14 mars 2015

Tous artistes

Munch

Tous artistes !

État des lieux : il y a le Grand Livre, l'Histoire de l'Art avec tous les Grands-Peintres-Disparus et l'un des plus grands de tous a même une expression liée à son nom : quand certains ne comprennent pas une œuvre, ils disent : “c'est du Picasso !”

Il y a les Derniers-Géants, les Artistes-Contemporains, les Plasticiens, les Performeurs, les Artistes-Multimédia, les Artistes-Français, les Indépendants, les Peintres-Officiels-de-la-Marine, les Amis-des-Arts-d'Albi, les Peintres-du-Dimanche, ceux de la Semaine, les Figuratifs, les Abstraits, les Non-Figuratifs, les Naïfs, les Artbrutistes, les Singuliers, les Célèbres-Connus-Chers, les Inconnus, les Méconnus.

On parle du sens de la couleur, de possibilités, de potentiels, de talent et même de dons et de génie !

Il y a ceux qui veulent devenir Grands, ceux qui se considèrent comme tels, ceux qui participent aux courses de peintres et qui obtiennent des médailles, ceux qui s'en fichent, ceux qui copient sur le voisin, ceux qui singent, ceux qui inventent, ceux qui en vivent, ceux qui en meurent.

Et dans les Galeries, les Expos, les Monstrations, les Exhibitions, devant les Installations, pendant les Évènements, les Performances, les Biennales, les Triennales, les Rencontres, les Printemps des Sociétés-des-Beaux-Arts, des Salons annuels du Collectif, de l'Amicale, du Cercle, lors des Portes-Ouvertes des Écoles, des Ateliers, des Palettes, il y a ceux qui s'alignent, qui piétinent, qui font la queue, qui suivent, qui vont voir ce qu'il faut voir, qui regardent et qui admirent.

Il y aurait aussi, autre distinguo,  les amateurs et les professionnels :

Amateur : le mot vient du verbe aimer ! Il désigne celui qui aime ! Celui qui s'adonne à une activité, artistique, sportive, pour le plaisir, sans en faire profession. De là à en conclure qu'il le fait moins bien que le professionnel, imparfaitement, qu'il manque de compétences et d'application, il n'y a qu'un pas ! C'est le sens de la réponse de Manet auquel Gauguin, qui n'a pas encore tout lâché pour se consacrer à la peinture, précise son statut d'amateur : “Monsieur Gauguin, il n'y a d'amateurs que les mauvais peintres !”

Professionnel : celui qui fait profession de son art ! Qui en tire un revenu ! Et ceci dès lors qu'il en tire un premier euro ! Et qui aussi, par opposition à l'amateur, est censé exercer cette activité avec un vrai métier, un maximum de compétences et d'application !

L'Art est partout ! Les files d'attente devant les expos sont interminables ! Et tout le monde pratique ! Enfin presque !

Statistiques du Ministère de la Culture en 2008 : 3 Français sur 5 (61%) n’ont jamais fait l’expérience de la fréquentation d’une galerie d’art au cours de leur vie. La proportion est très proche en ce qui concerne celle des expositions de photographie (64%).

Annuellement : 15% des français visitent les expositions de photographie, 15% visitent les galeries d'art, 9% les musées d'art moderne et contemporain.

La pratique amateur du dessin touche 14% de la population française de 15 ans et plus.

Celle de la peinture/sculpture/gravure : 9%.

Celle relevant de la création graphique/ordinateur : 9%. 

Celle de la poterie/céramique/artisanat : 4%.

Il y a donc la foule immense de ceux qui n'entrent jamais voir, pas le temps, pas les moyens, pas le désir, pas l'occasion, pas le courage, pas pour eux.

Bon ! Allez ! Tout d'abord on apprend tous* à dessiner ! C'est possible ! On peut apprendre à dessiner (et à peindre) comme on peut apprendre à lire et à écrire !

Voir : Proposition n°1 : va falloir… apprendre à dessiner !

