche désinvolte digne des Impressionnistes !)

Cette lecture pourrait être simplement descriptive et répondre à la question facile : que vois-je ? Comment est-elle, comment est-il habillé ? C'est une peinture, sur une toile semble-t-il, assez grande, un mètre par un mètre, carrée, c'est un paysage, etc.

Cette inspection plus ou moins précise et complète amènera rapidement à quelques premières impressions comme : j'aime ou je n'aime pas, mais aussi je comprends ou je ne comprends pas.

A partir de là, si j'ai besoin et si j'ai envie d'en savoir plus, je me dois d'engager la conversation. Par chance le tableau parle la même langue que moi ou alors, je vais avoir besoin d'un traducteur ! Je devine clairement les intentions de l'artiste, ou alors je vais devoir m'instruire, demander, consulter, lire ! L'idée que l'œuvre se livre d'emblée, sans aucun effort de ma part, qu'elle doive me toucher directement, me parait très surfaite ! On connaît (un peu) l'autre au bout du temps.

Peut-être aussi faut-il attendre ! Attendre le lendemain ou plus, attendre que le ciel s'éclaircisse. Attendre que l'œuvre fasse son chemin en nous.

Et ne pas rester seul ! En parler ! Confronter les points de vue permet les ouvertures !

Au bout du compte, de découvertes en découvertes, je devrais parvenir à “comprendre”, et lorsque l'on comprend, on admet, puis on accepte, on reconnaît et dès lors on n'est pas loin d'aimer !

Mais l'œuvre ne s'adresse pas seulement à nos yeux et à notre pensée. Elle nous atteint par chacun de nos cinq sens et par un indéfinissable sixième !

Quelque chose qui n'est pas du domaine des mots, qui ne s'explique pas, qui résiste à l'étude, passe, de façon mystérieuse entre l'objet et moi, entre l'autre et moi, et me procure un ensemble complexe de sensations, d'émotions, qui peuvent être plus ou moins fortes, violentes et pas forcément du domaine du plaisir.

Une rencontre peut changer ma vie, la vue d'une œuvre peut me transformer !

 

 

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07 juin 2014

Franck Poulain

Quelqu'un vient

les peintures de Franck Poulain

Comme Alain Ballereau, Franck Poulain cherche le paysage, l'invente, l'invite, le laisse venir. Mais il peint d'autres contrées. Je parcours les déserts et les volcanismes chez Ballereau, sur des terres d'avant l'humanité. Les titres des toiles de Franck Poulain sont des lambeaux de poèmes (“d'un pas malheureux, l'odeur des bois” “plus de lieu à vénérer” “par lequel semble s'achever le périple”) et disent clairement des latitudes plus humides porteuses de traces préhistoriques. Comme chez Ballereau on peut s'y complaire et s'y balader mais il est un autre voyage, celui de la peinture.

Franck Poulain est un "jeune" peintre. Il vient “d'entrer en peinture” après un long parcours de graveur. Il peint et explique qu'il ne contrôle aucun coup de pinceau, que tout se fait malgré lui, qu'il n'y est pour rien. Franck Poulain ferait des tableaux comme un pommier fait des pommes (la formule est de Bissière) sans effort, sans projet et sans discours.

Je comprends ce que Franck veut dire quand il refuse la “responsabilité” de sa peinture ! De nombreux artistes parlent de  ces décrochages de conscience qui peut leur faire penser que leur main est littéralement “guidée” pendant de longues heures et qui découvrent leur travail le lendemain au retour dans l'atelier. .

Franck Poulain peint “maigre”, on entend par là qu'il pose ses couleurs par couches très minces, sans jamais dépasser le plan par la plus petite épaisseur, le moindre empâtement. Il superpose des strates transparentes, opaques ou translucides quand il utilise le blanc, il recouvre inlassablement mais l'histoire de sa toile reste visible, on continue à percevoir toutes les étapes, depuis les premières traces malgré les recouvrements successifs, sa peinture est une inverse archéologie.

Franck Poulain peint “mouillé” : sa peinture ruisselle lentement, les coulures ne sont pas là pour faire désinvolte et moderne, elles participent à la représentation abstraite du paysage, elles sont “justes”, les couleurs s'épousent par capillarité, les dissolutions sèchent et laissent les empreintes d'une saison de pluie médiévale.

