17 mars 2019

couleurs

 

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Mots de couleurs

Le nez au plus près du tableau, je travaille sa peau, son épiderme, son odeur.

Voyelles de Rimbaud, apprendre par cœur : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu.

Ma période bleue est un voyage outremer, ailleurs, vers les indigos bleus violets.

Michel Cure saupoudre mes incertitudes de cinabre de Pompéi : naît chien rouge.

Violet, vert, cherchent un orage, orange.

Bonnard jamais lassé du jaune. Plus un rose.

Petit pan de mur jaune fatal, on peut mourir de peinture ?

L'or pour sacraliser, faire Noël, couronnes des rois et des reines, Giotto chercheur d'or.

Le crayon à papier dessine sur les murs de plâtre, sous les papiers peints.

Souffler silencieusement sur le fusain primitif, caresse la paroi.

Le blanc recouvre, en-neige, le noir, sombre, en-nuit

Il y eut une nuit de plusieurs jours et la neige d'un seul hiver.

Noir tourne autour d'une couleur, la rend folle, l'épouse, elle meurt.

Valeurs égales, mon tableau peut disparaître, traduit en noir et blanc.

Souvent la couleur résiste et n'en fait qu'à sa teinte.

Serais-je toujours le seul à me souvenir du tableau cent fois recouvert ?

 

 

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08 févr. 2016

Pierre Soulages

noir

J'ai (enfin) visité la nouvelle cathédrale de Rodez vouée au culte de l'enfant du pays, Pierre Soulages.

Quand on a la chance de voir naître dans ses murs un demi-dieu, on se doit de lui élever un temple ! Et le demi-dieu ayant largement dépassé les chiffres de l'espérance de vie, on peut se dire qu'il est sans doute immortel, que c'est probablement un dieu entier !

Le grand temple du noir est impressionnant comme une cathédrale gothique ! (noire forêt de troncs rectilignes destinée à faire peur, destinée à faire taire)  Les croyants et les incrédules s'y rejoignent et communient ! Nul n'ose dire sa petite sensation contraire, nul n'ose contester le dogme ! L’œuvre du Maître n'est pas contestable en soi, Pierre Soulages a consacré sa vie au noir, c'était son droit, c'était une recherche vraie, une recherche légitime ! Mais l’œuvre ne fait pas l'unanimité, le bon peuple semble dire qu'il n'y comprend rien et qu'en tous cas, il en fait autant ! Et il a bien le droit de penser comme ça, le bon peuple ! Donc, pour qu'il comprenne bien, pour qu'il se range à l'avis officiel, on lui a bâti une cathédrale moderne, contemporaine, ou l'angle droit impose sa dictature ! Une cathédrale noire, le noir c'est l'obscur, le mystère, mais le fini (la page est noircie)

Tout de même il y a une partie blanche dans la cathédrale, une page blanche où les invités peuvent écrire noir sur blanc, un champ de possibles ! Le demi-dieu n'en voulait pas de cette construction ou alors s' il pouvait y recevoir des invités ! Actuellement Sotto y trompe nos yeux de mille couleurs !

 

J'ai visité la toute nouvelle cathédrale de Rodez avec en mémoire un article de Télérama dans lequel Bernard Lahire parle de son livre-essai : Ceci n'est pas qu'un tableau : voici quelques extraits :

... Les émotions que l'on ressent devant une œuvre d'art sont réelles ...

Mais d'où proviennent-elles ? De l'interaction immédiate avec l'objet exposé à notre regard, ou de beaucoup plus loin – de réalités extérieures à cette relation ? Je pense qu'elles sont déterminées par des croyances qui nous échappent parce qu'elles s'inscrivent dans une très longue histoire ...

... En parlant de « magie », je veux rappeler, d'abord, que les objets d'art ont été sacralisés et retirés de la circulation des objets ordinaires. Une place à part leur a été attribuée dans et par le monde social, et cette place est le résultat d'un travail collectif, réalisé par tous les acteurs du monde de l'art : artistes, historiens, critiques, collectionneurs, commissaires-priseurs, État, etc ...

... Que fait un guide touristique lorsqu'il écrit : « Venez admirer Picasso… », sinon nous signaler qu'il existe un lieu spécifiquement consacré à l'admiration ? Et que vient-on y admirer ? Des objets sacralisés. Tout renforce l'aura qui les entoure : le soin avec lequel on les manipule, les gants blancs que l'on enfile pour les déplacer, le prix que l'on est prêt à débourser pour les acquérir, les adjectifs que l'on utilise pour les décrire, la mise en scène des enchères …

... Nous sommes soumis à une forme d'envoûtement qui reste largement inconscient. On ne se souvient plus des raisons pour lesquelles ces objets sont devenus si extraordinaires, des conditions historiques de possibilité de l'émotion artistique ...

Quand un prêtre dit « je te baptise », l'enfant devient chrétien, n'est-ce pas ? Cette puissance de transformation d'un être ou d'une chose en autre chose par la grâce de quelques mots existe aussi en art. Mais avec un degré plus élevé d'incertitude. Car il se trouve toujours d'autres « prêtres » – en l'occurrence d'autres historiens d'art – pour dire : « non ! Ceci n'est pas un Poussin ». Dans le domaine de l'art, la baguette magique est entre les mains de plusieurs personnes… qui ne sont pas toujours d'accord entre elles ...

... mais prendre conscience que l'émotion devant un tableau est rendue possible par une histoire qui s'étend sur plusieurs siècles est vraiment émancipateur : on est moins écrasés par l'obligation d'admirer ; on découvre qu'il est possible d'éprouver de merveilleuses émotions devant des œuvres ou des objets qui, eux, n'ont pas été « autorisés ».

 

ici lien vers l'article complet

 

 

Posté par artpieton à 21:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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