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Jacques Trouvé/objets perdus
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17 juillet 2014

Ernest Pignon Ernest

photo

Ernest Pignon Ernest, hors les murs

 

J'aurais bien aimé croiser Arthur Rimbaud, avec son veston sur l'épaule, adossé à un vieux mur lépreux dans Paris. Rimbaud ou des lambeaux de Rimbaud, des restes de papiers déchirés par le vent et les pluies, sérigraphies collées par Ernest Pignon Ernest. Ou Maurice Audin dans les rues d'Alger, ou les communards assassinés, Pasolini de même, les expulsés, etc.

Ernest Pignon Ernest dessine (comme les Grands, les Michel Ange, les Léonard !) les poètes maudits, les condamnés et les inconnus, grandeur nature, debout, en situation, et colle ensuite la reproduction sérigraphiée du dessin sur les murs où ils vivaient, les cours des prisons où ils mouraient, dans les impasses où ils ont disparu, dans les cabines téléphoniques où ils se réchauffaient.

A défaut, j'ai vu dernièrement les grands dessins au fusain et à la pierre noire d'Ernest, les originaux, les études avant leurs sorties dans la rue, les ruines, les soubassements humides, les cages d'escaliers démolies.

En exposition, dans un musée bien propre aux murs impeccables, sous vitres, avec des cartels qui indiquent la date, la technique et “étude pour”. Et à côté, sur aluminium, les clichés luxueux du collage en situation à Soweto ou ailleurs, avec les gens qui passent, les gamins qui se bousculent pour être sur la photo.

Bon, c'est mieux que rien. Ce n'est pas la vraie rencontre avec les fantômes dessinés, mais c'est une sacrée leçon de dessin !

Pignon Ernest dessine très “Beaux Arts”, classiquement, académiquement pourrait-on dire, fusain, pierre noire sur du papier blanc, estompage les mains toute noires, cherche les lumières à la gomme mie de pain (il a une gomme qui fait des rayures claires, des hachures dans le noir et qui crée donc des gris, des demi-teintes !)

Il interroge l'Histoire de l'Art, copie le Caravage et les Maîtres dans les musées, tout ça est très démodé, limite ringard !

Puis il reproduit ses dessins avec les moyens d'impression actuels pour les installer ensuite non pas dans une galerie aux parquets flottants mais sur les façades les plus reculées, sur des murs de fusillés dans des recoins d'Histoire !

Et ceux là qui n'entrent jamais dans les temples de la Peinture voient ses héros de papier, les reconnaissent parce qu'ils sont des leurs et les saluent !

Cette sortie du dessin dans la rue, dans la vie, est une démarche infiniment militante, politique et contemporaine !

Et Rebeyrolle, qui dessine comme son chien, contemple son invité avec un sourire malicieux.

 

Ernest Pignon Ernest, “Hors les murs”, Espace Paul Rebeyrolle à Eymoutiers 87120

Jusqu'au 30 novembre 2014

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15 juin 2014

Rencontrer une œuvre d'art

cézane

Rendez-vous

 

Rencontrer une œuvre d'art, un tableau, une installation, un spectacle, c'est rencontrer une personne. Derrière le tableau il y a le peintre, derrière l'œuvre il y a le créateur qui a tenté d'y mettre le maximum de lui-même, pour peu qu'il soit sincère et débarrassé d'un maximum d'influences.

C'est rencontrer quelqu'un pour la première fois ou déjà le connaître, par une photo, par “ouï-dire”. C'est une rencontre par hasard ou un rendez-vous, pour lequel on se prépare, pour lequel on se fait beau et on se rend disponible !

Dans un premier temps, donc, il n'est question que de regarder et de voir ! D'abord voir de loin, voir un ensemble, en faire le tour, choisir d'autres points de vue ou d'écoute, apercevoir au début, puis se rapprochant, découvrir qu'il existe d'autres lectures, de plus en plus détaillée, et se dire qu'il en est peut être d'autres.

(Je garde en mémoire ma rencontre avec la Comtesse del Carpio de Goya, au Louvre. Sa mantille blanche et brodée m'est apparue, depuis l'entrée de la salle, peinte avec une infinie précision, surement avec un pinceau à six poils et une longue patience ! Mais à quelques centimètres, c'était une autre affaire ! J'ai découvert que Goya avait barbouillé le fichu de gaze avec une touche désinvolte digne des Impressionnistes !)

