23 avr. 2015

Les Impressionnistes

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Les Impressionnistes (une chronique de René Gauguin)

Les Impressionnistes, au début, (on est vers 1860) (ils ne s'appellent pas encore les Impressionnistes) ils veulent faire des paysages !

En réaction contre la toute nouvelle société industrielle, contre la ville ! Ils veulent retourner à la Nature !

Jusque là, le paysage, les peintres, ils le font à l'atelier : ils préparent les couleurs : ils mélangent les pigments et les huiles (chacun sa recette !) Ils enferment la peinture dans des pots de verre ou des vessies de porc ! Ils installent des toiles immenses sur des grands chevalets à roulettes et à manivelle.

Auparavant ils ont fait dehors des croquis, des aquarelles, ils font des paysages d'après ces "notes". Ça donne des représentations de la nature plus ou moins idéalisées !

Et ils font des paysages dans le fond d'une scène, derrière les personnages, derrière le portrait, ils ne font pas vraiment du paysage pour faire du paysage.

Il y en a bien quelques uns qui ont essayé, qui sont sortis, qui se sont installés dans la nature avec un matériel possible : Daubigny, Millet, Corot, Rousseau, à Barbizon, en forêt de Fontainebleau, à partir de 1825.

Les Impressionnistes, au début, (on est vers 1860) (ils ne s'appellent pas encore les Impressionnistes) ils veulent faire des paysages et ils veulent que ça ressemble !

Il faut dire que l'on vient d'inventer la photographie : (1826 : Niepce, 1839 : Daguerre) et bientôt la photographie en couleurs  (1861)

Les peintres veulent montrer que la peinture n'est pas morte et même, qu'ils peuvent faire mieux que les photographes !

Le mieux, pour faire ressemblant,  c'est de se mettre devant le paysage et de bien regarder !

Le paysage, on le trouve où ? À la campagne, bien sûr !

Donc il faut quitter Paris pour la campagne, la mer !

Ça tombe bien, depuis peu, c'est nouveau, il ya des trains qui partent des grandes gares pour aller à la campagne et à la mer ! Ils ont  beau vouloir réagir contre la société industrielle, les peintres prennent le train !

Il faut, pour prendre le train, un matériel léger et peu encombrant :

On invente pour eux :

-- le chevalet de campagne, léger et pliable

(Il est au catalogue Goupil et Cie en 1857)

-- le tube de couleurs en 1841

John Goffe Rand, un américain, se fait voler l'invention par Winsor et Newton et par Lefranc qui n'est pas encore un Bourgeois et qui l'équipe d'un bouchon vissé en 1859.

De plus, autre invention importante : un certain Chevreul a écrit un traité très scientifique sur la couleur en 1839.

Les Impressionnistes, au début, (on est vers 1860) (ils ne s'appellent pas encore les Impressionnistes) descendent du train de bon matin à Chatou, Argenteuil, Deauville, Honfleur, etc. et se mettent à la recherche du sujet, du motif et quand ils l'on trouvé ils s'installent !

Le soleil, lui, luit ! Il fait son bouleau de soleil, le soleil : lever à l'est, zénith, coucher à l'ouest ! Et les ombres tournent, s'éclaircissent à midi, foncent le soir !

Les Impressionnistes, (ils ne s'appellent pas encore les Impressionnistes) s'aperçoivent que dans les ombres tout n'est pas noir !

(Ils vont d'ailleurs jeter leurs tubes de noir !)

Mais le temps de s'en apercevoir les couleurs ont changé ! Passe un nuage, arrive une averse !

Ils ne s'en sortent pas très bien !

Ils aimeraient avoir le temps et toujours le beau temps ! Alors ils se dépêchent !

En plus, le dernier train vers Paris c'est à 19h37 !

Les Impressionnistes,  (ils ne s'appellent pas encore les Impressionnistes) confrontés au temps qui passe, font de la peinture contre la montre !

Pour tenter de résoudre le problème, Monet, qui lui, habite dans le paysage, à Giverny, (il s'en fout des horaires des trains) installe plusieurs toiles dans son jardin et se déplace d'heure en heure de toile en toile !

Mais au bout du compte, le beau projet de faire "que ça ressemble" tombe à l'eau, dans la Seine, dans la Marne !

