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Jacques Trouvé/objets perdus
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25 mai 2014

Plasticien : gagner à “être connu”

palettes

Plasticien : gagner à “être connu”…

 Et vous faites quoi, dans la vie ?

Des dessins, de la peinture.

Ah ! C'est bien ! Mais je veux dire, vous faites quoi comme métier ?

Des dessins, de la peinture. Je suis plasticien. C'est un métier.

Ah, d'accord…

 

Je suis plasticien.

Nous sommes plasticiens ! (nous étions officiellement en France 48536 en 2009)

Nous nous occupons d'arts plastiques : le mot plasticien le dit. Nous ne sommes pas seulement peintres ou sculpteurs, nous sommes de moins en moins spécialisés, alors on nous a inventé un nom plus générique, nous utilisons divers techniques et aujourd'hui d'autres disciplines nous sont familières (photo, vidéo, mise en scène, écriture, etc.)

Nous exposons nos travaux dans des galeries, des musées, des centres d'art et autres structures dans lesquelles tout le monde n'entre pas. Ce mode de “consommation” de l'œuvre d'art ne nous satisfait pas toujours et nous cherchons à en inventer d'autres.

Nous avons quelquefois un peu de mal avec le mot artiste qui nous installe encore trop souvent aux yeux du public à plusieurs centimètres au dessus du sol ! Nous sentons bien qu'une partie de la société dans laquelle nous vivons n'est pas toujours convaincu de notre utilité !

Aux yeux de certaines personnes nous avons choisi notre activité et nous en retirons principalement du plaisir. Il nous est difficile de faire admettre à ceux là, qui associent à la notion de travail celle d'effort, intellectuel ou physique, de sueur, voire de souffrance, que nous sommes des “ouvriers” ordinaires !

Nous sommes dits amateurs ou professionnels. Les deux termes sont ambigus ! Nous parlons de métier quand notre activité occupe l'essentiel de notre temps et de nos pensées, quand elle est pour nous une attitude, une façon de se définir. Nous parlons alors de désir, d'investissement et de nécessité.

Il faut ajouter que, pour la plupart, nous travaillons en solitaire, que nous nous rencontrons peu, mal, et toujours à l'intérieur de nombreuses “chapelles” de pensées différentes !

Dans tous les cas, que nous soyons amateurs ou professionnels,

nous avons de nombreux devoirs et quelques droits !

Nous avons tout d'abord le devoir de nous mettre en conformité avec les lois sociales et fiscales de notre société et donc de déclarer notre activité et les revenus que nous en retirons et cela dès le premier euro perçu !

(si nous sommes par exemple retraités ou peintres du dimanche, si nous taisons nos plus petites ventes, bien qu'utilisant une large palette de couleurs, nous sommes des travailleurs au noir !)

(la Maison des Artistes, créée en 1952, qui est tout d'abord une association de solidarité et d'entraide des plasticiens, est agréée par l'État pour gérer nos assurances sociales depuis la loi Malraux de 1964)

Comme n'importe quel auteur nous avons aussi des droits… d'auteur !

Nul ne peut s'emparer de nos productions pour les reproduire ou les copier par tous moyens existants (photo, impression, moulage, film, etc.) sans avoir obtenu notre autorisation. Et nous sommes alors en droit d'exiger une rémunération en contre partie.

Lorsque nous exposons notre travail, dans un lieu privé ou une institution publique, nous pouvons obtenir le paiement d'un droit de présentation !

(ou droit d'exposition, ex-droit de “monstration”) 

En effet le lieu qui nous accueille ne peut pas prétendre le faire par philanthropie pure ! Il en tire forcément une “publicité”, un bénéfice plus ou moins “immatériel” ! Nous sommes en droit de demander  à partager ce bénéfice !

Mais la plupart du temps nous payons pour exposer, nous louons les cimaises, nous participons aux frais, nous réglons ceux de dossier et au final nous gagnons à “être connus” ! Et si nous osons réclamer ce que la loi nous permet, il est probable que nous ne serons pas accrochés !

Pourtant si nous en exigeons systématiquement le règlement* on peut bien imaginer que dans un avenir proche toutes les structures d'exposition intègreront dans leurs budgets le paiement de ce droit de représentation. Le principe d'un cachet est depuis longtemps admis  pour les artistes du spectacle vivant.

* En priorité dans les lieux où la vente de nos œuvres n'est pas autorisée et qui quelque fois font payer au public un billet d'entrée !