Cette lecture pourrait être simplement descriptive et répondre à la question facile : que vois-je ? Comment est-elle, comment est-il habillé ? C'est une peinture, sur une toile semble-t-il, assez grande, un mètre par un mètre, carrée, c'est un paysage, etc.

Cette inspection plus ou moins précise et complète amènera rapidement à quelques premières impressions comme : j'aime ou je n'aime pas, mais aussi je comprends ou je ne comprends pas.

A partir de là, si j'ai besoin et si j'ai envie d'en savoir plus, je me dois d'engager la conversation. Par chance le tableau parle la même langue que moi ou alors, je vais avoir besoin d'un traducteur ! Je devine clairement les intentions de l'artiste, ou alors je vais devoir m'instruire, demander, consulter, lire ! L'idée que l'œuvre se livre d'emblée, sans aucun effort de ma part, qu'elle doive me toucher directement, me parait très surfaite ! On connaît (un peu) l'autre au bout du temps.

Peut-être aussi faut-il attendre ! Attendre le lendemain ou plus, attendre que le ciel s'éclaircisse. Attendre que l'œuvre fasse son chemin en nous.

Et ne pas rester seul ! En parler ! Confronter les points de vue permet les ouvertures !

Au bout du compte, de découvertes en découvertes, je devrais parvenir à “comprendre”, et lorsque l'on comprend, on admet, puis on accepte, on reconnaît et dès lors on n'est pas loin d'aimer !

Mais l'œuvre ne s'adresse pas seulement à nos yeux et à notre pensée. Elle nous atteint par chacun de nos cinq sens et par un indéfinissable sixième !

Quelque chose qui n'est pas du domaine des mots, qui ne s'explique pas, qui résiste à l'étude, passe, de façon mystérieuse entre l'objet et moi, entre l'autre et moi, et me procure un ensemble complexe de sensations, d'émotions, qui peuvent être plus ou moins fortes, violentes et pas forcément du domaine du plaisir.

Une rencontre peut changer ma vie, la vue d'une œuvre peut me transformer !

 

 

7 juin 2014

Franck Poulain

Quelqu'un vient

les peintures de Franck Poulain

Comme Alain Ballereau, Franck Poulain cherche le paysage, l'invente, l'invite, le laisse venir. Mais il peint d'autres contrées. Je parcours les déserts et les volcanismes chez Ballereau, sur des terres d'avant l'humanité. Les titres des toiles de Franck Poulain sont des lambeaux de poèmes (“d'un pas malheureux, l'odeur des bois” “plus de lieu à vénérer” “par lequel semble s'achever le périple”) et disent clairement des latitudes plus humides porteuses de traces préhistoriques. Comme chez Ballereau on peut s'y complaire et s'y balader mais il est un autre voyage, celui de la peinture.

Franck Poulain est un "jeune" peintre. Il vient “d'entrer en peinture” après un long parcours de graveur. Il peint et explique qu'il ne contrôle aucun coup de pinceau, que tout se fait malgré lui, qu'il n'y est pour rien. Franck Poulain ferait des tableaux comme un pommier fait des pommes (la formule est de Bissière) sans effort, sans projet et sans discours.

Je comprends ce que Franck veut dire quand il refuse la “responsabilité” de sa peinture ! De nombreux artistes parlent de  ces décrochages de conscience qui peut leur faire penser que leur main est littéralement “guidée” pendant de longues heures et qui découvrent leur travail le lendemain au retour dans l'atelier. .

Franck Poulain peint “maigre”, on entend par là qu'il pose ses couleurs par couches très minces, sans jamais dépasser le plan par la plus petite épaisseur, le moindre empâtement. Il superpose des strates transparentes, opaques ou translucides quand il utilise le blanc, il recouvre inlassablement mais l'histoire de sa toile reste visible, on continue à percevoir toutes les étapes, depuis les premières traces malgré les recouvrements successifs, sa peinture est une inverse archéologie.

Franck Poulain peint “mouillé” : sa peinture ruisselle lentement, les coulures ne sont pas là pour faire désinvolte et moderne, elles participent à la représentation abstraite du paysage, elles sont “justes”, les couleurs s'épousent par capillarité, les dissolutions sèchent et laissent les empreintes d'une saison de pluie médiévale.