Ils voulaient faire vrai, peindre objectivement, ils vont progressivement laisser aux photographes la mission de "copier" le paysage et vont s'occuper d'autres choses que de ce que voient les yeux :

Héritiers du mouvement impressionniste, Van Gogh va s'occuper de traduire par la couleur "les terribles passions humaines", Gauguin ira chercher ce qu'il nous reste de "primitif" et Cézanne va reconstruire, charpenter, maçonner la peinture …

Les Impressionnistes c'est : Monet, Manet, Pissaro, Berthe Morisot, Degas, Renoir,

Guillaumin, Caillebotte, Seurat, Gauguin, Bazille, Cézanne, Sisley.

Au début, les Impressionnistes, on ne les appelle pas les Impressionnistes :

Monet se lève de bonne heure un matin de 1872 et se paye en quelques minutes un lever de soleil sur le port du Havre ! Il le trouve si peu réaliste qu'il le titre: "Impression, soleil levant"

Lors de l'exposition des impressionnistes, la première, en 1874  (chez Nadar, un photographe !) Louis Leroy, journaliste au Charivari, se moque du tableau et de tous les autres et baptise ironiquement le groupe du surnom qui fera recette : "les Impressionnistes" !

 

LE PLIANT OK

On peut toutefois regretter que l'invention du pliant en fil d'acier galvanisé et dessus toile commercialisé par Manufrance Saint-Étienne ne soit survenu qu'en 1952 car elle aurait permis aux Impressionnistes un repos salutaire dans leurs longues journées d'observation du paysage et, élément non négligeable, une vision plus proche du sol de leur sujet de prédilection.

 

 

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07 juin 2014

Franck Poulain

Quelqu'un vient

les peintures de Franck Poulain

Comme Alain Ballereau, Franck Poulain cherche le paysage, l'invente, l'invite, le laisse venir. Mais il peint d'autres contrées. Je parcours les déserts et les volcanismes chez Ballereau, sur des terres d'avant l'humanité. Les titres des toiles de Franck Poulain sont des lambeaux de poèmes (“d'un pas malheureux, l'odeur des bois” “plus de lieu à vénérer” “par lequel semble s'achever le périple”) et disent clairement des latitudes plus humides porteuses de traces préhistoriques. Comme chez Ballereau on peut s'y complaire et s'y balader mais il est un autre voyage, celui de la peinture.

Franck Poulain est un "jeune" peintre. Il vient “d'entrer en peinture” après un long parcours de graveur. Il peint et explique qu'il ne contrôle aucun coup de pinceau, que tout se fait malgré lui, qu'il n'y est pour rien. Franck Poulain ferait des tableaux comme un pommier fait des pommes (la formule est de Bissière) sans effort, sans projet et sans discours.

Je comprends ce que Franck veut dire quand il refuse la “responsabilité” de sa peinture ! De nombreux artistes parlent de  ces décrochages de conscience qui peut leur faire penser que leur main est littéralement “guidée” pendant de longues heures et qui découvrent leur travail le lendemain au retour dans l'atelier. .

Franck Poulain peint “maigre”, on entend par là qu'il pose ses couleurs par couches très minces, sans jamais dépasser le plan par la plus petite épaisseur, le moindre empâtement. Il superpose des strates transparentes, opaques ou translucides quand il utilise le blanc, il recouvre inlassablement mais l'histoire de sa toile reste visible, on continue à percevoir toutes les étapes, depuis les premières traces malgré les recouvrements successifs, sa peinture est une inverse archéologie.

Franck Poulain peint “mouillé” : sa peinture ruisselle lentement, les coulures ne sont pas là pour faire désinvolte et moderne, elles participent à la représentation abstraite du paysage, elles sont “justes”, les couleurs s'épousent par capillarité, les dissolutions sèchent et laissent les empreintes d'une saison de pluie médiévale.

On “entend” la peinture de Franck Poulain : les aplats, les grandes plages calmes, sourdes, quasi silencieuses, par lesquelles il souffle le chaud et le froid sont brusquement griffées, rayées par le bruit de brindilles sèches et cassantes, inflammables. Ce sont des calligraphies de sarments, que le peintre rassemble en fagots noirs au bas du tableau.

Franck Poulain reste graveur, orfèvre, ciseleur  dans sa poursuite du détail : on lit dans sa peinture le désert et le grain de sable, ses grands formats sont des paysages monumentaux, quand on s'approche le moindre centimètre carré en est un autre.

Franck Poulain travaille la surface du tableau et provoque l'envie de caresses : le rendu final donne un vieux cuir ciré, une douceur de céramique. Le satin est à l'intérieur de la peinture et non pas par-dessus comme un vitreux vernis.

Il signe finement, de son seul prénom, comme Vincent.