Et,  cerise sur le tableau ! Nous pouvons aussi bénéficier du droit de suite !

Chaque fois qu'une œuvre que nous avons vendue est revendue, puis revendue et encore revendue, à condition que le vendeur soit chaque fois un professionnel du marché de l'art (galeriste, antiquaire, encadreur, etc.) nous devrions percevoir un pourcentage du montant de la vente !

(il existe cependant pas mal de possibilités pour ce vendeur pour s'exonérer de cette taxe !)

 Pour conclure, une définition de l'artiste parmi tant d'autres:

"Que croyez-vous que soit un artiste? Un imbécile qui n'a que des yeux s'il est peintre, des oreilles s'il est musicien, ou une lyre à tous les étages du cœur s'il est poète, ou même, s'il est boxeur, seulement des muscles ? Bien au contraire, il est en même temps un être politique, constamment en éveil devant les déchirants, ardents ou doux évènements du monde, se façonnant de toute pièce à leur image. Comment serait-il possible de se désintéresser des autres hommes et, en vertu de quelle nonchalance ivoirine, de se détacher d'une vie qu'ils vous apportent si copieusement ? Non, la peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensif et défensif contre l'ennemi."     

Pablo Picasso.

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10 avril 2014

Atout Crin+le balcon de Marguerite

Atout Crin

Exposition art textile à Trouville

Aux brodeuses, aux tisseuses et autres plasticiennes (23) et plasticiens (3) Entre-les-fils, association de 4 vikings très actifs installés à Caen, a proposé de faire (broder, tisser, plasticer, etc.) avec du cheveu de cheval ! Cheveux blancs, cheveux noirs, chevaux zains, bais, alezans, isabelles, crins de crinière, rassemblés en queues de cheval, en bottes, en faisceaux ou solitaires, boucles introuvables, inouables, cassantes, vivantes, indomptables, hippomobiles !

Beaucoup d'entre elles/eux ont raconté lors du vernissage les larmes versées sur les encolures et le crin à retordre ! Pascale Drivière publie même, à la manière d'un cahier de couture, un journal de ses échecs autant qu'un recueil de ses victoires sur le poil rebelle !

L'expo à Trouville, (parce qu'à Trouville il y a des chevaux, des rendez-vous mondiaux de galops, des Jeux de trots, des courses et de complets concours)  dans la Villa Montebello, juste au dessus des Roches Noires, témoigne pour chacun/chacune  d'une cohabitation de plus de deux ans avec le crin d'un lourd percheron ou celui d'un arabe pur-sang, de leurs amours, de leurs passions, de leurs craintes, de leurs étonnements ou de leurs rejets.

Pour certains ce crin est un fil, pour d'autres c'est un poil, ou bien un trait de pointe sèche, de l'encre sur le papier ou des graminées sur le ciel.

Certains l'ont attelé à un autre matériau pour mieux le soumettre (lin, coton, soie, laine, fils hydrosolubles, etc.) d'autres ont choisi de l'utiliser seul, nu, à cru.

Certains ont ouvert une parenthèse dans leur travail du moment pour s'enfermer seuls avec l'animal sauvage, d'autres l'ont intégré dans leurs recherche habituelles.

C'est un galop d'essai pour Entre-les-fils et le résultat est une sincère installation, les œuvres ressemblent aux cavaliers et aux amazones. Les textiles-artistes se connaissent souvent de nom et prenaient samedi plaisir à se rencontrer, à créer des liens et à prendre du poil de la bête.

Parmi celles et ceux qui ont réussi à faire oublier la technique au profit du sens et de la beauté, j'ai particulièrement aimé le rêve gravé/brodé de Muriel Baumgartner, les archives calligraphiées de Catherine Bernard, les “paysages” de Anaïs Duplan, les hautes herbes de Martine Fontaine, la tresse enfantine de Françoise Micoud, les suaires de Gabriel Reis-Mendonça et le cahier de Pascale Drivière !

Toute l'expo et son histoire est visible sur le blog de Entre-les-fils

On peut surement obtenir le catalogue à cette adresse.

des fleurs pour MargueriteTrouville, les Roches Noires, le balcon de Marguerite.

2 avril 2014

Pierre Michon

splendeur et misère

Photo dite

C'est une photo noire et blanche. Un tirage argentique. Avec du “grain”, un tirage de labo personnel. Moirée dans le noir, en bas. Un tirage pour voir, mal séché, racornie.