*bien sûr, on peut aussi opter pour un autre art ! Ce qui est possible avec le dessin doit bien l'être avec la musique, l'écriture, le théâtre…

Je sais (j'ai essayé!) que l'on peut convaincre chacun, par l'expérience, qu'il possède le même potentiel créatif que n'importe quel “artisse”, que tous bien sûr n'en feront pas le même œuvre, (il y aura toujours des Picasso, des Léonard, des Michel-Ange) mais au moins tous sauront ce qu'est cette drôle de manie préhistorique et en tireront d'indicibles plaisirs et d'incroyables enrichissements ! Et à partir de là, si la Grande Ignorance recule, les Artisses pourront de moins en moins faire les malins, certains vont commencer à avoir le vertige sur leurs fragiles piédestaux !

Et pour donner confiance, pour décoincer les fameux potentiels créatifs, pour montrer aux plus récalcitrants que c'est possible, qu'il suffit de s'y mettre, on irait, proposition n°2, frapper aux carreaux de quelques "arbrutistes" (l'expression est d'Alain Pauzié) aux portes des singuliers pour qui il n'y a ni bons ni mauvais dessins, ni croûtes ni chefs-d'oeuvre, pour lesquels il n'y a que nécessité ! A visiter d'urgence : le Palais Idéal de Ferdinand Cheval, le Manège de Pierre Avezard et la Fabuloserie, la Collection de l'Art Brut à Lausane, le Site de la Création Franche à Bègles, la Maison Picassiette à Chartres, etc.

 

Judith ScotCi dessus, un "emballage" de Judith Scot

 

Voir : Regards Éblouis

Slogans pour une “nouvelle révolution culturelle” : Tous artistes ! Anartistes ! (Marcel Duchamp) Volez l'Art aux artistes ! J'en fais autant ! C'est beau de copier ! Pour un monde de Bruts ! Soyons Naïfs !

Une culture artistique véritable, la lecture d'une vraie histoire de l'art, “discipline qui a pour objet l'étude des œuvres dans l'histoire, et du sens qu'elles peuvent prendre, qui étudie également les conditions de création des artistes, la reconnaissance du fait artistique par le public, ainsi que le contexte spirituel, culturel, anthropologique, idéologique et théorique, économique et social de l'artdevrait utilement parachever le tableau !

Je n'invente rien, Marcel Duchamp, André Breton et les Surréalistes*, Joseph Beuys* et  son idée de “sculpture sociale” et d'autres ont prôné cette idée du “tous artistes” :

*En s'appuyant sur Lautréamont pour qui « la poésie peut être faite par tous. Non par un », les surréalistes prônent une désacralisation et une démocratisation de la fonction artistique. L'artiste n'apparaît plus comme un personnage sacré, exceptionnellement doué pour son activité. L'art doit descendre de son piédestal pour investir la vie de tous les jours. Chaque homme, chaque femme, possède des virtualités créatrices entravées par la société mais qui ne demandent qu'à être mise au jour. Breton définit clairement ce qu'a été l'objectif du surréalisme : " Le propre du surréalisme est d'avoir proclamé l'égalité totale de tous les êtres humains normaux devant le message sublimal, d'avoir constamment soutenu que ce message constitue un patrimoine commun dont il ne tient qu'à chacun de revendiquer sa part et qui doit à tout prix cesser très prochainement d'être tenu pour l'apanage de quelques-uns. Tous les hommes, dis-je, toutes les femmes méritent de se convaincre de l'absolue possibilité pour eux-mêmes de recourir à volonté à ce langage qui n'a rien de surnaturel et qui est le véhicule même, pour tous et pour chacun de la révélation. Il est indispensable pour cela qu'ils reviennent sur la conception étroite, erronée de telles vocations particulières qu'elles soient artistiques ou médianimiques" 

*"Chaque homme est un artiste " Beuys dit que cette thèse est sa contribution à l'histoire de l'art, et qu'il poursuit le travail de Duchamp, quand celui-ci a décrété n'importe quel objet oeuvre d'art . Cette affirmation est la base du travail social de Beuys, qu'il appelle " sculpture sociale ".