On peut s'installer confortablement devant  “soudain, l'apaisement du vent” et attendre. Attendre que le tableau occupe toute la place, tout le champ de vision, tout le terrain de la pensée. Faire silence. Écouter. Au bout d'un temps, quelqu'un vient.

Expo du 7 au 22 juin 2014 à l'Échappée chez Pascale Drivière et Jacques Trouvé à Rouquette 81130 Villeneuve sur Vère

vernissage ce soir 7 juin à partir de 18h30

 

F

 

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10 mars 2014

Alain Ballereau

 

 

 

Alain Ballereau

Centre culturel du Sacré Cœur à Montricoux 82800

Du 8 mars au 13 mai 2014

 

Qui ne voit dans les tableaux d'Alain Ballereau que des paysages ne voit pas l'essentiel, la peinture ! Si l'on fait pivoter d'un quart de tour chaque composition, le paysage s'enfuit, la peinture le remplace !

 D'ailleurs Alain Ballereau ne peint pas au mur ou sur un chevalet, il me semble, mais au sol, au beau milieu de l'atelier et tourne autour de ses carrés de papier : ses tableaux n'ont donc ni haut, ni bas, tout au plus quatre points cardinaux. (Alain Ballereau entreprend alors, pour peindre, une longue marche, ou une danse, tout autour de son tableau).

 Mais quand il les installe au mur (il faut bien les installer au mur un jour) il est alors contraint de leur trouver un sens et il choisit de montrer le paysage. Ou peut être découvre-t-il vraiment à ce moment là le paysage qu'il a peint pendant sa marche ! Et je peux penser qu'il le déplore, car il est peintre ! Et il aimerait bien, peut être pouvoir ne nous montrer que la peinture ! D'ailleurs ses peintures n'ont pas des titres de paysages, mais des numéros ! Ce ne sont donc pas des paysages ! Ce sont des peintures ! La peinture est bien là, on peut ne voir qu'elle ! Et elle donne envie de caresser le tableau (Le céramiste Jean Pierre Chollet admirait avec moi la “qualité des surfaces”)

 La démarche est simple et c'est celle de tous les peintres : installer sur un format des formes, des couleurs, des valeurs, des matières.

Les gestes sont peu nombreux mais suffisants : traverser vivement le support de larges brossées de couleurs, contempler les diffusions dans les trop mouillés, soulever le papier pour accompagner les coulures, le replier sur lui-même avant qu'il ne soit sec, appliquer, aussitôt décoller pour avoir la découverte, la surprise magique des estampeurs, presque rien, un “vocabulaire” ordinaire !

 Et au mur, dans la verticalité, tous les éléments se soumettent à la gravitation et s'installent pour “faire” le paysage ! Un noir bien lourd coule vers le bas pour faire le poids, le blanc plus léger que l'air est maintenant un ciel par-dessus les toits, à la moitié presque (fi des “règles” des tiers !) un gris négocie une liaison. Dans l'échancrure du noir, en plein milieu, (fi des “règles” du milieu !) un rouge de ballon rouge prend la vedette, dans lequel certains ne verront qu'un soleil d'enfant qui ne disparaitra jamais derrière aucun horizon. Les coulures du blanc dans le noir ont délimité des arpents de cultures ou des constructions : Alain Ballereau peint des jours, des nuits (quand le noir consent à rester en haut) des jours/nuits dans lesquels le soleil a rendez-vous avec la lune, des plaines de retraite de Russie, des Monuments Valley, des ciels gris d'hiver sous des canicules et même des couchers de soleil de ballon rouge !

 Chaque pièce de la série exposée ici avoisine le mètre carré, Alain Ballereau peint volontiers plus grand, mais il réussit à chaque fois l'exploit de la "grandeur nature" : même la plus petite reproduction dans ses catalogues nous semble mesurer 6 x 6 mètres !

 Détail : la signature est en bas, minuscule, comme un insignifiant brin d'herbe…

 Bissière se disait “non figuratif”, refusait l'étiquette de l'abstraction. Je ne sais s'il acceptait celle de “paysagiste abstrait”.

Alain Ballereau, à mes yeux, est par là, brossant des paysages sans vraiment les décréter, comme en “arrière pensée”, nécessaires sans doute pour que tous puissent randonner dans ses tableaux, mais pas forcément, toutefois, car pour moi le véritable sujet de ses tableaux, c'est (belle et bien) la Peinture ! (avec la majuscule).

 

 

12-261-100x100-acrylkraft 

Alain Ballereau 12.261 100x100cm acrylique sur kraft

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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