On “entend” la peinture de Franck Poulain : les aplats, les grandes plages calmes, sourdes, quasi silencieuses, par lesquelles il souffle le chaud et le froid sont brusquement griffées, rayées par le bruit de brindilles sèches et cassantes, inflammables. Ce sont des calligraphies de sarments, que le peintre rassemble en fagots noirs au bas du tableau.

Franck Poulain reste graveur, orfèvre, ciseleur  dans sa poursuite du détail : on lit dans sa peinture le désert et le grain de sable, ses grands formats sont des paysages monumentaux, quand on s'approche le moindre centimètre carré en est un autre.

Franck Poulain travaille la surface du tableau et provoque l'envie de caresses : le rendu final donne un vieux cuir ciré, une douceur de céramique. Le satin est à l'intérieur de la peinture et non pas par-dessus comme un vitreux vernis.

Il signe finement, de son seul prénom, comme Vincent.

On peut s'installer confortablement devant  “soudain, l'apaisement du vent” et attendre. Attendre que le tableau occupe toute la place, tout le champ de vision, tout le terrain de la pensée. Faire silence. Écouter. Au bout d'un temps, quelqu'un vient.

Expo du 7 au 22 juin 2014 à l'Échappée chez Pascale Drivière et Jacques Trouvé à Rouquette 81130 Villeneuve sur Vère

vernissage ce soir 7 juin à partir de 18h30

 

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28 mai 2014

“c'est pas beau de copier”

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Ma collection de (copies de) toiles de Maîtres !

On ne copie que les pointures, semble-t-il !

Vincent est le plus populaire. Quelle revanche !

Qui peut m'aider à identifier "l'inconnue" ?

Voir l'album : “c'est pas beau de copier”

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25 mai 2014

Plasticien : gagner à “être connu”

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Plasticien : gagner à “être connu”…

 Et vous faites quoi, dans la vie ?

Des dessins, de la peinture.

Ah ! C'est bien ! Mais je veux dire, vous faites quoi comme métier ?

Des dessins, de la peinture. Je suis plasticien. C'est un métier.

Ah, d'accord…

 

Je suis plasticien.

Nous sommes plasticiens ! (nous étions officiellement en France 48536 en 2009)

Nous nous occupons d'arts plastiques : le mot plasticien le dit. Nous ne sommes pas seulement peintres ou sculpteurs, nous sommes de moins en moins spécialisés, alors on nous a inventé un nom plus générique, nous utilisons divers techniques et aujourd'hui d'autres disciplines nous sont familières (photo, vidéo, mise en scène, écriture, etc.)

Nous exposons nos travaux dans des galeries, des musées, des centres d'art et autres structures dans lesquelles tout le monde n'entre pas. Ce mode de “consommation” de l'œuvre d'art ne nous satisfait pas toujours et nous cherchons à en inventer d'autres.

Nous avons quelquefois un peu de mal avec le mot artiste qui nous installe encore trop souvent aux yeux du public à plusieurs centimètres au dessus du sol ! Nous sentons bien qu'une partie de la société dans laquelle nous vivons n'est pas toujours convaincu de notre utilité !

Aux yeux de certaines personnes nous avons choisi notre activité et nous en retirons principalement du plaisir. Il nous est difficile de faire admettre à ceux là, qui associent à la notion de travail celle d'effort, intellectuel ou physique, de sueur, voire de souffrance, que nous sommes des “ouvriers” ordinaires !

Nous sommes dits amateurs ou professionnels. Les deux termes sont ambigus ! Nous parlons de métier quand notre activité occupe l'essentiel de notre temps et de nos pensées, quand elle est pour nous une attitude, une façon de se définir. Nous parlons alors de désir, d'investissement et de nécessité.

Il faut ajouter que, pour la plupart, nous travaillons en solitaire, que nous nous rencontrons peu, mal, et toujours à l'intérieur de nombreuses “chapelles” de pensées différentes !

Dans tous les cas, que nous soyons amateurs ou professionnels,

nous avons de nombreux devoirs et quelques droits !

Nous avons tout d'abord le devoir de nous mettre en conformité avec les lois sociales et fiscales de notre société et donc de déclarer notre activité et les revenus que nous en retirons et cela dès le premier euro perçu !

(si nous sommes par exemple retraités ou peintres du dimanche, si nous taisons nos plus petites ventes, bien qu'utilisant une large palette de couleurs, nous sommes des travailleurs au noir !)

