17 juin 2014

La Mairie d' Aubagne censure

La Mairie d' Aubagne censure les artistes “pornographiques”

 

“L’Amour” un tableau manifeste de Marie Morel et “La machine à accoucher” signée Demin, œuvre qui dénonce le viol, ont été jugés «pornographiques» par l’adjoint à la culture d’Aubagne qui a décidé d’interdire leur présentation dans le cadre de la 13e Biennale d’art singulier. Pour protester, ses organisateurs ont décidé purement et simplement d’annuler le festival ! Ci-dessous le texte que vient de publier Marie sur son site

Il existe aussi ici un lien pour signer une pétition !

Nuits-Noires(détail)-Marie-Morel

 

L'érotisme dans ma peinture et la censure à Aubagne :

L’ensemble de mon travail de peintre est comme une grande réflexion sur la vie. Composé par des peintures sur des pensées, des émotions, des contemplations, des bonheurs, des amours, des chagrins, des révoltes, des engagements, des manifestes et de l’érotisme.

L’érotisme est un sujet important dans la vie. Tout être vivant est envahi d’érotisme, les femmes et les hommes, mais aussi les animaux, les plantes… Notre venue sur terre est reliée à un acte naturel d’amour. Ce sujet est si vaste et passionnant, quelle diversité chez chacun de nous ! Toutes ces sensations, ces émotions, ces jeux, ces délires, ces bonheurs, ces souffrances, cette liberté, cette intimité, ce don de soi, ces partages, etc.

Je peins tout cela, sans tabou, simplement. Je dis, je raconte les choses que je vois, que je sens, je l’espère sans vulgarité, avec beaucoup de respect pour chaque sujet traité. Des baisers, des amours, de l’accouplement, des fantasmes, de l’homosexualité, du bondage, des jeux érotiques, de la sexualité chez les personnes très âgées, de la sodomie, du S.M, etc.

Malheureusement je remarque que les œuvres érotiques sont de plus en plus censurées dans les lieux d’expositions. Les organisateurs ont souvent peur : vigilance excessive de notre société ; on revient à un monde où nos libertés sont de plus en plus encadrées.

Cette censure me peine beaucoup car elle ampute mes expositions d’un élément important de mon travail de peintre.

Si nous, les artistes, ne pouvons plus montrer d’œuvres érotiques, que deviendront les grands chants d’amour de notre époque ? Circulent librement beaucoup d’images pornographiques qui ne donnent pas la même vision de l’amour et de l’érotisme que l’œuvre d’un artiste.

Pourquoi, dès qu’un sexe est peint sur une toile, certains crient-ils au scandale ?

Observer les gens et leur réactions devant une peinture permet en fait de les découvrir eux, de cerner leur caractère et leurs sensations. La peinture, elle, ne change jamais, elle est là unique, toujours la même, mais chaque personne qui la regarde, la voit et la juge différemment. La personne qui regarde l’œuvre a ses propres émotions, son propre ressenti, et c’est elle qui crée ce qu’elle voit en fonction de ce qu’elle est.

Je remarque que la personne qui est choqué devant l’œuvre érotique est en fait comme devant un miroir qui lui renvoi l’image de ce qu’elle est, avec ses blocages et sa pudibonderie propre. Certaines personnes sont mal à l’aise devant la sexualité, pleines de tabous, sans liberté personnelle, cadrées dans des dogmes religieux ou familiaux, pleines de complexes et d’inhibitions, que sais-je encore…
Il faut une ouverture d’esprit pour entrer dans une peinture intime.

Bien sûr, on peut ne pas aimer une œuvre, cela est autre chose, et propre à chacun.
Mais refuser, et dénoncer un travail uniquement parce qu’il parle d’érotisme est dramatique ; et qu’une société replonge à nouveau, petit à petit, dans cela, est dangereux pour nous tous. Il est encore temps je l’espère de réagir et de garder notre liberté d’expression.

Bien évidemment mon travail sur l’érotisme continuera dans l’atelier malgré toute censure, mais je remercie les commissaires d’expositions et les responsables d’institutions* qui ont le courage actuellement de montrer ces peintures.

Marie Morel
Juin 2014

Posté par artpieton à 23:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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