les commémorations, autres fumées, autres sons de cloches

13 nov. 2014

Gentioux

Gentioux

Mardi 11 novembre 2014

Ce matin, je suis allé faire mon devoir de citoyen français : je suis allé commémorer l'armistice de 1918, observer l'état de mon patriotisme et une minute de silence au pied d'un monument aux morts !

J'ai choisi celui de Gentioux, dans la Creuse.

Le monument aux morts pour la France de Gentioux est un édifice atypique ! On peut même le qualifier d'hérétique !

Comme beaucoup de ses contemporains, il se présente sous la forme d'un obélisque courtaud perché sur un socle de trois marches entouré d'une grille en fer forgé. Les noms de soixante trois défunts, héros de 14/18 et des autres conflits y sont inscrits dans l'ordre alphabétique. Mais à la place de la statue habituelle du glorieux poilu-dont-la-bravoure-etc…, il montre un enfant en sarrau tendant un poing rageur vers la formule gravée en lettres d'or dans le granit : “maudite soit la guerre” !

L'installation du monument à l'orphelin de Gentioux est une initiative de 1922 du conseil Municipal de Jules Coutaud, maire SFIO, maréchal-ferrant gazé pendant la grande boucherie !

À l'époque la préfecture de la Creuse refuse de participer à son inauguration !

Le monument n'est toujours pas reconnu par l'État aujourd'hui ! On raconte que les militaires qui passent par là pour se rendre au camp tout proche de la Courtine ont longtemps reçu l'ordre de tourner la tête de l'autre côté !

Mais le monument pacifiste de Gentioux est célèbre et chaque 11 novembre il est le rendez-vous des antimilitaristes de tous poils ! Libres penseurs et anarchistes s'y retrouvent, y prononcent justes discours, entonnent ensemble la chanson de Craonne et s'attablent à midi pour un banquet républicain !

 

Ce matin, la liste des morts pour la France avait été justement complétée par celle, non exhaustive, des morts par la France ! 43 noms de victimes des violences d'état depuis 2005 s'y trouvaient notés, celui de Rémi Fraisse en tête !

 

 

 

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Anarchistes

“Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent…”

Mardi matin, à Gentioux, la statistique de Léo Ferré était fausse ! La proportion d'anars, d'anarchos, était à mon avis plus vraisemblablement supérieure à un sur deux, les grands pavillons noirs au A cerclé flottaient librement au vent frais du carrefour ! Les crieurs du Monde Libertaire et de Creuse-Citron, le journal libertaire de la Creuse, faisaient joyeusement recette !

Je me demande souvent si je suis anarchiste ! Si j'ai le droit, au regard de mon quotidien fait de concessions et de compromis, d'en épingler le pin's au revers de mes vestes noires !

 Dans son livre : l'ordre moins le pouvoir (éditions Agone), Normand Baillargeon écrit :

“Affirmez que vous êtes anarchiste et presque immanquablement on vous assimilera à un nihiliste, à un partisan du chaos voire à un terroriste ! Or, il faut bien le dire : rien n'est plus faux. Et ce contresens résulte de décennies de confusion savamment entretenue autour de l'idée d'anarchisme.

En première approximation, disons que l'anarchisme est une théorie politique au cœur vibrant de laquelle loge l'idée d'anti-autoritarisme, c'est-à-dire le refus conscient et raisonné de toute forme illégitime d'autorité et de pouvoir. Une vieille dame ayant combattu lors de la guerre d'Espagne disait le plus simplement du monde: "Je suis anarchiste: c'est que je n'aime ni recevoir ni donner des ordres." On le devine: cette idée est impardonnable, cet idéal inadmissible pour tous les pouvoirs. On ne l'a donc ni pardonné ni admis.

 L'anarchisme se définit étymologiquement comme [an-] (privatif) [archos] (pouvoir, commandement ou autorité) ; il est donc, littéralement, l'absence de pouvoir ou d'autorité. Ce qui ne signifie ni confusion, ni désordre, si l'on admet simplement qu'il y a d'autres ordres possibles que celui qu'impose une autorité : voilà, exprimé le plus simplement possible, ce qu'affirme d'abord l'anarchisme. Cet ordre en l'absence de pouvoir, les anarchistes pensent qu'il naîtra de la liberté- de la liberté qui est la mère de l'ordre et non sa fille, comme l'affirmait Pierre Joseph Proudhon. Pour le dire autrement, l'anarchisme pense que le désordre, après tout, ce peut bien être que “l'ordre moins le pouvoir”, selon le beau mot de Léo Ferré”

Pour devenir anarchiste, il me faudrait trouver réponses à de nombreuses questions, sur la “nature humaine”, sur les moyens de parvenir à cette société rêvée, sur l'idée de révolution, sur le problème de la violence et définir au plus juste le mot “utopie” !

"Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait”

 

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25 sept. 2014

lettre du fusillé

Nouvelles du front

Et pendant ce temps là, la guerre, la Grande, la Der des Ders, continue !

Les horreurs d'aujourd'hui font oublier la commémoration des horreurs centenaires !

Depuis septembre 1914 on a recours à l'exemple pour remettre au pas la troupe qui déjà grogne. La fleur au fusil est fanée depuis lurette ! Depuis les premiers jours de septembre quelques dizaines de poilus ont été fusillés par leurs potes et ce n'est qu'un début.

(Frédéric Henri Wolf débute la liste, fusillé pour l'exemple le 1er septembre 1914)

Alexandre porte plume

 

 

Ma très chère amie,

Ce matin, j’ai été fusillé, à sept heures trente. Mauvaise nouvelle. Nous sommes passés vingt-quatre au Conseil de Guerre hier soir et il a été retenu qu'on aurait abandonné nos postes devant l'ennemi et là c'est la peine de mort pour moi qu'ils ont tiré au sort, je ne suis pas plus coupable que les autres mais il leur fallait un exemple.