(la Maison des Artistes, créée en 1952, qui est tout d'abord une association de solidarité et d'entraide des plasticiens, est agréée par l'État pour gérer nos assurances sociales depuis la loi Malraux de 1964)

Comme n'importe quel auteur nous avons aussi des droits… d'auteur !

Nul ne peut s'emparer de nos productions pour les reproduire ou les copier par tous moyens existants (photo, impression, moulage, film, etc.) sans avoir obtenu notre autorisation. Et nous sommes alors en droit d'exiger une rémunération en contre partie.

Lorsque nous exposons notre travail, dans un lieu privé ou une institution publique, nous pouvons obtenir le paiement d'un droit de présentation !

(ou droit d'exposition, ex-droit de “monstration”) 

En effet le lieu qui nous accueille ne peut pas prétendre le faire par philanthropie pure ! Il en tire forcément une “publicité”, un bénéfice plus ou moins “immatériel” ! Nous sommes en droit de demander  à partager ce bénéfice !

Mais la plupart du temps nous payons pour exposer, nous louons les cimaises, nous participons aux frais, nous réglons ceux de dossier et au final nous gagnons à “être connus” ! Et si nous osons réclamer ce que la loi nous permet, il est probable que nous ne serons pas accrochés !

Pourtant si nous en exigeons systématiquement le règlement* on peut bien imaginer que dans un avenir proche toutes les structures d'exposition intègreront dans leurs budgets le paiement de ce droit de représentation. Le principe d'un cachet est depuis longtemps admis  pour les artistes du spectacle vivant.

* En priorité dans les lieux où la vente de nos œuvres n'est pas autorisée et qui quelque fois font payer au public un billet d'entrée !

Et,  cerise sur le tableau ! Nous pouvons aussi bénéficier du droit de suite !

Chaque fois qu'une œuvre que nous avons vendue est revendue, puis revendue et encore revendue, à condition que le vendeur soit chaque fois un professionnel du marché de l'art (galeriste, antiquaire, encadreur, etc.) nous devrions percevoir un pourcentage du montant de la vente !

(il existe cependant pas mal de possibilités pour ce vendeur pour s'exonérer de cette taxe !)

 Pour conclure, une définition de l'artiste parmi tant d'autres:

"Que croyez-vous que soit un artiste? Un imbécile qui n'a que des yeux s'il est peintre, des oreilles s'il est musicien, ou une lyre à tous les étages du cœur s'il est poète, ou même, s'il est boxeur, seulement des muscles ? Bien au contraire, il est en même temps un être politique, constamment en éveil devant les déchirants, ardents ou doux évènements du monde, se façonnant de toute pièce à leur image. Comment serait-il possible de se désintéresser des autres hommes et, en vertu de quelle nonchalance ivoirine, de se détacher d'une vie qu'ils vous apportent si copieusement ? Non, la peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensif et défensif contre l'ennemi."     

Pablo Picasso.

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18 mai 2014

DesCollages

DesCollages

Exposition au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes

Du 17 mai au 25 juin 2014

C'est, au départ, une bonne idée de Françoise Berthelot : réunir autour du mot “collage” (et d'une table !) moins d'une dizaine de ses amis peintres. Certains se connaissent, d'autres pas.

Enfermer des artistes dans une cage, aussi dorée soit-elle, comporte des risques ! Vont-ils adhérer ? Des questions se posent rapidement : collage ? Coller ? Qu'est-ce que ça veut dire ? De la colle et du papier ? À plat ? Peut-on sortir du plan ? Envisager, au-delà du collage, des assemblages ? D'autres manières de lier ?

Pas question de contraindre les huit par une règle du jeu trop serrée ! La liberté étant octroyée chacun dans son coin fait chauffer sa glu et expérimente de secrètes recettes ! C'est facile pour quelques uns pour qui la technique du collage est habituelle, moins pour d'autres. Mais pour tous les plasticiens coller est une attitude connue, leur démarche se réfère la plupart du temps à cette pensée.

Le résultat est, hormis une belle expo en septembre 2013 dans l'atelier galerie de Françoise Berthelot à Cahuzac sur Vère, la naissance d'un possible collectif. Des rapports, des amitiés naissent. On s'invite, on se visite et quand les solitaires que sont les plasticiens se regroupent de beaux projets s'avancent ! À suivre !

Françoise Berthelot

Françoise Berthelot colle !

