Femmes gravent
Femmes gravent !
À l'Échappée, notre lieu d'expo à Villeneuve sur Vère, nous avons réuni quatre femmes qui n'ont pas peur du noir, qui rayent le métal pour tirer sur le papier blanc quelques chefs d'œuvre d'encre !
L'une des techniques de gravure (il en existe plusieurs) consiste tout d'abord à entailler une plaque (de métal la plupart du temps, cuivre, zinc, acier, mais aussi tous autres matériaux qui le permettent)
Pour ce faire tous les moyens sont bons : des outils, comme une simple pointe sèche, des burins de toutes sortes, mais également divers produits "mordants" capables d'attaquer le métal sur une même faible profondeur.
Ainsi "creusée" la plaque est grassement recouverte d'une encre qui ira se loger au creux des sillons. Il restera à l'essuyer en surface en prenant soin de ne pas vider ces tailles.
La presse du graveur est une table qui circule entre deux rouleaux : on y dépose la plaque, on place par-dessus une feuille de papier humide. La pression doit être suffisante pour "démouler" l'encre contenue au fond des tailles et ainsi reproduire le dessin sur le papier. On recommence le processus pour chaque tirage.
Martine Bénabou, Françoise Berthelot, Bilitis Farreny et Marité Fournier gravent !
Marité Fournier utilise la gravure pour dire son attachement au paysage, aux saisons, aux grands arbres d'hiver et à la nuit. Ses aquatintes sensibles, doucement colorées, descendent les escaliers de Gentilly, font les brumes ou les canicules au-delà des persiennes.
Bilitis Farreny travaille au noir ! Ses "bêtes" bienveillantes aux oreilles pointues, au pelage de velours ne réussiront pas à peupler nos cauchemars, ni les cheveux de pointe sèche de ses personnages de contes. Un soleil écarlate vient envahir certains de ses tirages.
Martine Bénabou, dont on pourrait qualifier la démarche de "contemporaine (mais elle sait comme moi que cela ne veut rien dire) joue avec l'idée de percée, de trou, de fenêtre, de matière et d'absence, de lointains et de proximités, d'ombres et de soleils.
Françoise Berthelot, qui utilise aussi la presse à gravure pour coller, retrouve le vocabulaire de formes de ses assemblages : le cercle des Peaux-Rouges et ses fils tendus, leurs "plumes". Les diagonales de ses compositions font se lever un vent en rafales qui emporte le trait. Ses tirages sur papiers antiques jaunis nous embarquent également !
C'est une expo brève : du samedi 30 août au dimanche 7 septembre 2014
L'Échappée est ouverte de 15h à 18h30 les samedis et dimanches,
Sur rendez-vous les autres jours : 05 63 56 87 43
On "vernit" l'installation vendredi 5 septembre à partir de 18h.
(on partage vos spécialités salées ou sucrées, nous on s'occupe des boissons!)
La poubelle du labo
La poubelle du labo
J'ai fréquenté, au temps de l'argentique, un labo collectif, ses bains révélateurs sous le rouge inactinique.
L'érotisme était en miettes, au fond de la poubelle…
Bissière, le passeur+Louttre
Bissière, le passeur
J'ai vraiment connu le travail de Roger Bissière à l'expo de la Maison des Arts de Cajarc en 1990. Mes modestes recherches abstraites de cette époque étaient mystérieusement en concordance avec ses peintures, alors que je ne le connaissais pas, ou bien mal en tous cas, que je ne pensais pas à lui à ce moment là. Je me reconnaissais pourtant sous son influence !
Enrichi de la vue des Bissière de Cajarc, j'ai continué mon voyage non figuratif d'îles en îles en faisant d'infinies découvertes. Bissière a été pour moi, pendant ces traversées, un passeur attentif.
Plus tard, mon amie lotoise Clémentine m'organisa d'abord une ballade autour de la maison de Bissière à Boissiérette, à Marminiac (énormes blocs de pierre taillés dans les bois environnants, pierres levées comme à Carnac, temple de l'amour aux fresques roses, reste de champs de girouettes…) et une exposition non loin de là, à Montcuq.
Un Bissière était toujours propriétaire de la maison, son nom était inscrit sur la boîte aux lettres : M.A.Bissière. Je l'ai invité par l'envoi d'une enveloppe peinte au vernissage de mon expo à Montcuq. Il n'est pas venu. Mais il m'a répondu par retour du courrier, il n'était pas disponible mais il m'invitait à son tour à Boissièrette !
C'était Louttre B. doux géant au physique d'acteur américain, qui me fit visiter pièces par pièce la maison de son père et tous les recoins de son jardin. Trop intimidé pour lui poser les bonnes questions, je respirais néanmoins ce jour là le plus lentement possible avec une application toute particulière pour ne jamais oublier ce moment !
Louttre me parraina en 94 et 95 pour accrocher à Réalités Nouvelles.
Un grand choix de tableaux de Roger Bissière sont installés au Musée de Lodève jusqu'au 2 novembre 2014.
L'expo se nomme "figure à part".
Bissière à écrit :
Je ne vais pas dans un musée ou une exposition pour voir des tableaux mais pour y rencontrer des hommes. Mais qu'ils sont rares les hommes.
On rencontre plutôt des prestidigitateurs, si élégants, si aisés… Ils n'ont rien dans les mains, rien dans les poches et ils le réussissent à chaque fois, leur tour.
Chacun son goût.
Moi j'aime mieux ceux qui le ratent parfois. Ceux qui ne font pas toujours le même.
Qui en essayent chaque jour un autre, inconnu, dangereux, au risque de se casser les reins. Ceux qui ne peuvent apercevoir une porte sans avoir envie de regarder derrière, même si derrière il y a des pièges à loup.
Il y aura toujours une place dans mon cœur pour ces œuvres pas tout à fait abouties, oscillantes, mais où je sens passer un instant quelque chose qui me fait penser à un ami.
La perfection, oui, c'est très bien. Mais ça me fait peur.
C'est comme le paradis, rien de plus effrayant.
Bissière/T'en fais pas la Marie/écrits sur la peinture 1945-1964/Le temps qu'il fait/éditeur