J'ai pas dormi cette nuit. Personne. J'avais pas de temps à perdre, j'avais tellement de choses à me rappeler. Il faisait froid.

Hier soir, j’ai pu écrire une dernière lettre. J’ai commencé comme ça : quand tu liras ces mots, quand cette lettre te parviendra, je serais mort, fusillé. Avec un bout de crayon qu'on m'a donné. Mon porte-plume mâchonné je l'ai perdu il y a longtemps. Je t'ai écrit mes dernières nouvelles.

Un matin comme ça, un dernier matin, je me rase pas, je m'étais dit cette nuit. J'avais pensé ça. Je me suis rasé. De prés. J'ai pris le temps même. Après j'ai bien rangé le sabre et le blaireau, je me suis coiffé. Je me disais : on aura la tête nue, je me fais une tête bien propre pour arriver devant le Bon Dieu. J'y crois pas beaucoup au Bon Dieu pourtant, Jean, il y croit, lui, et à toute son escouade de saints. Il dit que je les retrouverais ceux qui me condamnent aujourd'hui. Si ça peut l'aider.

Il y avait Jules dans le peloton qui m’encadrait, avec les baïonnettes aux canons, pour aller jusqu'aux poteaux où ils avaient réunis tous les régiments. Lecture faite des accusations, les aumôniers me disent leurs discours et même, ils m’embrassent moi, le mécréant. Après on m’attache les mains dans le dos et au poteau. On m’a bandé les yeux pour que je voie pas les copains qui me visent, pour que les copains qui me visent ne croisent pas mes yeux. Ils m’ont fait mettre à genoux, ou pas, je ne sais plus. Des fois, à ce qu'il parait, ils t’épinglent un carré de papier blanc sur le cœur, un carton comme à la fête patronale le premier dimanche d'août. On ne peut pas me rater !

Alors, l'adjudant a levé son sabre.

Là, il n'y a plus qu'à attendre qu'il l'abaisse, son putain de sabre, dans peu, dans une seconde, dans une heure, dans un siècle. C'est pour de vrai, on n'est pas dans la cour de la communale cette fois, je me dis,  je vais  vraiment perdre toutes mes billes. On attend qu'il gueule : feu !

Eux, nos potes, nos poteaux, (que des bleus !), tous pensent qu'ils vont tirer trop haut, au dessus de ma tête, dans la colline, dans le ciel ! Que leurs pruneaux feront le tour de la terre et viendront cueillir tous les gradés par derrière ! La belle affaire !  Ils vont tirer dans les étoiles, c'est sûr, les soixante douze fusils, et moi je vais pas en revenir  et on détachera mon bandeau et tous les régiments vont partir d'un grand rire devant ma bobine pâle comme la mort et mes yeux ravagés par la peur !  La bonne blague !

 

J'ai pissé

Transpercé mon carton, en plein dans le mille, dans le cœur d'Émile !

Pas un mot, pas un cri.

Un sous-officier passe me donner le coup de grâce, faute de grâce, au dessus de l'oreille, le canon de son pistolet à six centimètres ! Réglementaire ! Ça fait un bruit terrible !

Je n'ai plus peur.

Le major vient constater que je suis bien mort et le greffier signe son procès verbal.

Maintenant, ils défilent, toutes les compagnies, officiers, sous-officiers, soldats, devant moi, le renversé, le couché par terre et ils pleurent, la belle affaire, atterrés eux-mêmes, et le commandant du cinquième qui ordonne à chacun  de lever la tête ! Il en est un qui est tombé en pressant sa gâchette et qui est resté malade et qui disait : laissez moi je suis un assassin !

Ma montre, mon porte monnaie avec cinquante francs, mon couteau, un briquet, un caillou de chez nous, tes lettres, toutes tes lettres, en un seul paquet sur mon cœur, avec des trous dedans maintenant, j'espère qu'il te feront parvenir tout ça.

Quand même, je pensais bien éviter de périr déjà, j'avais réussi à circuler facilement entre les mitrailles jusque là.

Je me voyais revenir pour embrasser tes yeux, toucher tes seins et que ma première fois ce soit avec toi.

Je te rends la parole que tu m'as donnée de m'aimer toujours et de n'aimer que moi.

Je suis enterré ici.

 

La lettre du fusillé a été en partie inspirée par les derniers courriers postés par des fusillés pour l'exemple entre 1914 et 1918

Elle faisait partie du spectacle "Mauvaise nouvelle" présenté dans le Tarn en 2009 et 2010

Alain Cornuet (mise en scène) Roland Ossart (son) et Matthien Gaudeau (acteur) s'en souviennent

 

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29 juil. 2014

Vest Pocket Kodak

 

 

La der des ders

Nous y sommes ! C'est dimanche ! Dimanche 3 août, c'est la guerre ! La Grande ! La 1ere Mondiale ! La der des ders ! (En 1914, c'était un lundi)

Le 31 juillet Villain assassine Jaurès. (Il passe la guerre en prison et il sera acquitté en 1919 ! Il vivra jusqu'en 1936 où il sera exécuté par les anarchistes Barcelonais à Ibiza ! On ignore s'ils connaissaient son histoire.)

Le 1er août c'est la mobilisation générale et le 3 l'Allemagne déclare la guerre à la France.

Ça va durer quatre ans !

Les photos sont interdites sur le front mais le si petit Vest Pocket Kodak Autographic (que cachent dans leurs poches quelques gradés fortunés dès janvier 1915) passe inaperçu !

photo kodak

le kodak ok

illustrez

il est léger

valeur des photos

vues

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