14 mars 2015

Tous artistes

Munch

Tous artistes !

État des lieux : il y a le Grand Livre, l'Histoire de l'Art avec tous les Grands-Peintres-Disparus et l'un des plus grands de tous a même une expression liée à son nom : quand certains ne comprennent pas une œuvre, ils disent : “c'est du Picasso !”

Il y a les Derniers-Géants, les Artistes-Contemporains, les Plasticiens, les Performeurs, les Artistes-Multimédia, les Artistes-Français, les Indépendants, les Peintres-Officiels-de-la-Marine, les Amis-des-Arts-d'Albi, les Peintres-du-Dimanche, ceux de la Semaine, les Figuratifs, les Abstraits, les Non-Figuratifs, les Naïfs, les Artbrutistes, les Singuliers, les Célèbres-Connus-Chers, les Inconnus, les Méconnus.

On parle du sens de la couleur, de possibilités, de potentiels, de talent et même de dons et de génie !

Il y a ceux qui veulent devenir Grands, ceux qui se considèrent comme tels, ceux qui participent aux courses de peintres et qui obtiennent des médailles, ceux qui s'en fichent, ceux qui copient sur le voisin, ceux qui singent, ceux qui inventent, ceux qui en vivent, ceux qui en meurent.

Et dans les Galeries, les Expos, les Monstrations, les Exhibitions, devant les Installations, pendant les Évènements, les Performances, les Biennales, les Triennales, les Rencontres, les Printemps des Sociétés-des-Beaux-Arts, des Salons annuels du Collectif, de l'Amicale, du Cercle, lors des Portes-Ouvertes des Écoles, des Ateliers, des Palettes, il y a ceux qui s'alignent, qui piétinent, qui font la queue, qui suivent, qui vont voir ce qu'il faut voir, qui regardent et qui admirent.

Il y aurait aussi, autre distinguo,  les amateurs et les professionnels :

Amateur : le mot vient du verbe aimer ! Il désigne celui qui aime ! Celui qui s'adonne à une activité, artistique, sportive, pour le plaisir, sans en faire profession. De là à en conclure qu'il le fait moins bien que le professionnel, imparfaitement, qu'il manque de compétences et d'application, il n'y a qu'un pas ! C'est le sens de la réponse de Manet auquel Gauguin, qui n'a pas encore tout lâché pour se consacrer à la peinture, précise son statut d'amateur : “Monsieur Gauguin, il n'y a d'amateurs que les mauvais peintres !”

Professionnel : celui qui fait profession de son art ! Qui en tire un revenu ! Et ceci dès lors qu'il en tire un premier euro ! Et qui aussi, par opposition à l'amateur, est censé exercer cette activité avec un vrai métier, un maximum de compétences et d'application !

L'Art est partout ! Les files d'attente devant les expos sont interminables ! Et tout le monde pratique ! Enfin presque !

Statistiques du Ministère de la Culture en 2008 : 3 Français sur 5 (61%) n’ont jamais fait l’expérience de la fréquentation d’une galerie d’art au cours de leur vie. La proportion est très proche en ce qui concerne celle des expositions de photographie (64%).

Annuellement : 15% des français visitent les expositions de photographie, 15% visitent les galeries d'art, 9% les musées d'art moderne et contemporain.

La pratique amateur du dessin touche 14% de la population française de 15 ans et plus.

Celle de la peinture/sculpture/gravure : 9%.

Celle relevant de la création graphique/ordinateur : 9%. 

Celle de la poterie/céramique/artisanat : 4%.

Il y a donc la foule immense de ceux qui n'entrent jamais voir, pas le temps, pas les moyens, pas le désir, pas l'occasion, pas le courage, pas pour eux.

Bon ! Allez ! Tout d'abord on apprend tous* à dessiner ! C'est possible ! On peut apprendre à dessiner (et à peindre) comme on peut apprendre à lire et à écrire !

Voir : Proposition n°1 : va falloir… apprendre à dessiner !

