17 mars 2019

couleurs

 

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Mots de couleurs

Le nez au plus près du tableau, je travaille sa peau, son épiderme, son odeur.

Voyelles de Rimbaud, apprendre par cœur : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu.

Ma période bleue est un voyage outremer, ailleurs, vers les indigos bleus violets.

Michel Cure saupoudre mes incertitudes de cinabre de Pompéi : naît chien rouge.

Violet, vert, cherchent un orage, orange.

Bonnard jamais lassé du jaune. Plus un rose.

Petit pan de mur jaune fatal, on peut mourir de peinture ?

L'or pour sacraliser, faire Noël, couronnes des rois et des reines, Giotto chercheur d'or.

Le crayon à papier dessine sur les murs de plâtre, sous les papiers peints.

Souffler silencieusement sur le fusain primitif, caresse la paroi.

Le blanc recouvre, en-neige, le noir, sombre, en-nuit

Il y eut une nuit de plusieurs jours et la neige d'un seul hiver.

Noir tourne autour d'une couleur, la rend folle, l'épouse, elle meurt.

Valeurs égales, mon tableau peut disparaître, traduit en noir et blanc.

Souvent la couleur résiste et n'en fait qu'à sa teinte.

Serais-je toujours le seul à me souvenir du tableau cent fois recouvert ?

 

 

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07 déc. 2014

Jacques Tison

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Bruit Blanc

Jacques Tison peint le silence. Comme Morandi. Enfin, c'est ce que je vois, ce que j'entends. Et il y parvient : il réussit tellement bien que le mot BRUIT écrit en lettres noires, installées dans le ciel immaculé d'un paysage infini, même ce mot se tait.

Le silence de Jacques Tison est un grand silence blanc. Il laisse un blanc, des blancs. Les murs du Frigo participent. La moindre prise de courant au bout de sa baguette et leurs ombres portées, le plan incliné du dessous de l'escalier sont autant de pièces que Jacques Tison aurait pu signer.

Les blancs sont des pages blanches, des toiles vierges, des potentiels donc, des promesses.

Mais le silence ne demande qu'à être rompu, le silence permet le son, la musique, le bruit. Le blanc, comme le silence, découpe : Jacques Tison représente. Avec les moyens ordinaires de la représentation, la perspective, le clair obscur, il dessine et peint des objets d'architecture, de grandes plateformes industrielles vues d'oiseau, des supermarchés, des silhouettes d'usines, des châteaux d'eau.

Impeccablement : les surfaces à peindre sont limitées au scotch, le protocole de travail est donc précis, mais il n'y a pas de projet de tromper-notre-œil, c'est de la peinture, c'est juste de la peinture.

D'ailleurs il oppose aux aplats parfaits les traces du pinceau, il conserve les accidents de travail, ici la couleur a franchit le ruban de scotch, ailleurs une erreur de réserve n'a pas été corrigée.

Dans un grand paysage de sommets, la neige recouvre mal le rocher, on le devine en transparence. On est, du coup, frustré de  l'imperfection du manteau blanc que l'on voudrait total. De plus il n'y a personne dans les paysages de Jacques Tison : pas un chat noir dans le blanc, on peut attendre, l'heure de la sortie de l'usine ne vient pas, rien ne bouge aux alentours du supermarché…

On est seul mais fort heureusement, on peut aussi rencontrer le peintre dans ces dérapages, dans ces "manques", reconnus, acceptés.  

 

“A ce qui s'était tout d'abord imposé à moi, l'image première des baraquements d'Auschwitz, le point de vue d'un oiseau sur les camps d'extermination, une deuxième image plus familière mais non moins prégnante s'est progressivement superposée : le séchoir à tabac aperçu tous les jours devant l'atelier. Tout ceci avec le souhait d'abandonner petit à petit le lyrisme tragique, d'alléger le propos pour ne plus garder que le geste de peindre qui, dans le même mouvement, recouvre et révèle.

L'exposition de novembre au Frigo s'intitule "Bruit Blanc" elle parle d'une forme de silence, un cri. "Bruit Blanc", c'est le son obtenu par la saturation des différentes fréquences comme le chuintement des skis dans la poudreuse. Le blanc matérialise l'espace de la toile, il est non peint, abstrait et bidimensionnel. Le sujet, avec ses conventions propres à la représentation, vient se superposer à la surface monochrome, recouvrir quelque chose ; un jeu s'instaure entre les vides et les pleins, le peint et le non-peint, entretenant l'inaccompli. L'iconographie elle-même joue sur le vide, la vacuité : centres commerciaux déserts, abandonnés, friches, silence des cimes…”   Jacques Tison

 

Jusqu'au 20 décembre. Au Frigo / Actal, 9 rue Bonnecambe, ALBI Tél. 05 63 43 25 37

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