14 juil. 2018

vive la France !

Le salut du drapeau

bleus

(à recopier et apprendre par coeur pour aujourd'hui et demain)

 C'était un géant, un beau capitaine;
Il avait servi sous Palikao;
En Crimée, âgé de seize ans à peine,
Il avait gagné ses galons de laine.
Un torse d'acier, deux mètres de haut,

Nous en avons eu de ces fils de France,
Comme lui vaillants, braves comme lui;
Sur son front brillait la mâle espérance;
Méprisant la mort, narguant la souffrance,
Toujours en avant, jamais il n'a fui.

Sous les murs de Metz, il était, l'hercule,
Le porte-drapeau de son régiment.
Quand il marche au feu, pas un ne recule.
Vous avez connu, voleurs de pendule,
De son œil altier, l'éclair aveuglant !

Durant quatre mois on soutint le siège;
On mangea les chiens, les chevaux, les rats,
Narguant la famine et tout son cortège,
La poitrine au feu, les pieds dans la neige;
Et seuls, les pruneaux ne manquèrent pas.

Un bruit se fait jour : « La France est trahie ! »
Et Bazaine écrit : « Livrez les drapeaux ! »
De quel deuil alors son âme est meurtrie !
Faut-il donc remettre, ô chère patrie,
Ta pure gloire aux mains des Pruscos ?

Dans ses doigts il tient l'étoffe sacrée;
Sur sa face mâle ont coulé des pleurs.
« Jamais, a-t-il dit, ô race abhorrée,
Jamais, moi vivant, les rives de Sprée
Ne verront l'éclat de nos trois couleurs ! »

Il étend sa lèvre à moustache blonde
Comme pour baiser le noble étendard,
Lorsque, tout à coup, un éclair l'inonde :
« Si je le mangeais ?... Il n'est pas au monde
Contre les uhlans de plus sûr rempart ! »

Il mangea le bleu, le blanc, puis le rouge;
Son cœur est trop haut pour un haut-le-cœur.
Sur son front d'airain pas un pli ne bouge;
Masque qu'on dirait sculpté par la gouge,
Du festin sublime il reste vainqueur.

Puis, après la soie, il mangea la hampe;
Ce fut le plus dur, le plus valeureux :
On l'avait taillée en chêne d'Étampe;
Mais lui, de l'aubier, surpassait la trempe,
Étant de ce bois dont on fait les preux.

Il murmurait : France !... Et mangeait, quand même !
Lorsque tout à coup son cœur s'arrêta :
L'aigle de Sedan !... Il devint tout blême,
Et le coq gaulois, de ce cœur l'emblème,
N'admit point l'oiseau qui capitula.
Il murmurait : France !... Et mangeait, quand même !
Lorsque tout à coup son cœur éclata !

 

Paul Reboux et Charles Müller 1913 ( à la manière de Paul Déroulède)

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22 mars 2018

révolution mai 68

 

révolution

( un poème de Jacques Prévert que j'ai écrit moi même en mai 68 )

réveil mao

encercler l'ennemi sans faire de bruit

à contre jour à contre cœur

agiter avant de s’en servir

puis marcher sur Paris

en chantant au coin des provinces

les berceuses rouges des faubourgs

frapper ou sonner selon le cas

aux portes de la ville

faire peur au concierge

ne pas réveiller les enfants

demander à un agent la place centrale

et l’hôtel de ville

semer la panique et l’indignation

dans les rues traversées

faire courir des bruits inquiétants

dans les autres

ne pas dépasser les doses prescrites

penser à sa pauvre mère

parvenu au cœur de l’objectif

demander le silence et un micro

parler à la foule de choses et d’autres

de la pluie et du beau temps qui est revenu

répondre gracieusement aux aclamations

défendre la veuve et l’orphelin

tenir les siens en liesse

promettre un aérogare et des commodités

puis courir aux Tuileries en wagon plombé

séquestrer le roi le petit mitron

la boulangère et les écus

ne pas oublier de crier vive le roi

et encore le roi boit

le soir venu sortir un peu dans les jardins

être poli avec la reine mère

ne pas marcher sur les pelouses

songer à prendre du pain et éteindre le gaz

s’endormir très tard en héros et sans chemise

mettre son réveil pour huit heures

ne pas avaler

le lendemain songer à proclamer la république

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15 juin 2015

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

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Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

René CHAR

Recueil : "Fureur et mystère"

Tes dix-huit ans réfractaires à l’amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu’au ronronnement d’abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller aux vents du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d’abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse-lyres, pour l’enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

Cet élan absurde du corps et de l’âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c’est bien là la vie d’un homme ! On ne peut pas, au sortir de l’enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

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06 févr. 2015

Agir ou déplorer

agir ou déplorer

Agir ou déplorer ?