 

 

 

 

 

 

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31 janv. 2015

art contemporain Cynnhorodon-Faldac

Et si on reparlait d'art contemporain !

art contemporain

 

Allons faire un tour sur Cynnhorodon-Faldac, blog de réflexion et de défense de l'Art dit contemporain, dans lequel Louis Doucet sème ses baies rouges et irritantes et met régulièrement de l'ordre et du discernement dans nos pensées, en tous cas dans les miennes ! Quel bonheur de les voir ainsi formulées aussi clairement et justement !

Extrait de “Démagogie et populisme” février 2015  :

 Le comique de cette triste situation est que ces mêmes personnes s’approprient, sans vergogne, des postures revendiquées notamment par Duchamp et Beuys, artistes dont ils vouent les œuvres aux gémonies et sur lesquels ils vomissent leur haine, leurs invectives et leurs insultes, sans d’ailleurs connaître leur travail ni surtout proposer d’alternative viable. Le brûlot périodique de Nicole Estérolle est un exemple patent de ce type d’attitude. Le discours qui y est développé est, en bien des points, comparable à celui qui stigmatisait, en des temps de triste mémoire, l’entarte Kunst. On y lit, en filigrane, des fragments des (non-)programmes culturels fétides des municipalités récemment conquises par le FN. Sa démarche a toutes les caractéristiques de celles des partis populistes, de droite ou de gauche, désignant les intellectuels – les « élites », dans leur terminologie – à la vindicte populaire, entretenant les frustrations d’artistes en mal de reconnaissance, s’appuyant sur une inculture plastique et esthétique volontairement entretenue par l’État, maniant les approximations et les raccourcis hâtifs, déformant l’information, focalisant sur des détails de peu d’importance, généralisant et caricaturant sur la base de données erronées… Toutes méthodes éprouvées par les régimes dictatoriaux. On peut y déceler les frustrations et la jalousie d’artistes blessés de ne pas être reconnus et qui, au lieu d’en rechercher les racines dans leur propre travail, tentent d’en attribuer les causes aux autres. C’est tellement plus facile que se remettre en cause…”

La suite sur Cynnhorodon-Faldac !

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11 mai 2014

Marcel Duchamp et l'Art contemporain

Buren

Marcel Duchamp et l'Art contemporain

Contemporain : définition : qui est du même temps que quelqu'un ou quelque chose.

Art : définition : l'art est une activité humaine, le produit de cette activité ou l'idée que l'on s'en fait, s'adressant délibérément aux sens, aux émotions et à l'intellect. On peut dire que l'art est le propre de l'homme et que cette activité n'a pas de fonction clairement définie.

Donc l'art contemporain c'est bien l'art qui se fait aujourd'hui, pas celui d'hier, ni de demain. Donc j'en suis, nous en sommes ! Il suffit d'être vivant aujourd'hui, de barbouiller n'importe quel sous bois avec biches ou d'installer un urinoir à l'envers sur un socle pour être un artiste contemporain ! Je suis contemporain, forcément !

Autre définition : art contemporain : ensemble des courants artistiques depuis 1945 jusqu'à nos jours (variante : depuis 1960 jusqu'à nos jours)

Dans l'Histoire de l'Art, l'Art Contemporain succède à l'Art Moderne.

Les attaques que subit l'Art contemporain ne datent pas d'hier ! (arnaque, délire d'artistes, assassin de l'Art d'avant et du métier, élitiste, etc.) Ceux qui n'en sont pas me semblent les plus virulents pour en condamner les artistes.

Les attaques que subit l'art qui se fait ponctuent l'Histoire de l'Art ! (Manet, son Déjeuner sur l'herbe, son Olympia, les Fauves au Salon d'Automne, etc.)

Pour certains ce serait Marcel Duchamp qui aurait commencé, qui aurait mis une belle pagaille (dans les années de guerre, de 1913 à 1917 !) en posant avec pas mal d'humour la question que personne ne se posait : l'Art ? C'est quoi ?

Depuis quelques uns affirment aujourd'hui que l'Art contemporain ne serait pas de l'art !

Bon, moi j'ai envie de défendre Marcel Duchamp ! Et l'Art contemporain !

DuchampMarcel Duchamp (qui est en 1917 un artiste, reconnu comme tel, avec son nu descendant un escalier) choisit un objet (un urinoir) l'installe à l'envers sur un socle, lui appose une signature et une date (R.Mutt, 1917), lui donne un titre (Fontaine) et le propose pour exposition dans un lieu destiné à l'Art.

