27 févr. 2019

chute et l'envol, Sophie Bach

Chute et l’envol

 

visuel villemur

à la rencontre des images de Jacques Trouvé

( voir lien vers le site ici )

Donner des ailes

Ce qui est figuré nous renvoie au mythe, celui d’Icare, jeune homme grisé par l’irrépressible désir de s’élever. Icare dont les ailes furent brûlées par la chaleur de l’astre solaire, puni peut-être, enivré certainement, par la lumière et l’altitude. Raison perdue. Ce corps ailé se profile ici au féminin et coudoie une autre figure familière, le torse dressé de La Victoire de Samothrace. Le frottement de ces deux figures issues d’un lointain passé donne déjà le ton. Ce qui se joue ici est duel, résolument, suspendu, vibrionnant.

Cette aventure fébrile du mouvement, de la lumière et de la chaleur, l’artiste Jacques Trouvé nous la raconte en l’engageant sur son terrain, celui de la peinture, pour faire apparaître non pas tant une solution qu’une manière de suspendre (pour reprendre une formule de l’historienne de l’art Rosalind Krauss)

Détacher

Les éléments de ce corps ailé sont tout à la fois associés et détachés comme le sont les supports que l’on peut rapprocher ou disjoindre à loisir. Jacques Trouvé travaille sur des plaques de carton qu’il assemble au moment de l’accrochage. Sur le mur il dispose, il distribue les ailes, oriente les corps. Cet exercice déjà, défait les repères, nie la gravité. Ces associations de surfaces sont donc modulables, et si l’on devine les limites de cette combinatoire, ce dispositif ouvre ostensiblement la voie à la déclinaison et à la variation, c’est un mode opératoire qui exprime à lui seul une forme de liberté.

Ce sont aussi les formes qui se détachent du fond, ou est-ce l’inverse? Il est aussi difficile de distinguer le dessous du dessus que de situer le haut et le bas parfois, l’artiste procède par couches successives de peinture acrylique, des strates qui affleurent par endroit sous un badigeon pressé.

Décliner

L’usage d’un pochoir permet la reproduction à l’envi de cette silhouette dépourvue de tête et de bras, de ses ailes aussi. Lorsque les teintes se font terreuses, l’image des mains préhistoriques inscrites en négatif sur la paroi rocheuse nous reviennent à l’esprit, nous rappellent combien ce geste de marquage et de masquage est ancien, primitif.

Le pochoir, surface évidée que l’on peut déplacer, renverser, inverser, autorise à la fois la répétition et la variation. Cette matrice formelle dépouillerait la forme de toute profondeur, la réduisant à l’état de silhouette, si elle n’était relayée par la couleur, qui lui redonne chair. Le sensible, le chaotique, sont livrés nus, instables mais contenu dans cet espace délimité par le pochoir, comme s’il nous était donné de le voir à travers une petite fenêtre.

En suspens

Jacques Trouvé, par ses choix (l’exercice de la variation, l’usage de motifs identifiables mais changeants, le déploiement en série), nous livre des images en train de se faire. S’astreindre à des contraintes formelles (usage du pochoir, format rectangulaire du support, palette formelle et chromatique restreinte) libère l’expression. Ainsi avons-nous, face à ces images, la sensation d’assister à un exercice d’improvisation, rythmé, pulsatile.

Cette miraculeuse soudaineté de production que nous ressentons est réjouissante et illusoire.Cette illusion est rendue possible par l’introduction d’un désordre dans la couleur et la gestuelle, une inquiétude enthousiaste qui laisse penser que l’image jaillit sans effort, spontanément équilibrée et juste ( les propos en italique sont empruntés à Friedrich Nietzsche dans son ouvrage Humain, trop humain).

Sophie Bach

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06 avr. 2018

chien rouge + chute envol

 j'avais une dizaine d'années il me semble

mon père me montrait Paris, sa ville,

 nous allions de monuments en monuments

 de musées en musées

 au pas de course mais on les a tous vus

 enfin les plus illustres à cette époque

 celui de l'Homme, les Invalides avec le tombeau de Napoléon

 Carnavalet, Grévin, Versailles, etc

 au Louvre j'ai vu la Joconde bien sûr, la Vénus de Milo

 et la Victoire de Samothrace au sommet de son grand escalier

 

victoire

j'ai peint une série de cartons pour parler d'elle

je mets toujours en introduction une manière de poème :

chute et l'envol

parvenue nue au sommet du grand escalier Daru

soulevée par un formidable déluge

sa barque de marbre gris de Rodhes échouée là

la victoire déploie ses ailes de pierre symétriques

29 tonnes hauteur 5,57 mètres envergure 2,50 mètres hauteur

après hésitations celles de l'homme volant depuis la tour Eiffel

se jette dans le vide

qui fouillera sa tombe dans 1000 ans

lui permettre de revoir le soleil de Samothrace

le lièvre insolite la fuite est son quotidien

embarque

le vol

Cet hiver j'ai peint une série de cartons évoquant Pompéï et l'irruption du Vésuve, la ville est peuplée de centors, ( G, 8 ans, l'écrit comme ça, j'ai adopté son orthographe, avec sa permission )

ça flambe, le rouge domine !

Ça s'appelle CHIEN ROUGE ( on a moulé le corps d'un chien dans un creux funeste laissé par les cendres )

CHIEN ROUGE

Mimoun soldat de Marathon

bétail immobile chien rouge courir Mimoun courir soldat de Marathon femmes bras au ciel petit centor de Lupertz couronné chimères tortes monstres tors reviennent de chasses imbéciles fiers de leurs maigres érections se haussent et trônent sur de lourdes enclumes dorées burlesques podiums socles saugrenus rois sans bras veillés par les corneilles sibylles ciel rouge ciel noir plafond bas rien ne bouge barques vides

les cendres d'un vésuve hirsute recouvrent leurs banquets pour quinze siècles

IMG_0224

On peut en voir plus sur mon site : http://jacques-trouve.odexpo.com 

ou ici à l'atelier, si vous passez par nous : 26 chemin de Rouquette 81130 Villeneuve sur Vère 05 63 56 87 43

 

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