Elle regroupe, confronte les papiers, les bois, les os, le noir, le blanc et les couleurs. Et, c'est sa nature profonde, elle rassemble, elle assemble à l'aide d'une colle dont nous ignorons la formule aussi bien les matériaux que ses amis !

Elle montre ici des collages de papiers déchirés, des transparences de soie sur des bases noires que la presse à gravure transforme en cuirs patinés. J'ai remarqué aussi deux triptyques très “peints” !

Les compositions de Françoise Herman sont faites de divers matériaux, riches en matières. Elles appellent au toucher et semblent avoir subi les oxydations, en précieuses couleurs rouille et vert-de-gris, de lointains naufrages.

Élisabeth Poiret installe sur des formats carrés immaculés de noires empreintes, comme traces de dérapage dans la neige, estampes compliquées de collages de papiers translucides. Elle intervient aussi sur de vieux zincs, restes de gouttières oxydées qui racontent l'histoire de la pluie.

Annie Baratz avait donné chez Françoise Berthelot des compositions de papiers déchirés. Ici ses grands formats se confrontent à ceux d'Alain Ballereau. Leurs techniques, simples en apparence, sont assez proches et consistent à installer des bandes de kraft peintes ou vierges pour créer le paysage.

Annie, encadre, “finit” alors que Alain Ballereau laisse la liberté au papier. Il montre deux grands formats qui me touchent beaucoup ! (voir article du 10 mars 2014 /Alain Ballereau et lien vers son site)

Franck Poulain installera ses peintures récentes chez nous à Villeneuve du 6 au 22 juin. Ce sera pour moi l'occasion de dire tout le bien que je pense de son travail. Ici il propose une série ou l'adjonction de tissus collés me semble pure honneteté à accepter la règle du jeu proposée. Sa peinture n'est cependant pas desservie mais elle n'en a pas besoin.

Pour ma part, j'ai joint à mes photos de Brassaï montrant Matisse et son modèle, déchirées en miettes et recollées avec un évident manque d'application, deux simples dessins sur carton copiés sur le même modèle.

J'ai gardé pour le dessert les papiers de Florence Prêleur et  les textiles de Pascale Drivière installées ensemble dans l'intimité de la petite salle du Musée. Ces deux là ont en commun, à mes yeux, d'avoir installé aux murs divers éléments sauvés, petites choses privées mises de côté en attendant, retirées d'un projet, mises en quarantaine, sans pour autant être exclues et conduites à la poubelle et qui donc s'avèrent très “chargées”.

Un faon cherche désespérément son chemin parmi les dessins d'enfants et les papiers peints fleuris des collages de Florence Prêleur. Pascale Drivière, toujours dans une poésie intérieure, installe des objets de mémoire sur fonds délavés de chiffons de peintre. Son livre textile, recueil de broderies qui n'avaient pas trouvé leur place, ne fait aucun bruit quand on le feuillette.

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14 mai 2014

Brève de comptoir Serge Coujati

Brève de comptoir

 

le peintre il est mort mais bon il reste ses tableaux pas plus tard qu'hier il va y avoir des rétrospectives des commémorations ils vont faire des expos des lectures des soirées pour parler de lui et boire un coup à sa santé il l'a plus la santé il est mort c'était un vrai peintre il fumait il buvait il était toujours amoureux ses peintures vont se vendre et cher c'est sûr il va y avoir des spéculations personne le connaissait il était pas connu inconnu méconnu mais une figure albigeoise on va le découvrir il aurait pu devenir un grand peintre un peu comme Van Gogh ou Toulouse-Lautrec il aurait du rester à Paris il connaissait du monde à Paris il était pote avec André Breton c'était pas seulement un peintre il pouvait faire plein de trucs il écrivait des chansons écrire ou chanter il aurait pu devenir chanteur un peu comme Gainsbourg au lieu de ça c'est dommage il est mort pas plus tard qu'hier il reste ses tableaux il les donnait quasiment sa côte va grimper c'est sûr il va grimper la côte ça va lui faire une belle jambe il était super sympa et de l'humour ça et toujours amoureux mais bon tout seul il avait pas mal d'amis mais bon seul il me semble et la tendresse en tous cas super sympa très gentil et intelligent mais bon très simple il aurait pu faire le malin mais non des idées sur pleins de sujets et toujours très originales c'était pas un allumé non plus bon ses peintures spéciales un peu étrange des femmes du sexe c'est sûr et des trucs à lui mais qui laissent pas indifférent spécial quoi on aimait bien ses peintures reconnu par tous les autres il payait son verre on lui payait un verre il est mort pas plus tard qu'hier il y en a qui deviennent connus après la mort je le connaissais depuis longtemps c'était un vrai pote  ou alors on va l'oublier

 

Serge Coujati

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11 mai 2014

Marcel Duchamp et l'Art contemporain

Buren

Marcel Duchamp et l'Art contemporain

Contemporain : définition : qui est du même temps que quelqu'un ou quelque chose.