On “entend” la peinture de Franck Poulain : les aplats, les grandes plages calmes, sourdes, quasi silencieuses, par lesquelles il souffle le chaud et le froid sont brusquement griffées, rayées par le bruit de brindilles sèches et cassantes, inflammables. Ce sont des calligraphies de sarments, que le peintre rassemble en fagots noirs au bas du tableau.

Franck Poulain reste graveur, orfèvre, ciseleur  dans sa poursuite du détail : on lit dans sa peinture le désert et le grain de sable, ses grands formats sont des paysages monumentaux, quand on s'approche le moindre centimètre carré en est un autre.

Franck Poulain travaille la surface du tableau et provoque l'envie de caresses : le rendu final donne un vieux cuir ciré, une douceur de céramique. Le satin est à l'intérieur de la peinture et non pas par-dessus comme un vitreux vernis.

Il signe finement, de son seul prénom, comme Vincent.

On peut s'installer confortablement devant  “soudain, l'apaisement du vent” et attendre. Attendre que le tableau occupe toute la place, tout le champ de vision, tout le terrain de la pensée. Faire silence. Écouter. Au bout d'un temps, quelqu'un vient.

Expo du 7 au 22 juin 2014 à l'Échappée chez Pascale Drivière et Jacques Trouvé à Rouquette 81130 Villeneuve sur Vère

vernissage ce soir 7 juin à partir de 18h30

 

F

 

18 mai 2014

DesCollages

DesCollages

Exposition au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes

Du 17 mai au 25 juin 2014

C'est, au départ, une bonne idée de Françoise Berthelot : réunir autour du mot “collage” (et d'une table !) moins d'une dizaine de ses amis peintres. Certains se connaissent, d'autres pas.

Enfermer des artistes dans une cage, aussi dorée soit-elle, comporte des risques ! Vont-ils adhérer ? Des questions se posent rapidement : collage ? Coller ? Qu'est-ce que ça veut dire ? De la colle et du papier ? À plat ? Peut-on sortir du plan ? Envisager, au-delà du collage, des assemblages ? D'autres manières de lier ?

Pas question de contraindre les huit par une règle du jeu trop serrée ! La liberté étant octroyée chacun dans son coin fait chauffer sa glu et expérimente de secrètes recettes ! C'est facile pour quelques uns pour qui la technique du collage est habituelle, moins pour d'autres. Mais pour tous les plasticiens coller est une attitude connue, leur démarche se réfère la plupart du temps à cette pensée.

Le résultat est, hormis une belle expo en septembre 2013 dans l'atelier galerie de Françoise Berthelot à Cahuzac sur Vère, la naissance d'un possible collectif. Des rapports, des amitiés naissent. On s'invite, on se visite et quand les solitaires que sont les plasticiens se regroupent de beaux projets s'avancent ! À suivre !

Françoise Berthelot

Françoise Berthelot colle !

Elle regroupe, confronte les papiers, les bois, les os, le noir, le blanc et les couleurs. Et, c'est sa nature profonde, elle rassemble, elle assemble à l'aide d'une colle dont nous ignorons la formule aussi bien les matériaux que ses amis !

Elle montre ici des collages de papiers déchirés, des transparences de soie sur des bases noires que la presse à gravure transforme en cuirs patinés. J'ai remarqué aussi deux triptyques très “peints” !

Les compositions de Françoise Herman sont faites de divers matériaux, riches en matières. Elles appellent au toucher et semblent avoir subi les oxydations, en précieuses couleurs rouille et vert-de-gris, de lointains naufrages.

Élisabeth Poiret installe sur des formats carrés immaculés de noires empreintes, comme traces de dérapage dans la neige, estampes compliquées de collages de papiers translucides. Elle intervient aussi sur de vieux zincs, restes de gouttières oxydées qui racontent l'histoire de la pluie.

Annie Baratz avait donné chez Françoise Berthelot des compositions de papiers déchirés. Ici ses grands formats se confrontent à ceux d'Alain Ballereau. Leurs techniques, simples en apparence, sont assez proches et consistent à installer des bandes de kraft peintes ou vierges pour créer le paysage.