Il y a des milliers de gens qui par principe s’opposent à l’esclavage et à la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme; qui se proclamant héritiers de Washington ou de Franklin, restent plantés les mains dans les poches à dire qu’ils ne savent que faire et ne font rien ; qui même subordonnent la question de la liberté à celle du libre échange et lisent, après dîner, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la même placidité que les cours de la Bourse et peut-être, s’endorment sur les deux. Quel est le cours d’un honnête homme et d’un patriote aujourd’hui ? On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif. On attend, avec bienveillance, que d’autres remédient au mal, afin de n’avoir plus à le déplorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un “Dieu vous assiste” à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux.

La Désobéissance civile (1849) - Henry David Thoreau

Actuel, non ? L'intégrale du texte ici !

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04 déc. 2014

petites phrases

Idées bien encrées

autobus

Le beurre, c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale.

Les lapins dorment-ils en chien-de-fusil ?

Quand leur chaise mourut, ils la firent empailler.

Il passa sans difficultés de la peinture à l'accordéon chromatique.

Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort,

nous nous vîmes cinq milles en arrivant  (Topor)

sauts de rue 1

Féminin est le masculin de féminine.

Dimanche : journée portes ouvertes à la Maison d'Arrêt.

Un train peut en cacher un autre, et réciproquement.

Nous avons vécu la fin des coups de fil.

Je porte plainte Contrex

Il ne fait rien, même pas son âge.

On peut affranchir une lettre, ou un esclave.

Prière de tenir les siens en liesse.

Il fait trop beau pour être au Net.

écran

 

 

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24 nov. 2014

Il n'y a pas de sots métiers

colleur de têtes

Colleur de têtes

Réducteur de prisons

Visiteur de troubles

Fauteur de grèves

Briseur de carreaux

Laveur de torts

Redresseur de sabres

Avaleur de chemins de fer

Indicateur de faux

Aiguiseur de dents

Arracheur de réverbères

Allumeur de bibliothèques

Conservateur de charme

Chanteur de journaux

Crieur d’enfants

Jardinière de tigres

Dompteur de chaises

Rempailleur de nuits

Veilleur de chiens

Dresseur de pierres

Tailleur de sorts

Jeteur de tramways

Conducteur de mégots

Ramasseur de cathédrales

Bâtisseur d’ours

Montreur d’or

Chercheur de feu

Cracheur d’images

Chasseur de claquettes

Danseur de couteaux

Lanceur de verres

Souffleur de mensonges

Détecteur de foires

Lutteur de faïence

Raccommodeur de consciences

Objecteur de cloches

Sonneur d’affiches

Il n'y a pas de sots métiers !

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25 sept. 2014

lettre du fusillé

Nouvelles du front

Et pendant ce temps là, la guerre, la Grande, la Der des Ders, continue !

Les horreurs d'aujourd'hui font oublier la commémoration des horreurs centenaires !

Depuis septembre 1914 on a recours à l'exemple pour remettre au pas la troupe qui déjà grogne. La fleur au fusil est fanée depuis lurette ! Depuis les premiers jours de septembre quelques dizaines de poilus ont été fusillés par leurs potes et ce n'est qu'un début.

(Frédéric Henri Wolf débute la liste, fusillé pour l'exemple le 1er septembre 1914)

Alexandre porte plume

 

 

Ma très chère amie,

Ce matin, j’ai été fusillé, à sept heures trente. Mauvaise nouvelle. Nous sommes passés vingt-quatre au Conseil de Guerre hier soir et il a été retenu qu'on aurait abandonné nos postes devant l'ennemi et là c'est la peine de mort pour moi qu'ils ont tiré au sort, je ne suis pas plus coupable que les autres mais il leur fallait un exemple.

J'ai pas dormi cette nuit. Personne. J'avais pas de temps à perdre, j'avais tellement de choses à me rappeler. Il faisait froid.