Art : définition : l'art est une activité humaine, le produit de cette activité ou l'idée que l'on s'en fait, s'adressant délibérément aux sens, aux émotions et à l'intellect. On peut dire que l'art est le propre de l'homme et que cette activité n'a pas de fonction clairement définie.

Donc l'art contemporain c'est bien l'art qui se fait aujourd'hui, pas celui d'hier, ni de demain. Donc j'en suis, nous en sommes ! Il suffit d'être vivant aujourd'hui, de barbouiller n'importe quel sous bois avec biches ou d'installer un urinoir à l'envers sur un socle pour être un artiste contemporain ! Je suis contemporain, forcément !

Autre définition : art contemporain : ensemble des courants artistiques depuis 1945 jusqu'à nos jours (variante : depuis 1960 jusqu'à nos jours)

Dans l'Histoire de l'Art, l'Art Contemporain succède à l'Art Moderne.

Les attaques que subit l'Art contemporain ne datent pas d'hier ! (arnaque, délire d'artistes, assassin de l'Art d'avant et du métier, élitiste, etc.) Ceux qui n'en sont pas me semblent les plus virulents pour en condamner les artistes.

Les attaques que subit l'art qui se fait ponctuent l'Histoire de l'Art ! (Manet, son Déjeuner sur l'herbe, son Olympia, les Fauves au Salon d'Automne, etc.)

Pour certains ce serait Marcel Duchamp qui aurait commencé, qui aurait mis une belle pagaille (dans les années de guerre, de 1913 à 1917 !) en posant avec pas mal d'humour la question que personne ne se posait : l'Art ? C'est quoi ?

Depuis quelques uns affirment aujourd'hui que l'Art contemporain ne serait pas de l'art !

Bon, moi j'ai envie de défendre Marcel Duchamp ! Et l'Art contemporain !

DuchampMarcel Duchamp (qui est en 1917 un artiste, reconnu comme tel, avec son nu descendant un escalier) choisit un objet (un urinoir) l'installe à l'envers sur un socle, lui appose une signature et une date (R.Mutt, 1917), lui donne un titre (Fontaine) et le propose pour exposition dans un lieu destiné à l'Art.

Les réactions ne vont pas tarder ! Sa Fontaine est refusée ! Ce n'est pas de l'Art ! Marcel est ravi, c'est la question qu'il voulait poser, la galerie lui donne une réponse.

Il y a aussi ceux qui disent alors le contraire : c'est une œuvre d'Art véritable, son refus est une censure !

Pour savoir qui a raison, il va donc falloir  tenter de définir ce qu'est  l'Art !

Les “pour” disent : il est reconnu comme artiste, il n'a pas rien fait, il a choisi l'objet et il l'a transformé en le retournant, il l'a détourné de sa fonction première, il l'a signé, daté, reconnu, il le destine à l'exposition dans un lieu consacré : ce sont les gestes que font tous les artistes : choisir, transformer, assumer une pensée, une idée en l'exposant.

Les arguments contraires tiennent aussi, la question n'a pas de réponse, elle se pose encore aujourd'hui cent ans plus tard.

Elle dit en même temps que désormais tout est possible ! Marcel invente la liberté !

 

Plaidoyer pour L'Art contemporain :

L'Art contemporain se fabrique ainsi aujourd'hui parce qu'il ya eu un art hier et avant-hier, il se fait en continuité ou en ruptures, il n'ignore rien de l'Histoire de l'Art !

L'Art contemporain utilise les moyens d'aujourd'hui, comme chacun dans sa vie quotidienne (aujourd'hui on peut utiliser un téléphone portable ou écrire une lettre)  il a inventé de nouvelles techniques, de nouveaux matériaux, conservé certaines, abandonné d'autres !

L'Art contemporain est imprégné de son époque, il témoigne de son temps, de son absurdité, de sa violence, de sa poésie. Il parle de la vie, de la mort et des grands thèmes humains !