*bien sûr, on peut aussi opter pour un autre art ! Ce qui est possible avec le dessin doit bien l'être avec la musique, l'écriture, le théâtre…

Je sais (j'ai essayé!) que l'on peut convaincre chacun, par l'expérience, qu'il possède le même potentiel créatif que n'importe quel “artisse”, que tous bien sûr n'en feront pas le même œuvre, (il y aura toujours des Picasso, des Léonard, des Michel-Ange) mais au moins tous sauront ce qu'est cette drôle de manie préhistorique et en tireront d'indicibles plaisirs et d'incroyables enrichissements ! Et à partir de là, si la Grande Ignorance recule, les Artisses pourront de moins en moins faire les malins, certains vont commencer à avoir le vertige sur leurs fragiles piédestaux !

Et pour donner confiance, pour décoincer les fameux potentiels créatifs, pour montrer aux plus récalcitrants que c'est possible, qu'il suffit de s'y mettre, on irait, proposition n°2, frapper aux carreaux de quelques "arbrutistes" (l'expression est d'Alain Pauzié) aux portes des singuliers pour qui il n'y a ni bons ni mauvais dessins, ni croûtes ni chefs-d'oeuvre, pour lesquels il n'y a que nécessité ! A visiter d'urgence : le Palais Idéal de Ferdinand Cheval, le Manège de Pierre Avezard et la Fabuloserie, la Collection de l'Art Brut à Lausane, le Site de la Création Franche à Bègles, la Maison Picassiette à Chartres, etc.

 

Judith ScotCi dessus, un "emballage" de Judith Scot

 

Voir : Regards Éblouis

Slogans pour une “nouvelle révolution culturelle” : Tous artistes ! Anartistes ! (Marcel Duchamp) Volez l'Art aux artistes ! J'en fais autant ! C'est beau de copier ! Pour un monde de Bruts ! Soyons Naïfs !

Une culture artistique véritable, la lecture d'une vraie histoire de l'art, “discipline qui a pour objet l'étude des œuvres dans l'histoire, et du sens qu'elles peuvent prendre, qui étudie également les conditions de création des artistes, la reconnaissance du fait artistique par le public, ainsi que le contexte spirituel, culturel, anthropologique, idéologique et théorique, économique et social de l'artdevrait utilement parachever le tableau !

Je n'invente rien, Marcel Duchamp, André Breton et les Surréalistes*, Joseph Beuys* et  son idée de “sculpture sociale” et d'autres ont prôné cette idée du “tous artistes” :

*En s'appuyant sur Lautréamont pour qui « la poésie peut être faite par tous. Non par un », les surréalistes prônent une désacralisation et une démocratisation de la fonction artistique. L'artiste n'apparaît plus comme un personnage sacré, exceptionnellement doué pour son activité. L'art doit descendre de son piédestal pour investir la vie de tous les jours. Chaque homme, chaque femme, possède des virtualités créatrices entravées par la société mais qui ne demandent qu'à être mise au jour. Breton définit clairement ce qu'a été l'objectif du surréalisme : " Le propre du surréalisme est d'avoir proclamé l'égalité totale de tous les êtres humains normaux devant le message sublimal, d'avoir constamment soutenu que ce message constitue un patrimoine commun dont il ne tient qu'à chacun de revendiquer sa part et qui doit à tout prix cesser très prochainement d'être tenu pour l'apanage de quelques-uns. Tous les hommes, dis-je, toutes les femmes méritent de se convaincre de l'absolue possibilité pour eux-mêmes de recourir à volonté à ce langage qui n'a rien de surnaturel et qui est le véhicule même, pour tous et pour chacun de la révélation. Il est indispensable pour cela qu'ils reviennent sur la conception étroite, erronée de telles vocations particulières qu'elles soient artistiques ou médianimiques" 

*"Chaque homme est un artiste " Beuys dit que cette thèse est sa contribution à l'histoire de l'art, et qu'il poursuit le travail de Duchamp, quand celui-ci a décrété n'importe quel objet oeuvre d'art . Cette affirmation est la base du travail social de Beuys, qu'il appelle " sculpture sociale ".

 

 

 

 

 

 

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12 janv. 2015

Charlie Va falloir

Charlie

Va falloir…

Du verbe falloir, impersonnel, exemples : va falloir, ce qu'il faut, faudrait pas que…

Et maintenant ? Va falloir…

Proposition n°1 : va falloir… apprendre à dessiner !

On peut apprendre à dessiner.

On peut apprendre à dessiner comme on peut apprendre à lire et à écrire.

On n'a même pas besoin d'apprendre en fait !

Tout le monde sait dessiner.

Plus ou moins bien, mais tout le monde sait.