Annie, encadre, “finit” alors que Alain Ballereau laisse la liberté au papier. Il montre deux grands formats qui me touchent beaucoup ! (voir article du 10 mars 2014 /Alain Ballereau et lien vers son site)

Franck Poulain installera ses peintures récentes chez nous à Villeneuve du 6 au 22 juin. Ce sera pour moi l'occasion de dire tout le bien que je pense de son travail. Ici il propose une série ou l'adjonction de tissus collés me semble pure honneteté à accepter la règle du jeu proposée. Sa peinture n'est cependant pas desservie mais elle n'en a pas besoin.

Pour ma part, j'ai joint à mes photos de Brassaï montrant Matisse et son modèle, déchirées en miettes et recollées avec un évident manque d'application, deux simples dessins sur carton copiés sur le même modèle.

J'ai gardé pour le dessert les papiers de Florence Prêleur et  les textiles de Pascale Drivière installées ensemble dans l'intimité de la petite salle du Musée. Ces deux là ont en commun, à mes yeux, d'avoir installé aux murs divers éléments sauvés, petites choses privées mises de côté en attendant, retirées d'un projet, mises en quarantaine, sans pour autant être exclues et conduites à la poubelle et qui donc s'avèrent très “chargées”.

Un faon cherche désespérément son chemin parmi les dessins d'enfants et les papiers peints fleuris des collages de Florence Prêleur. Pascale Drivière, toujours dans une poésie intérieure, installe des objets de mémoire sur fonds délavés de chiffons de peintre. Son livre textile, recueil de broderies qui n'avaient pas trouvé leur place, ne fait aucun bruit quand on le feuillette.

8 mai 2014

Jean Estaque

Estaque

 

Portrait présumé de Jean Estaque

Jean Estaque taille tout ce qui passe à proximité de son canif (toujours un couteau dans la poche, un canif de scout attaché avec une chainette) les manches des pinceaux, ceux des cuillères en bois, les porte-plume, le moindre bout de tilleul devient un bonhomme, un bon homme avec des yeux immenses et naïfs comme ceux des portraits du Fayoum. Il grave les ardoises d'écoliers jusqu'à les percer pour nous montrer le monde peu sérieux caché de l'autre côté.

Jean Estaque fait, avec tendresse et insolence, de petites sculptures, des jouets d'enfant, pour réveiller notre communale et activer les picotements de nos genoux couronnés, des voitures, des bateaux, (celui-ci plein de poupées noiraudes en hommage aux victimes de Lampedusa) des sculptures polychromes comme les chapiteaux de Sainte Austremoine à Issoire, des petites sculptures pour les avoir toujours sur soi, dans les poches et se les faire confisquer à la récrée.

Jean Estaque est un autre moine, il croit en Dieu, il croit aux dieux, mais pas n'importe lesquels, les siens. Il les invente et il les fabrique. C'est plus sûr, quand on connaît ses saints, on les honore. Il taille donc ses propres saints et il les traite de tous les noms : Honoré, Bouton, Doigts, Christophe, Blé (celui qui exauce les désirs de beurre et d'argent du beurre), Réunion (celui qui favorise les rassemblements).

Le soir, Jean Estaque ouvre leurs reliquaires, pille leurs tirelires, vide les troncs. Il capture les canonisés et leur introduit des pailles dans les orifices, leur fait des chatouilles sous les bras et leur promet les enfers ! Sorcellerie ! Me direz-vous ! Peut être. Mais on a bien le droit de penser libre !

Avec les pièces récoltées Jean Estaque achète sur les brocantes les éditions rares de Maupassant. Jean Estaque est éditeur, il publie Maupassant : avec application et un pinceau sculpté à six poils ou un porte-plume surmonté d'un hussard il recopie fidèlement les nouvelles de Maupassant avec une belle écriture anglaise scolaire et dodue. Il calligraphie avec amour les pleins et les déliés à l'encre blanche sur des fonds de nuit ou de pénombre. Jean Estaque recopie en tirant la langue les meilleures passages de Boitelle, de la Maison Tellier, du père Amable, de Mademoiselle Fifi et au milieu du texte il colle les personnages de la nouvelle, deux ou trois figurines sculptées hautes comme un paragraphe, au garde-à-vous dans leurs couleurs du dimanche (robes fleuries, rouge aux joues, complets vestons et souliers vernis) Ils se présentent, ils vont jouer la pièce ou ils saluent, lecture faite, rideau !

