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Jacques Trouvé/objets perdus
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25 février 2015

Floréal Roméro

Floréal

Rencontre

Il faut descendre. Cap au sud ! Descendre déjà jusqu'au bout de l'Espagne. Contourner Madrid, traverser les vastes plaines de la Mancha et au fond de l'Andalousie, freiner juste à temps pour ne pas se heurter aux remparts de Malaga. Et enfin quitter la route et descendre par une piste bossue et pentue surplombant des ravins d'oliviers rangés comme des fantassins à l'appel, qui se tordent de rire et lèvent les branches au ciel en signe de bienvenue ! Un panneau ironique propose de limiter sa vitesse à 40km/h ! On descend le chemin vers la Finca des Arenalejos, vers le vert intense des vergers d'avocatiers, d'orangers et de chérimoliers. L'eau descend avec nous, les chiens gardent les précieux canaux et les réserves.

Ceux qui vivent là ont jeté la clef !

L'homme est toujours très légèrement penché vers l'avant, vers nous, les mains mobiles et ouvertes, le sourire bien accroché. La voix claire, trainant un reste d'accent savoyard, des yeux de gamin dissipé, il nous regarde, il écoute, rare ! Ses mots à lui sont simples, spontanés, il connaît son sujet, il parle de l'anarchie et il prononce le mot avec gourmandise ! Ses parents l'ont trempé dans le bouillon libertaire dès sa venue au pire des mondes, son prénom choisi dans le calendrier républicain de 1792 en témoigne. Il parle d'un anarchisme écologiste en découpant une orange douce avec son canif. Il décrit sans romantisme un monde nouveau, il évoque les moyens patients d'y parvenir, en “doublure” du système capitalisme actuel, pour au bout du compte le remplacer.

Floréal Roméro présente Murray Bookchin*, militant et essayiste écologiste libertaire (1921-2006) et pense comme lui que l'homme peut apprendre à correctement gérer la planète dès lors qu'il cessera d'exploiter son prochain. Bookchin imagine pour cela la création de communautés vivables parce que réduites, capables d'une gestion des affaires publiques à échelle humaine, il parle de municipalisme libertaire, de communes. Il dit aussi : “il faut choisir, se reposer ou être libre !”

Et Floréal Roméro ne se repose pas ! Entre déplorer ou agir, il choisit : il taille ses orangers, cueille ses avocats, sert des galettes bretonnes, écrit des livres et prépare un lendemain : pour répondre à la question (que je ne manque pas de poser chaque fois que se termine une soirée refaire-le-monde) : “quand est-ce qu'on commence ?” il lance un appel, il propose une réunion internationale, rien de moins ! On peut lire son appel sur “populaction.com” ou “puissance-plume” (entre autres) 

*Avec Vincent Gerber, Floral M.Roméro publie : “Murray Bookchin, pour une écologie sociale et radicale”

Collection “les précurseurs de la décroissance” chez “ le passager clandestin” éditeur

 Il devrait venir présenter le livre prochainement par ici.

 

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15 février 2015

Ma bohème

mjc

Ma bohème 

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

Arthur Rimbaud

6 février 2015

Agir ou déplorer

agir ou déplorer

Agir ou déplorer ?

Il y a des milliers de gens qui par principe s’opposent à l’esclavage et à la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme; qui se proclamant héritiers de Washington ou de Franklin, restent plantés les mains dans les poches à dire qu’ils ne savent que faire et ne font rien ; qui même subordonnent la question de la liberté à celle du libre échange et lisent, après dîner, les nouvelles de la guerre du Mexique avec la même placidité que les cours de la Bourse et peut-être, s’endorment sur les deux. Quel est le cours d’un honnête homme et d’un patriote aujourd’hui ? On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n’entreprend rien de sérieux ni d’effectif. On attend, avec bienveillance, que d’autres remédient au mal, afin de n’avoir plus à le déplorer. Tout au plus, offre-t-on un vote bon marché, un maigre encouragement, un “Dieu vous assiste” à la justice quand elle passe. Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux.

La Désobéissance civile (1849) - Henry David Thoreau

Actuel, non ? L'intégrale du texte ici !

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