L'Art contemporain est vert, adolescent ! Il n'est pas mûr ! C'est un art en recherche, donc il présente des excès, des expérimentations, des provocations ! Le temps, seul juge, fera le tri !

L'Art contemporain abolit les frontières entre les arts ! L'artiste d'aujourd'hui fait appel tour à tour aux arts plastiques, aux arts vivants, au théâtre, à la danse, à la vidéo, au cinéma, à la littérature, etc.

L'Art contemporain est parfois difficile d'accès, il faut du temps et des efforts pour le comprendre, comme pour comprendre et découvrir une personne (ou soi même) et s'en faire un ami ou un amour !

L'Art contemporain est quelques fois éphémère, se transforme, disparaît et ne laisse que des traces dans la mémoire. Comme tout ce qui vit, il est mortel ! Même la Joconde est mortelle !

L'Art contemporain a de l'humour ! Il exacerbe aussi nos émotions, crée des perturbations, des indignations, il ne laisse pas indifférent !

L'Art contemporain sort de musées, des galeries, de tous les “temples”, de toutes les “chapelles” pour s'installer dans la rue et la campagne où chacun peut le rencontrer !

On a sacrément avancé depuis Marcel Duchamp ! L'Art d'aujourd'hui n'est plus seulement défini par les trois termes : Beau, vrai et bien fait ! L'esthétisme n'est pas suffisant, la représentation, la ressemblance peuvent être remises en cause, la technique n'est plus primordiale.

L'art d'aujourd'hui est libre ! On peut faire ce qu'on veut, comme on veut, comme on peut ! Quel liberté de pouvoir faire ce métier et de pouvoir montrer tant bien que mal ! Quel bonheur d'en avoir le droit ! Daniel Buren peut continuer à rayer notre quotidien, Balthus et Lucian Freud ont pu peindre devant un chevalet !

Mais il faut rester vigilant, car bien sûr la liberté est infiniment subversive !

C'est peut être vrai que la DRAC finance certains et pas les autres, les politiques ont choisi les avant-gardes pour ne pas se tromper comme Napoléon III et rater le prochain Manet ! Mais ça ne marchera pas ! Le temps fera le tri ! Quand nous ne serons plus contemporains !

 

 

 

 

 

 

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08 mai 2014

Jean Estaque

Estaque

 

Portrait présumé de Jean Estaque

Jean Estaque taille tout ce qui passe à proximité de son canif (toujours un couteau dans la poche, un canif de scout attaché avec une chainette) les manches des pinceaux, ceux des cuillères en bois, les porte-plume, le moindre bout de tilleul devient un bonhomme, un bon homme avec des yeux immenses et naïfs comme ceux des portraits du Fayoum. Il grave les ardoises d'écoliers jusqu'à les percer pour nous montrer le monde peu sérieux caché de l'autre côté.

Jean Estaque fait, avec tendresse et insolence, de petites sculptures, des jouets d'enfant, pour réveiller notre communale et activer les picotements de nos genoux couronnés, des voitures, des bateaux, (celui-ci plein de poupées noiraudes en hommage aux victimes de Lampedusa) des sculptures polychromes comme les chapiteaux de Sainte Austremoine à Issoire, des petites sculptures pour les avoir toujours sur soi, dans les poches et se les faire confisquer à la récrée.

Jean Estaque est un autre moine, il croit en Dieu, il croit aux dieux, mais pas n'importe lesquels, les siens. Il les invente et il les fabrique. C'est plus sûr, quand on connaît ses saints, on les honore. Il taille donc ses propres saints et il les traite de tous les noms : Honoré, Bouton, Doigts, Christophe, Blé (celui qui exauce les désirs de beurre et d'argent du beurre), Réunion (celui qui favorise les rassemblements).

Le soir, Jean Estaque ouvre leurs reliquaires, pille leurs tirelires, vide les troncs. Il capture les canonisés et leur introduit des pailles dans les orifices, leur fait des chatouilles sous les bras et leur promet les enfers ! Sorcellerie ! Me direz-vous ! Peut être. Mais on a bien le droit de penser libre !