Maupassant adore ! Et pour remercier Jean Estaque, flanqué de Leloir et de Mirbeau, il l'emmène régulièrement prendre un verre à la Feuille de Rose, Maison Turque de réputation.

Jean Estaque expose à Rodez, du 7 mai au 13 juillet à la Médiathèque et à la Menuiserie

 

La Menuiserie, chez Jeanne Ferrieu, rue du 11 novembre, comme son nom le dit, est une caravelle du temps de la marine en bois, pas une brique, que des planches ! Embarquement garanti !

La médiathèque est une médiathèque, au centre ville, en face de l'Hôtel de Ville.

 

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5 mai 2014

Banyuls Maillol

 

Le Rio1 et 2

Banyuls,

Vallée de la Roume, 1963

Dans les années 50, les parents nous envoyaient chaque été en colonie de vacances, quelques fois sanitaires donc salutaires pour les gamins du baby-boom de l'après guerre. Ensuite les “camps d'adolescents” prenaient le relais.

Cette année là, nous étions installés sous des marabouts et des tentes militaires au bord du lit sec d'un “Rio Grande” tout près de Banyuls dans les Pyrénées Orientales.

Le Rio était provisoirement absent de son lit mais l'on savait qu'au prochain orage il dévalerait des collines pour passer sous nos fenêtres de toile.

Régulièrement on nous octroyait une liberté de quelques heures. On nous lâchait en ville ou dans la campagne autour du camp. A cette occasion je remontais chaque fois de plus en plus haut le lit de cailloux du ruisseau immobile avec un camarade silencieux dont j'ai depuis oublié le nom et le visage.

Je me souviens de ce jour ou nous étions parvenus assez loin dans la garrigue, notre attention fut attirée par les taches claires d'un mur au travers de la végétation. Une maison se trouvait là, avec des parties ruinées, écroulées et pillées et d'autres aux portes et volets bouclés. La végétation l'envahissait et rendait l'exploration peu aisée.

Il me semble me souvenir qu'au travers des volets clos et sous les portes bloquées une “charge”, un mystère se glissaient et que l'on entendait une musique, les bruits d'une activité silencieuse et des conversations muettes. Je n'en sais rien, en fait. Il est probable que notre imagination d'explorateurs en culottes courtes organisait ce concert. Il n'est pas impossible aussi qu'aujourd'hui, sachant toute l'histoire de ce domaine refermé et dormant, j'invente  le souvenir de ces musiques.

Bien plus tard, dans les années 80, je suis retourné à cet endroit, par la petite route cette fois. Je n'ai pas eu de mal à retrouver la maison. Elle était en travaux : on avait entrepris de la dégager de sa jungle, elle serait bientôt complètement restaurée. Je sus ce jour là qu'on avait dérouillé les persiennes, vernis les portes, arrangé l'intérieur pour y accueillir de belles dames nues aux corps de bronze. On préparait enfin le retour d'Aristide Maillol à la Métairie ! Bientôt Dina descendrait le chemin, pieds nus, et bientôt débarrassée de sa robe rouge prendrait la pose.

Quand j'ai pu enfin entrer en visiteur dans la maison/musée de Maillol, il y a peu, j'ai découvert que le vieil Aristide était enterré là, dans son jardin, sans doute depuis sa mort en 1944. Lors de notre intrusion de 1963 j'aime croire qu'il nous guettait sous les buissons de figuiers sauvages.

Maillol, de la ligne au volume. Le musée Toulouse-Lautrec, à Albi, en collaboration avec la Fondation Dina Vierny, Musée Maillol, Paris, présente une exposition de dessins et de sculptures d’Aristide Maillol (1861–1944, Banyuls-sur-Mer) pour célébrer le 70e anniversaire de la mort de l’artiste. Exposition du 5 avril au 22 juin 2014

 

 

 

 

 

18 avril 2014

Art brut Montauban

brutpetite

Regards Éblouis

À propos de l'exposition d'Art brut de Montauban

Il est le premier.

Il a remarqué que le bout de bois brulé, le tison refroidit laisse du noir sur ses mains et une trace sur les parois de la grotte.

Au début, il n'en fait rien, il expérimente : il fait des traits, des longs, des courts, un trait vertical, debout, un trait horizontal, couché, mort.

S'il heurte le mur de la pointe du pieu, cela fait des points. Le mouvement du bras partant de l'épaule, celui de la main autour du poignet laissent de cercles.