Les réactions ne vont pas tarder ! Sa Fontaine est refusée ! Ce n'est pas de l'Art ! Marcel est ravi, c'est la question qu'il voulait poser, la galerie lui donne une réponse.

Il y a aussi ceux qui disent alors le contraire : c'est une œuvre d'Art véritable, son refus est une censure !

Pour savoir qui a raison, il va donc falloir  tenter de définir ce qu'est  l'Art !

Les “pour” disent : il est reconnu comme artiste, il n'a pas rien fait, il a choisi l'objet et il l'a transformé en le retournant, il l'a détourné de sa fonction première, il l'a signé, daté, reconnu, il le destine à l'exposition dans un lieu consacré : ce sont les gestes que font tous les artistes : choisir, transformer, assumer une pensée, une idée en l'exposant.

Les arguments contraires tiennent aussi, la question n'a pas de réponse, elle se pose encore aujourd'hui cent ans plus tard.

Elle dit en même temps que désormais tout est possible ! Marcel invente la liberté !

 

Plaidoyer pour L'Art contemporain :

L'Art contemporain se fabrique ainsi aujourd'hui parce qu'il ya eu un art hier et avant-hier, il se fait en continuité ou en ruptures, il n'ignore rien de l'Histoire de l'Art !

L'Art contemporain utilise les moyens d'aujourd'hui, comme chacun dans sa vie quotidienne (aujourd'hui on peut utiliser un téléphone portable ou écrire une lettre)  il a inventé de nouvelles techniques, de nouveaux matériaux, conservé certaines, abandonné d'autres !

L'Art contemporain est imprégné de son époque, il témoigne de son temps, de son absurdité, de sa violence, de sa poésie. Il parle de la vie, de la mort et des grands thèmes humains !

L'Art contemporain est vert, adolescent ! Il n'est pas mûr ! C'est un art en recherche, donc il présente des excès, des expérimentations, des provocations ! Le temps, seul juge, fera le tri !

L'Art contemporain abolit les frontières entre les arts ! L'artiste d'aujourd'hui fait appel tour à tour aux arts plastiques, aux arts vivants, au théâtre, à la danse, à la vidéo, au cinéma, à la littérature, etc.

L'Art contemporain est parfois difficile d'accès, il faut du temps et des efforts pour le comprendre, comme pour comprendre et découvrir une personne (ou soi même) et s'en faire un ami ou un amour !

L'Art contemporain est quelques fois éphémère, se transforme, disparaît et ne laisse que des traces dans la mémoire. Comme tout ce qui vit, il est mortel ! Même la Joconde est mortelle !

L'Art contemporain a de l'humour ! Il exacerbe aussi nos émotions, crée des perturbations, des indignations, il ne laisse pas indifférent !

L'Art contemporain sort de musées, des galeries, de tous les “temples”, de toutes les “chapelles” pour s'installer dans la rue et la campagne où chacun peut le rencontrer !

On a sacrément avancé depuis Marcel Duchamp ! L'Art d'aujourd'hui n'est plus seulement défini par les trois termes : Beau, vrai et bien fait ! L'esthétisme n'est pas suffisant, la représentation, la ressemblance peuvent être remises en cause, la technique n'est plus primordiale.

L'art d'aujourd'hui est libre ! On peut faire ce qu'on veut, comme on veut, comme on peut ! Quel liberté de pouvoir faire ce métier et de pouvoir montrer tant bien que mal ! Quel bonheur d'en avoir le droit ! Daniel Buren peut continuer à rayer notre quotidien, Balthus et Lucian Freud ont pu peindre devant un chevalet !

Mais il faut rester vigilant, car bien sûr la liberté est infiniment subversive !

C'est peut être vrai que la DRAC finance certains et pas les autres, les politiques ont choisi les avant-gardes pour ne pas se tromper comme Napoléon III et rater le prochain Manet ! Mais ça ne marchera pas ! Le temps fera le tri ! Quand nous ne serons plus contemporains !

 

 

 

 

 

 

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