Bien ou mal ça n'a pas d'importance : regardez Reiser ou Wolinski, ils dessinaient comme des cochons, et pourtant…

Tout le monde sait dessiner.

Quelques uns savent depuis toujours qu'ils savent, les autres croient toujours qu'ils ne savent pas et que les premiers sont doués, ils se trompent !

L'important est de dessiner.

Tout...

Tout ce qui te passe par la fenêtre (Lise Deharme)

Pour faire un dessin, il faut :

Du papier : on peut dessiner sur n'importe quoi, sur les murs, dans la neige ou le sable mouillé à marée basse, dans le creux de sa main, sur les vitres embuées, dans sa tête… Mais le papier est tout de même le support le plus utilisé.

Ne pas oublier qu'une page blanche c'est un silence, un qui-ne-dit-mot, mais c'est un possible, une proposition, une invitation, un espace à crayonner d'urgence, une liberté !

Un crayon : un stylo, un porte-plume, un feutre ou un simple crayon (ils sont tous “à papier”) bien aiguisé, pointu, cabu.

Attention ! Un crayon n'est pas un simple outil d'écriture pour rédiger une liste de commissions, c'est un puissant levier qui peut soulever bien des interrogations, un crayon chargé peut faire (une) mouche !

La gomme n'est pas utile, c'est un outil de correction, d'autocensure, aujourd'hui il faudrait s'en méfier, ne pas s'effacer…

Mais peut-on s'accorder le droit de dessiner n'importe quoi,  n'importe qui ? Et si, au non de la liberté d'expression, on doit l'accorder à tous, serons-nous ensuite assez libres pour dire à certains que l'on n'aime pas leurs dessins mais qu'ils ont le droit de salir ainsi des pages blanches et de les publier ?

Un dessin c'est un poème, un livre, une bibliothèque, un voyage, une arme, un abîme, une perspective, un pays, un dessein.

Un dessin peut faire rire, sourire, souffrir, mourir. Un dessin peut faire peur, inverser le sens de rotation des aiguilles des montres ou celui de la planète, changer la vie.

Prévert dit que si le dessin est réussi, l'oiseau doit chanter.

Il dit aussi qu'il faut signer.

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11 oct. 2014

La pluie d'été

La pluie d'été

En 1990, en postface de La pluie d'été, Marguerite Duras écrit :

 "En 1984, j'ai fait un film intitulé Les enfants.

Tout en écrivant le livre, j'ai fait une quinzaine de voyages à Vitry. Presque toujours, je m'y suis perdue. Vitry est une banlieue terrifiante, introuvable, indéfinie, que je me suis mise à aimer. C'est le lieu le moins littéraire que l'on puisse imaginer, le moins défini. Je l'ai donc inventé. Mais j'ai gardé les noms des musiciens, celui des rues. Et aussi la dimension tentaculaire de la ville de banlieue de plusieurs millions d'habitants dans son immensité - ce que je n'aurais pas pu faire avec le film. J'ai aussi gardé la casa des parents. La casa a brûlé. La mairie de Vitry a sérieusement parlé d'accident. J'oublie : la Seine, je l'ai gardée, elle est toujours présente, toujours là, superbe, le long des quais désormais nus. La broussaille a brûlé. Les routes qui longent la Seine sont parfaites, à trois voies. Le peuple étranger a disparu. Les sièges des entreprises sont devenus des palais. Le palais du journal “Le Monde” n'aurait pas tenu dans Paris, plus grand que celui de Bofill à Cergy-Pontoise. La nuit on a peur parce que les quais sont déserts. J'oublie encore : l'arbre est là. La clôture du jardin étant maintenant en ciment armé, haute, on ne voit plus désormais l'arbre tout entier. Je sais, j'aurais dû aller à Vitry et empêcher que l'on mette la clôture en ciment. Mais on ne m'a pas prévenue, que voulez-vous faire... On ne verra plus désormais que le haut de son feuillage et de cette façon il ne sera plus regardé par personne. Il semblerait qu'on le soigne bien, on a étayé ses branches, il est devenu encore plus grand, très fort. Il ressemble à un roi d’Israël.

J'oublie encore: les noms des enfants je ne les ai pas inventés. Ni l’histoire d’amour qui court tout au long du livre.