Un peu plus tard, il remarque, le premier, ou alors un voisin passant par là, que deux points dans un cercle font un regard, une tête comme la sienne !

Dés lors il n'aura de cesse d'utiliser cette magie !

Il apprend tout seul. Avant lui, il n'y a rien, il doit tout inventer, il n'y a pas de modèles, il n'y a personne à copier.

Il n'a pas de projets, la magie ne lui confère aucun pouvoir, il fait ça, laisser du noir sur les murs ou des sillons sur le sable mouillé que la mer effacera, parce que c'est fascinant, comme contempler le feu, le fleuve qui passe, le soleil qui se couche derrière le paysage, l'orage, les animaux, la nudité…

Ça ne sert à rien mais il le fait. Les autres regardent. Il s'invente des histoires et il met des couleurs dessus. C'est plus fort que lui, ça fait le monde plus beau et moins peur, pour lui et pour tous les autres qui regardent.

Il est le premier, il est vierge de toutes influences, d'ailleurs il n'est pas influençable, il est nu, brut. Il appartient à l'enfance de l'humanité mais il n'est pas un enfant. Il n'est pas naïf, il sait sur les choses autant que vous et moi.

 

Il dessine, il peint toujours, comme ça pour rien, ou quand le monde est trop grand et trop peur.

 

Ils sont nombreux maintenant. Du groupe des regardeurs quelques uns ont essayé à leur tour. Et malgré les milliers d'années écoulées, ils sont toujours nus, vierges, premiers, bruts. Rien ni personne ne les influence, ne les détourne de leurs histoires avec des couleurs dessus.

Ils sont de plus en plus connus aujourd'hui, re-connus. On les expose, on écrit sur leurs tableaux, leurs tableaux se vendent ! Et même ils influencent alors on les imite !

On les traite de tous les noms* : bruts, singuliers, outsiders, en marge, hors les normes, crus !

Les plus purs s'en moquent comme de leurs premiers tisons !

*Alain Pauzié les nomme “artbrutistes”

“Regards Éblouis” Rencontres d'Art 2014 au Musée Ingres-Bourdelle à Montauban

du 17 avril au 16 juin 2014

10 avril 2014

Atout Crin+le balcon de Marguerite

Atout Crin

Exposition art textile à Trouville

Aux brodeuses, aux tisseuses et autres plasticiennes (23) et plasticiens (3) Entre-les-fils, association de 4 vikings très actifs installés à Caen, a proposé de faire (broder, tisser, plasticer, etc.) avec du cheveu de cheval ! Cheveux blancs, cheveux noirs, chevaux zains, bais, alezans, isabelles, crins de crinière, rassemblés en queues de cheval, en bottes, en faisceaux ou solitaires, boucles introuvables, inouables, cassantes, vivantes, indomptables, hippomobiles !

Beaucoup d'entre elles/eux ont raconté lors du vernissage les larmes versées sur les encolures et le crin à retordre ! Pascale Drivière publie même, à la manière d'un cahier de couture, un journal de ses échecs autant qu'un recueil de ses victoires sur le poil rebelle !

L'expo à Trouville, (parce qu'à Trouville il y a des chevaux, des rendez-vous mondiaux de galops, des Jeux de trots, des courses et de complets concours)  dans la Villa Montebello, juste au dessus des Roches Noires, témoigne pour chacun/chacune  d'une cohabitation de plus de deux ans avec le crin d'un lourd percheron ou celui d'un arabe pur-sang, de leurs amours, de leurs passions, de leurs craintes, de leurs étonnements ou de leurs rejets.

Pour certains ce crin est un fil, pour d'autres c'est un poil, ou bien un trait de pointe sèche, de l'encre sur le papier ou des graminées sur le ciel.

Certains l'ont attelé à un autre matériau pour mieux le soumettre (lin, coton, soie, laine, fils hydrosolubles, etc.) d'autres ont choisi de l'utiliser seul, nu, à cru.

Certains ont ouvert une parenthèse dans leur travail du moment pour s'enfermer seuls avec l'animal sauvage, d'autres l'ont intégré dans leurs recherche habituelles.

C'est un galop d'essai pour Entre-les-fils et le résultat est une sincère installation, les œuvres ressemblent aux cavaliers et aux amazones. Les textiles-artistes se connaissent souvent de nom et prenaient samedi plaisir à se rencontrer, à créer des liens et à prendre du poil de la bête.

