15 juin 2014

Rencontrer une œuvre d'art

cézane

Rendez-vous

 

Rencontrer une œuvre d'art, un tableau, une installation, un spectacle, c'est rencontrer une personne. Derrière le tableau il y a le peintre, derrière l'œuvre il y a le créateur qui a tenté d'y mettre le maximum de lui-même, pour peu qu'il soit sincère et débarrassé d'un maximum d'influences.

C'est rencontrer quelqu'un pour la première fois ou déjà le connaître, par une photo, par “ouï-dire”. C'est une rencontre par hasard ou un rendez-vous, pour lequel on se prépare, pour lequel on se fait beau et on se rend disponible !

Dans un premier temps, donc, il n'est question que de regarder et de voir ! D'abord voir de loin, voir un ensemble, en faire le tour, choisir d'autres points de vue ou d'écoute, apercevoir au début, puis se rapprochant, découvrir qu'il existe d'autres lectures, de plus en plus détaillée, et se dire qu'il en est peut être d'autres.

(Je garde en mémoire ma rencontre avec la Comtesse del Carpio de Goya, au Louvre. Sa mantille blanche et brodée m'est apparue, depuis l'entrée de la salle, peinte avec une infinie précision, surement avec un pinceau à six poils et une longue patience ! Mais à quelques centimètres, c'était une autre affaire ! J'ai découvert que Goya avait barbouillé le fichu de gaze avec une touche désinvolte digne des Impressionnistes !)

Cette lecture pourrait être simplement descriptive et répondre à la question facile : que vois-je ? Comment est-elle, comment est-il habillé ? C'est une peinture, sur une toile semble-t-il, assez grande, un mètre par un mètre, carrée, c'est un paysage, etc.

Cette inspection plus ou moins précise et complète amènera rapidement à quelques premières impressions comme : j'aime ou je n'aime pas, mais aussi je comprends ou je ne comprends pas.

A partir de là, si j'ai besoin et si j'ai envie d'en savoir plus, je me dois d'engager la conversation. Par chance le tableau parle la même langue que moi ou alors, je vais avoir besoin d'un traducteur ! Je devine clairement les intentions de l'artiste, ou alors je vais devoir m'instruire, demander, consulter, lire ! L'idée que l'œuvre se livre d'emblée, sans aucun effort de ma part, qu'elle doive me toucher directement, me parait très surfaite ! On connaît (un peu) l'autre au bout du temps.

Peut-être aussi faut-il attendre ! Attendre le lendemain ou plus, attendre que le ciel s'éclaircisse. Attendre que l'œuvre fasse son chemin en nous.

Et ne pas rester seul ! En parler ! Confronter les points de vue permet les ouvertures !

Au bout du compte, de découvertes en découvertes, je devrais parvenir à “comprendre”, et lorsque l'on comprend, on admet, puis on accepte, on reconnaît et dès lors on n'est pas loin d'aimer !

Mais l'œuvre ne s'adresse pas seulement à nos yeux et à notre pensée. Elle nous atteint par chacun de nos cinq sens et par un indéfinissable sixième !

Quelque chose qui n'est pas du domaine des mots, qui ne s'explique pas, qui résiste à l'étude, passe, de façon mystérieuse entre l'objet et moi, entre l'autre et moi, et me procure un ensemble complexe de sensations, d'émotions, qui peuvent être plus ou moins fortes, violentes et pas forcément du domaine du plaisir.

Une rencontre peut changer ma vie, la vue d'une œuvre peut me transformer !

 

 

Posté par artpieton à 21:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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