J'oublie aussi: le port s'appelle vraiment le Port-à-l'Anglais. La Nationale 7 est la Nationale 7. L'École s'appelle vraiment l'école Blaise Pascal.

Le livre brulé, je l'ai inventé.

M.D."

 

Pour ma (petite) part j'ai dessiné et peint “les gens” de La pluie d'été, la mère, Natacha, Ginetta…, Émilio, le père, Jeanne et Ernesto, les ainés, les brothers and sisters, des portraits de 105x160cm, au fusain et à l'acrylique, sur du carton d'emballage, façon “portraits de cour” pour en faire aussi, comme MD, des reines et des rois.

Les titres de chacun sont des phrases empruntées à son texte.

JeanneErnesto

13 Jeanne, fond jaune, Jeanne était restée muette après ce qu'avait dit Ernesto

14 Ernesto, fond jaune, lorsqu'ils auraient pu se regarder de nouveau ils avaient évité de le faire

On peut voir l'ensemble sur mon site ici

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05 oct. 2014

Ma préhistoire

dessin

Ma préhistoire

Toujours à propos de dessin

Je ne me souviens pas de ma préhistoire. J'ai oublié les deux grands étonnements de ma petite enfance :

Le premier : la trace que laisse sur le papier le crayon que l'on y déplace.

Le second : que ce gribouillage circulaire ponctué de deux frappes de crayon peut figurer (c'est le bon mot) un visage, un premier bonhomme !

J'ai oublié, comme l'humanité a oublié ces deux grands étonnements fondateurs de l'art, la trace du tison refroidit sur les parois de la grotte et la représentation du premier bison !

J'aime à penser que ce sont des enfants qui ont inventé le dessin et que le premier bison était un bonhomme !

Je ne me souviens pas de ces instants mais la fascination pour le dessin demeure comme celle que l'on peut éprouver devant le fleuve qui passe, le feu qui dévore, la nature, le paysage, le coucher du soleil, l'orage, les animaux, la nudité … toutes fascinations pour moi héritées de notre préhistoire.

Je ne me souviens pas non plus avoir appris à dessiner.

On me dit quelques fois que je suis doué ! Choisi parmi tous par les dieux ? Mais pour moi, les dieux n'existent pas, c'est juste une invention des hommes pour avoir moins peur, je sais bien que je n'ai pas de don, juste une différence de perception, un regard particulier sur l'espace et les couleurs, les matières, les pleins et les vides, l'horizontale, la verticale, le mouvement, le soleil et les ombres.

Je me souviens que mon colocataire de banc d'école, lui, annonçait ne pas savoir dessiner ! La grande majorité de mes camarades me nommait “toi qui sait dessiner”, je sus alors que je savais ! Je me gardais bien de leur dire qu'ils pouvaient en faire autant. Je devins donc un roi dans ce domaine, je me coiffais d'une couronne de papier, pris un fusain en guise de sceptre.  Je devins artiste !

Les parents affichèrent dès lors une incompréhension bienveillante et m'invitèrent à ne pas oublier l'importance de l'orthographe, de la grammaire et de l'arithmétique. L'Instruction Publique de la République confirmât et le Maître reléguât le dessin (libre disait-il !) au dernier créneau de la semaine, le vendredi de 16h à 17h. L'Histoire (de France) qu'il professait était celle des militaires et des batailles ou des grandes inventions. Celles de l'Impressionnisme ou du Cubisme n'en faisaient nullement partie.

 Mais je persistais et recouvre depuis ma culpabilité de mes dessins quotidiens.

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17 juil. 2014

Ernest Pignon Ernest

photo

Ernest Pignon Ernest, hors les murs

 

J'aurais bien aimé croiser Arthur Rimbaud, avec son veston sur l'épaule, adossé à un vieux mur lépreux dans Paris. Rimbaud ou des lambeaux de Rimbaud, des restes de papiers déchirés par le vent et les pluies, sérigraphies collées par Ernest Pignon Ernest. Ou Maurice Audin dans les rues d'Alger, ou les communards assassinés, Pasolini de même, les expulsés, etc.

Ernest Pignon Ernest dessine (comme les Grands, les Michel Ange, les Léonard !) les poètes maudits, les condamnés et les inconnus, grandeur nature, debout, en situation, et colle ensuite la reproduction sérigraphiée du dessin sur les murs où ils vivaient, les cours des prisons où ils mouraient, dans les impasses où ils ont disparu, dans les cabines téléphoniques où ils se réchauffaient.