Parmi celles et ceux qui ont réussi à faire oublier la technique au profit du sens et de la beauté, j'ai particulièrement aimé le rêve gravé/brodé de Muriel Baumgartner, les archives calligraphiées de Catherine Bernard, les “paysages” de Anaïs Duplan, les hautes herbes de Martine Fontaine, la tresse enfantine de Françoise Micoud, les suaires de Gabriel Reis-Mendonça et le cahier de Pascale Drivière !

Toute l'expo et son histoire est visible sur le blog de Entre-les-fils

On peut surement obtenir le catalogue à cette adresse.

des fleurs pour MargueriteTrouville, les Roches Noires, le balcon de Marguerite.

23 mars 2014

Louis Doucet la critique d'art

À lire !

Un texte de Louis Doucet concernant la critique d'art 

dont voici l'intro, suite et fin sur le site Cynorrhodon.org 

Pour une critique d’art subjective :

Louis Doucet, octobre 2013

Il y a-t-il une place pour la critique d’art, dans notre monde contemporain ou faut-il se ranger à l’opinion de Georges Braque lorsqu’il déclarait : « Il faut se contenter de découvrir, mais se garder d’expliquer.» ? Faut-il y chercher, comme le faisait Marcel Duchamp, un encouragement à continuer à produire a contrario de la mode et des opinions proférées par les professionnels de la critique : « Plus la critique est hostile, plus l’artiste devrait être encouragé » ? Faut-il s’apitoyer, comme le fait Michael Werner, sur le caractère trop consensuel des opinions artistiques : « Autrefois, le monde de l’art était divisé autour d’un artiste : il y avait les ennemis, et les enthousiastes. Aujourd’hui, vous n’avez plus que des enthousiastes... Ce n’est pas supportable. On a besoin d’antagonismes, sinon, on commence à roupiller. Et de l’art ne sort plus rien. Or, l’art a une fonction dans le système social : il a le devoir d’être différent, différent du reste du monde. Mais cela devient aujourd’hui la même chose. » ?

    Conformisme de la pensée unique, peur de prendre des risques, hantise du jugement de ses pairs ou de la postérité ? La question reste ouverte mais n’affecte en rien le constat consternant qui nous est offert : des textes toujours laudateurs et consensuels sur un très petit nombre d’artistes déjà reconnus. Il me semble important de redonner à la critique son véritable rôle, rôle parfaitement défini par Walter Benjamin : « L’art du critique in nuce : forger des formules sans trahir les idées. Les formules d’une critique insuffisante bradent la pensée au profit de la mode. »

21 mars 2014

Patrick Laroche répond

Patrick Laroche répond  à mon message :

(Voir Patrick Laroche, message du 10 mars 2014)

" Jacques, tu me demandes de dessiner un mouton avec la main gauche...

Mais pourquoi ?

Les dessinateurs qui ne maîtrisent qu'assez mal le dessin sont légion... C'est devenu le nouvel académisme : il faut montrer une certaine maladresse pour être hissé à un niveau respectable et prétendre à une authenticité… Alors le secret de l’art est-il finalement d’être gauche pour être sincère ?

Je suis conscient que mon travail va à contre-courant de ce que cherchent beaucoup d'artistes actuels… Je ne suis pas “tendance”.

J’ai fait le choix de faire du dessin d'observation et souvent à partir d’un modèle vivant parce que très simplement, je ne m’en lasse pas… Je pense que les possibilités de création restent multiples, voire infinies, même en se servant du dessin traditionnel comme base.

Concernant les apports colorés, ils sont là pour dynamiser l’image. Et puis, c'est devenu un jeu de construction tout autant que ma propre signature. Mais au final ai-je besoin de justifier mon propre vocabulaire graphique ?...

Dans cette critique “amicale” j’aime la formule “dessin de boxeur” parce que je vis le dessin comme un exercice où il faut y mettre toute sa propre énergie ou encore de “danseur” parce qu’il faut se mouvoir avec le tempo du moment, capter une petite musique entre ce que l’on voit et ce que l’on veut exprimer. Je ne cherche pas à faire du “joli” mais des dessins forts et justes.

Comme je l’ai déjà dit : je ne suis pas tendance… mais j’en suis très heureux ! "

Patrick Laroche

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