Avec les pièces récoltées Jean Estaque achète sur les brocantes les éditions rares de Maupassant. Jean Estaque est éditeur, il publie Maupassant : avec application et un pinceau sculpté à six poils ou un porte-plume surmonté d'un hussard il recopie fidèlement les nouvelles de Maupassant avec une belle écriture anglaise scolaire et dodue. Il calligraphie avec amour les pleins et les déliés à l'encre blanche sur des fonds de nuit ou de pénombre. Jean Estaque recopie en tirant la langue les meilleures passages de Boitelle, de la Maison Tellier, du père Amable, de Mademoiselle Fifi et au milieu du texte il colle les personnages de la nouvelle, deux ou trois figurines sculptées hautes comme un paragraphe, au garde-à-vous dans leurs couleurs du dimanche (robes fleuries, rouge aux joues, complets vestons et souliers vernis) Ils se présentent, ils vont jouer la pièce ou ils saluent, lecture faite, rideau !

Maupassant adore ! Et pour remercier Jean Estaque, flanqué de Leloir et de Mirbeau, il l'emmène régulièrement prendre un verre à la Feuille de Rose, Maison Turque de réputation.

Jean Estaque expose à Rodez, du 7 mai au 13 juillet à la Médiathèque et à la Menuiserie

 

La Menuiserie, chez Jeanne Ferrieu, rue du 11 novembre, comme son nom le dit, est une caravelle du temps de la marine en bois, pas une brique, que des planches ! Embarquement garanti !

La médiathèque est une médiathèque, au centre ville, en face de l'Hôtel de Ville.

 

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05 mai 2014

Banyuls Maillol

 

Le Rio1 et 2

Banyuls,

Vallée de la Roume, 1963

Dans les années 50, les parents nous envoyaient chaque été en colonie de vacances, quelques fois sanitaires donc salutaires pour les gamins du baby-boom de l'après guerre. Ensuite les “camps d'adolescents” prenaient le relais.

Cette année là, nous étions installés sous des marabouts et des tentes militaires au bord du lit sec d'un “Rio Grande” tout près de Banyuls dans les Pyrénées Orientales.

Le Rio était provisoirement absent de son lit mais l'on savait qu'au prochain orage il dévalerait des collines pour passer sous nos fenêtres de toile.

Régulièrement on nous octroyait une liberté de quelques heures. On nous lâchait en ville ou dans la campagne autour du camp. A cette occasion je remontais chaque fois de plus en plus haut le lit de cailloux du ruisseau immobile avec un camarade silencieux dont j'ai depuis oublié le nom et le visage.

Je me souviens de ce jour ou nous étions parvenus assez loin dans la garrigue, notre attention fut attirée par les taches claires d'un mur au travers de la végétation. Une maison se trouvait là, avec des parties ruinées, écroulées et pillées et d'autres aux portes et volets bouclés. La végétation l'envahissait et rendait l'exploration peu aisée.

Il me semble me souvenir qu'au travers des volets clos et sous les portes bloquées une “charge”, un mystère se glissaient et que l'on entendait une musique, les bruits d'une activité silencieuse et des conversations muettes. Je n'en sais rien, en fait. Il est probable que notre imagination d'explorateurs en culottes courtes organisait ce concert. Il n'est pas impossible aussi qu'aujourd'hui, sachant toute l'histoire de ce domaine refermé et dormant, j'invente  le souvenir de ces musiques.

Bien plus tard, dans les années 80, je suis retourné à cet endroit, par la petite route cette fois. Je n'ai pas eu de mal à retrouver la maison. Elle était en travaux : on avait entrepris de la dégager de sa jungle, elle serait bientôt complètement restaurée. Je sus ce jour là qu'on avait dérouillé les persiennes, vernis les portes, arrangé l'intérieur pour y accueillir de belles dames nues aux corps de bronze. On préparait enfin le retour d'Aristide Maillol à la Métairie ! Bientôt Dina descendrait le chemin, pieds nus, et bientôt débarrassée de sa robe rouge prendrait la pose.

Quand j'ai pu enfin entrer en visiteur dans la maison/musée de Maillol, il y a peu, j'ai découvert que le vieil Aristide était enterré là, dans son jardin, sans doute depuis sa mort en 1944. Lors de notre intrusion de 1963 j'aime croire qu'il nous guettait sous les buissons de figuiers sauvages.

Maillol, de la ligne au volume. Le musée Toulouse-Lautrec, à Albi, en collaboration avec la Fondation Dina Vierny, Musée Maillol, Paris, présente une exposition de dessins et de sculptures d’Aristide Maillol (1861–1944, Banyuls-sur-Mer) pour célébrer le 70e anniversaire de la mort de l’artiste. Exposition du 5 avril au 22 juin 2014

 

 

 

 

 

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25 avr. 2014

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