A défaut, j'ai vu dernièrement les grands dessins au fusain et à la pierre noire d'Ernest, les originaux, les études avant leurs sorties dans la rue, les ruines, les soubassements humides, les cages d'escaliers démolies.

En exposition, dans un musée bien propre aux murs impeccables, sous vitres, avec des cartels qui indiquent la date, la technique et “étude pour”. Et à côté, sur aluminium, les clichés luxueux du collage en situation à Soweto ou ailleurs, avec les gens qui passent, les gamins qui se bousculent pour être sur la photo.

Bon, c'est mieux que rien. Ce n'est pas la vraie rencontre avec les fantômes dessinés, mais c'est une sacrée leçon de dessin !

Pignon Ernest dessine très “Beaux Arts”, classiquement, académiquement pourrait-on dire, fusain, pierre noire sur du papier blanc, estompage les mains toute noires, cherche les lumières à la gomme mie de pain (il a une gomme qui fait des rayures claires, des hachures dans le noir et qui crée donc des gris, des demi-teintes !)

Il interroge l'Histoire de l'Art, copie le Caravage et les Maîtres dans les musées, tout ça est très démodé, limite ringard !

Puis il reproduit ses dessins avec les moyens d'impression actuels pour les installer ensuite non pas dans une galerie aux parquets flottants mais sur les façades les plus reculées, sur des murs de fusillés dans des recoins d'Histoire !

Et ceux là qui n'entrent jamais dans les temples de la Peinture voient ses héros de papier, les reconnaissent parce qu'ils sont des leurs et les saluent !

Cette sortie du dessin dans la rue, dans la vie, est une démarche infiniment militante, politique et contemporaine !

Et Rebeyrolle, qui dessine comme son chien, contemple son invité avec un sourire malicieux.

 

Ernest Pignon Ernest, “Hors les murs”, Espace Paul Rebeyrolle à Eymoutiers 87120

Jusqu'au 30 novembre 2014

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16 mars 2014

Pascale Drivière

Pascale Drivière

À propos de dessin.

 

 On peut dessiner avec n'importe quoi : avec un coquillage sur le sable mouillé, un fusain tiède sur les parois de la grotte, un crayon sur du papier, des aiguilles stériles sur sa peau, une souris sur un écran et même avec une machine à coudre sur un drap comme Pascale Drivière.

 La technique se nomme piqué libre :

Si l'on déplace son tissu sous l'aiguille de la machine, en ayant eu soin de l'affranchir auparavant de l'entrainement rectiligne des griffes, de le rendre libre, le point forme une ligne, la ligne un dessin.

(On peut de la même façon écrire et écrire c'est aussi dessiner, faire de la dentelle.)

 Les outils nécessaires  sont : une machine à coudre, avec son aiguille, un fil, un tissu : des “trucs de femmes”… Il y a d'ailleurs depuis  quelques années, une catégorie. Il y avait la peinture, la sculpture, la gravure, etc. Il y a maintenant l'art textile. Les filles y sont nombreuses. Bien sûr les femmes sont quelque peu “entrées” dans les Arts depuis la seconde moitié du vingtième siècle mais ce tiroir art textile n'est-il pas pour elles un nouveau ghetto ?

 Le dessein* de Pascale Drivière c'est bien de parler des femmes, femmes d'avant, femmes couseuses, couturières, brodeuses, femmes inlassables ravaudeuses, rapièceuses, raccommodeuses de chemises et par là de tous les accrocs de la vie ordinaire, en dessinant leurs visages, leurs yeux, leurs mélancolies, en recopiant avec application leurs lettres d'amour pour un guerrier absent, une amie fidèle ou une famille silencieuse.

 * Le mot s'écrivait jusqu'au dix-septième siècle indifféremment dessin ou dessein, indiquant alors l'idée de projet, précédant la peinture. Il a acquis depuis une vie propre, autonome.

 Mais c'est avant tout du dessin.

 Dessiner, dans les définitions admises, c'est d'abord faire courir un trait, délié ou laborieux, discret comme un cheveu ou appuyé, un trait qui dénonce immédiatement la main qui le trace.

