28 juin 2020

poème pour Alain Cornuet

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Mon cher Capitaine

Inutile sera ma lettre pour vous recommander auprès des poètes disparus installés en cercle qui, disiez-vous, vous ont tant de fois repêché .

vous écriviez aussi : ̎ Les poètes valent autant que les marchands pour donner du sens au lever du matin ̎

alors vous trouverez ci après les dernières nouvelles du front sous la forme d'un collage de nombreux papiers découpés, remontés des sédiments de ma Mémoire(s) et qui prétend constituer une manière de poème que je vous dédicace ( le comprendra qui pourra )

Matthieu G. que nous avons vous et moi si joyeusement fusillé en 2008, me prie d'ajouter :

Je ne pourrai pas être présent pour la dernière. Mais si tu veux bien, transmets lui en silence toute mon affection pour la suite si suite il y a...

Et remercie le pour sa présence forte à l’ombre de laquelle il faisait si bon grandir. 

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sous ma vieille couenne de vieil âne

la tapisserie se décolle

un quartier m'a attendu ou va me prendre pour un fou

ma mère n'a jamais eu d'enfants, trame de famille

bientôt le soleil, la pluie d'été

j'ai acheté l'ampoule pour la lune

dégusté chaque soir un fondu au chocolat Belin

dans un palais de cartons

glissé sans chuter sur un fil imaginaire

sous le pont du Castelviel

roulé de cour à jardin une orange algérienne

pendu Marianne haut et court avec l'écharpe du maire

j'ai vu les étoiles de mer engloutir les ormeaux

la peur avait disparu je n'ai plus eu peur

je sais ce qui manquait, c'était le vent

quel beau silence ! un silence chaud comme du velours noir

dans la niche une vierge électrique soucis d'encre

le son des casiers à bouteilles un repas de trop

avec l'homme debout sur la table on a marché sur la lune

à partir d'aujourd'hui tu es désigné par le Royaume des oranges

pour établir la légende de ta race

qu'est-ce qu'on a retrouvé des pieds de Boris Kos ? la fêlure

il n'est peut être pas mort peut être qu'il voyage seulement

jacques trouvé

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02 avr. 2014

Pierre Michon

splendeur et misère

Photo dite

C'est une photo noire et blanche. Un tirage argentique. Avec du “grain”, un tirage de labo personnel. Moirée dans le noir, en bas. Un tirage pour voir, mal séché, racornie.

C'est une photo de spectacle. Frontale. Prise depuis la salle. On est au théâtre. Les cinq comédiens sont alignés : les hommes sont vêtus comme des gangsters ou des flics de films américains, chapeaux, imperméables, lunettes noires. À gauche, un homme armé s'entretient avec un autre, installé sur un curieux piédestal à roulettes, à droite deux autres maintiennent solidement une femme.

Le moustachu à la mitraillette c'est (Philippe ?)  Kersaki, l'homme perché en chapeau blanc, Jo le Maquereau (!) c'est Pierre Michon, pas encore écrivain. Puis il y a Jean-Claude Fal, aujourd'hui brocanteur. La jeune femme en mauvaise posture, je ne sais pas, peut être Christiane Cohendy, une grande dame du théâtre. Le cinquième larron, je l'ai oublié.

On est en 1969 ou 70… C'est une représentation ou une répétition de “splendeur et misère de Minette, la bonne lorraine” un texte engagé de Jacques Kraemer,  l'histoire de la sidérurgie et du minerai de fer, la minette, incarnée dans une jeune fille aux mœurs légères, traitée dans une parabole burlesque dans la tradition de l'Opéra de Quat' Sous. Il est là monté par les frères Kersaki, (Philippe et Alexandre, je crois) du Théâtre d'essai Kersaki, à Clermont Ferrand.

C'est Jean-Claude Chabanne (sans s) qui a pris la photo. Lui et moi on travaille alors sur le décor de la prochaine création des Kersaki, Süd Afrika Amen de Anne Barbey, un spectacle sur l'apartheid en Afrique du Sud. On projette de construire un vaste cirque de tubes pour échafaudage dans lequel les comédiens se mêleront au public.

Mais le Théâtre d'essai Kersaki vit ses dernières semaines, Süd Afrika Amen ne verra jamais le jour.

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