Hier soir, j’ai pu écrire une dernière lettre. J’ai commencé comme ça : quand tu liras ces mots, quand cette lettre te parviendra, je serais mort, fusillé. Avec un bout de crayon qu'on m'a donné. Mon porte-plume mâchonné je l'ai perdu il y a longtemps. Je t'ai écrit mes dernières nouvelles.

Un matin comme ça, un dernier matin, je me rase pas, je m'étais dit cette nuit. J'avais pensé ça. Je me suis rasé. De prés. J'ai pris le temps même. Après j'ai bien rangé le sabre et le blaireau, je me suis coiffé. Je me disais : on aura la tête nue, je me fais une tête bien propre pour arriver devant le Bon Dieu. J'y crois pas beaucoup au Bon Dieu pourtant, Jean, il y croit, lui, et à toute son escouade de saints. Il dit que je les retrouverais ceux qui me condamnent aujourd'hui. Si ça peut l'aider.

Il y avait Jules dans le peloton qui m’encadrait, avec les baïonnettes aux canons, pour aller jusqu'aux poteaux où ils avaient réunis tous les régiments. Lecture faite des accusations, les aumôniers me disent leurs discours et même, ils m’embrassent moi, le mécréant. Après on m’attache les mains dans le dos et au poteau. On m’a bandé les yeux pour que je voie pas les copains qui me visent, pour que les copains qui me visent ne croisent pas mes yeux. Ils m’ont fait mettre à genoux, ou pas, je ne sais plus. Des fois, à ce qu'il parait, ils t’épinglent un carré de papier blanc sur le cœur, un carton comme à la fête patronale le premier dimanche d'août. On ne peut pas me rater !

Alors, l'adjudant a levé son sabre.

Là, il n'y a plus qu'à attendre qu'il l'abaisse, son putain de sabre, dans peu, dans une seconde, dans une heure, dans un siècle. C'est pour de vrai, on n'est pas dans la cour de la communale cette fois, je me dis,  je vais  vraiment perdre toutes mes billes. On attend qu'il gueule : feu !

Eux, nos potes, nos poteaux, (que des bleus !), tous pensent qu'ils vont tirer trop haut, au dessus de ma tête, dans la colline, dans le ciel ! Que leurs pruneaux feront le tour de la terre et viendront cueillir tous les gradés par derrière ! La belle affaire !  Ils vont tirer dans les étoiles, c'est sûr, les soixante douze fusils, et moi je vais pas en revenir  et on détachera mon bandeau et tous les régiments vont partir d'un grand rire devant ma bobine pâle comme la mort et mes yeux ravagés par la peur !  La bonne blague !

 

J'ai pissé

Transpercé mon carton, en plein dans le mille, dans le cœur d'Émile !

Pas un mot, pas un cri.

Un sous-officier passe me donner le coup de grâce, faute de grâce, au dessus de l'oreille, le canon de son pistolet à six centimètres ! Réglementaire ! Ça fait un bruit terrible !

Je n'ai plus peur.

Le major vient constater que je suis bien mort et le greffier signe son procès verbal.

Maintenant, ils défilent, toutes les compagnies, officiers, sous-officiers, soldats, devant moi, le renversé, le couché par terre et ils pleurent, la belle affaire, atterrés eux-mêmes, et le commandant du cinquième qui ordonne à chacun  de lever la tête ! Il en est un qui est tombé en pressant sa gâchette et qui est resté malade et qui disait : laissez moi je suis un assassin !

Ma montre, mon porte monnaie avec cinquante francs, mon couteau, un briquet, un caillou de chez nous, tes lettres, toutes tes lettres, en un seul paquet sur mon cœur, avec des trous dedans maintenant, j'espère qu'il te feront parvenir tout ça.

Quand même, je pensais bien éviter de périr déjà, j'avais réussi à circuler facilement entre les mitrailles jusque là.

Je me voyais revenir pour embrasser tes yeux, toucher tes seins et que ma première fois ce soit avec toi.

Je te rends la parole que tu m'as donnée de m'aimer toujours et de n'aimer que moi.

Je suis enterré ici.

 

La lettre du fusillé a été en partie inspirée par les derniers courriers postés par des fusillés pour l'exemple entre 1914 et 1918

Elle faisait partie du spectacle "Mauvaise nouvelle" présenté dans le Tarn en 2009 et 2010

Alain Cornuet (mise en scène) Roland Ossart (son) et Matthien Gaudeau (acteur) s'en souviennent

 

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