La main de Pascale Drivière ne tient pas le crayon mais promène un tissu sous l'aiguille/crayon, c'est pareil : le trait ainsi tracé est constant dans son épaisseur et fluide, épuré comme celui de certains croquis de Matisse.

 Piqué libre = dessin libre ! Pascale accepte sans état d'âmes ce qui se passe alors, découvre pendant le  travail le visage qui se crée, le reconnaît, l'aime et lui parle. Nul besoin de corrections, de repentirs, pas de censure, (la machine ne l'autorise pas, ou alors en découdre !) Cela donne un dessin léger, sérieux à la fois et détaché. Libre !

 Pour moi, c'est du dessin, du beau dessin. On peut bien oublier la machine à coudre.

 

 

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10 mars 2014

Patrick Laroche

 

Patrick Laroche

Espace Culturel à Rignac Mars avril mai 2014

 

Patrick Laroche expose des dessins de nus, la plupart de format carré ou proche du mètre carré, dessins au fusain, carrés Conté, encre, peinture en aplats ou en lavis, sur du papier, blanc ou kraft.

Des dessins, du dessin. D'après le modèle, immobile et vivant, nu, nue. Quelques fois d'après des photos du modèle, il me semble.

Sacrée école le dessin de nu ! La quête d'un idéal de beauté antique, la mise en œuvre d'idées de perfection anatomique, d'harmonie universelle, concepts bien démodés, ou recherches expressionnistes ou l'humain sera montré dans toutes ses réalités.

Un exercice très “Beaux Arts” en tous cas ! Nous sommes tous d'accord, anciens des Écoles d'Arts, pour dire que nous avons “appris à dessiner” avec le modèle  (oh ! combien !) vivant, retouchant des heures durant le dessin de la ligne d'un sein, du galbe d'une hanche !

 Le dessin de nu fascine.

La “façon” de Patrick Laroche est classique, certes,  mais pas académique. Bien sur, le souci est de dessiner juste, de bien respecter les proportions du corps, les directions, le mouvement stoppé pendant les courtes ou longues minutes, poser sur le papier ses connaissances en anatomie, transcrire le modelé, la lumière et les ombres, les valeurs qui font les muscles.

Mais Patrick Laroche “pousse” quelque fois une épaule, élargit un bassin, découpe les mains ! Il appuie un noir pour creuser une attache, rehausse un dos d'un coup de blanc sur le kraft. La ligne danse, serpente, calligraphie, frime même ! La pierre noire cherche sa place en caressant la surface puis vite le trait plus noir traverse la feuille, affirme le “caractère” de la pose. C'est un dessin de boxeur en outre, ou de danseur, concentré mais rapide, contrôlé et spontané à la fois.

De plus, des fonds, noir de graveur, pour découper le corps, un horizon.

Le beau dessin est posé, il se suffit, je trouve.

Patrick Laroche pourrait en rester là.

 

Mais il ajoute.

Il travaille quelques fois sur des papiers préparés, avec des collages sur lesquels viendra s'installer le dessin.

Il ajoute, ça et là, une marque colorée insolite, qui capte le regard, détourne la lecture, un signe que l'on cherche à déchiffrer, un néon de jaune qui limite un noir, un très petit choc de pinceau bleu, une ligne large sur un bord qui casse la figure au carré, qui lui bousille ses angles droits…

Je me suis demandé pourquoi ces ajouts.

Pour “sortir” du dessin, annoncer un désir de peinture, pour “moderniser” son travail, le rendre moins classique, plus “contemporain” ?

Je l'ai entendu évoquer de vieux tics de graphiste… Hum ! Ça ne me suffit pas !

 Détail : la signature est étudiée, travaillée. Elle occupe en petites lettres espacées toute la largeur du dessin, en bas, et elle subit les mêmes tics du graphiste.

Pour ma part, je trouve que Patrick Laroche dessine trop bien. Et tous les beaux dessinateurs d'aujourd'hui dessinent trop bien. Titouan Lamazou, puisqu'il a été évoqué au vernissage, dessine trop bien.  Et ils prennent le risque de dessiner tous pareil.

Patrick Laroche renonce quelques fois au modèle nu pour dessiner des animaux à poils, vaches, ânes, porcelets ! J'aurais envie de lui passer commande : “Patrick, dessines-moi un mouton … de la main gauche …”

 

 

 

patrick laroche

 

 

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