C'est une photo de spectacle. Frontale. Prise depuis la salle. On est au théâtre. Les cinq comédiens sont alignés : les hommes sont vêtus comme des gangsters ou des flics de films américains, chapeaux, imperméables, lunettes noires. À gauche, un homme armé s'entretient avec un autre, installé sur un curieux piédestal à roulettes, à droite deux autres maintiennent solidement une femme.

Le moustachu à la mitraillette c'est (Philippe ?)  Kersaki, l'homme perché en chapeau blanc, Jo le Maquereau (!) c'est Pierre Michon, pas encore écrivain. Puis il y a Jean-Claude Fal, aujourd'hui brocanteur. La jeune femme en mauvaise posture, je ne sais pas, peut être Christiane Cohendy, une grande dame du théâtre. Le cinquième larron, je l'ai oublié.

On est en 1969 ou 70… C'est une représentation ou une répétition de “splendeur et misère de Minette, la bonne lorraine” un texte engagé de Jacques Kraemer,  l'histoire de la sidérurgie et du minerai de fer, la minette, incarnée dans une jeune fille aux mœurs légères, traitée dans une parabole burlesque dans la tradition de l'Opéra de Quat' Sous. Il est là monté par les frères Kersaki, (Philippe et Alexandre, je crois) du Théâtre d'essai Kersaki, à Clermont Ferrand.

C'est Jean-Claude Chabanne (sans s) qui a pris la photo. Lui et moi on travaille alors sur le décor de la prochaine création des Kersaki, Süd Afrika Amen de Anne Barbey, un spectacle sur l'apartheid en Afrique du Sud. On projette de construire un vaste cirque de tubes pour échafaudage dans lequel les comédiens se mêleront au public.

Mais le Théâtre d'essai Kersaki vit ses dernières semaines, Süd Afrika Amen ne verra jamais le jour.

14 février 2019

petit hommage à mon père

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l'aviateur cloué au sol

Mon père avait volontairement renoncé à parler le 19 juin 1940. Il entrait ce jour là dans l'armée des ombres de la Résistance où la plus grande discrétion s'imposait. Il tint parole jusqu'à la Libération. Il fut cependant relativement peu communicatif par la suite avec sa famille et ses semblables, voire extrêmement silencieux. Il se réfugiait la plupart du temps dans un monde imaginaire dans lequel nous n'étions pas conviés. Il s'enfermait dans la carlingue du Bréguet XIV, baptisée l'avion sans ailes, immobilisée dans le jardin, que Guillaumet lui avait offert à la suite de son crash dans la Cordillère des Andes et qu'il avait aménagée en atelier-bureau.

Il devint Grand Collectionneur. Hormis sa collection de timbres de France, des colonies françaises, d'Andorre et de Monaco ( elle vaut une fortune ! disait ma grand-mère, il les a tous ! ) mon père collectionnait les volcans, les collections et les collections de collections.

La collection de volcans prenait beaucoup de place. Le parc s'étendait de l'est à l'ouest entre Issoire et La Bourboule et du sud au nord depuis Charbonnières-les-Vieilles jusqu'à Besse-en-Chandesse. Au début, les maires des communes concernées avaient eut beau coup de mal à accepter les cônes et les cratères fumants sur leurs territoires et puis, devant le déferlement des touristes et des vulcanologues, ils en avaient rapidement mesuré l’intérêt.

Mon père poursuivit ses activités d'agent secret pendant toute la guerre froide. Je n'avais bien sûr pas le droit d'en tirer une quelconque gloire dans la cour de récréation. Il avait heureusement une couverture, une profession ordinaire, il était gommeur de toisons pubiennes pour le magazine érotique Paris-Hollywood. La censure de l'époque condamnait la publication d'intimités féminines trop fournies : mon père recevait des photographies sous plis confidentiels et avec une infinie patience et une technique hautement complexe, transformait ces triangles buissonniers en territoires défrichés, pubères et asexués.

Un soir, après le repas et la diffusion de l'épisode quotidien de Signé Furax le Grand Collectionneur gagna comme d'habitude la carlingue du Bréguet XIV, baptisée l'avion sans ailes, immobilisée dans le jardin, que Guillaumet lui avait offert à la suite de son crash dans la Cordillère des Andes et qu'il avait aménagée en atelier-bureau. Il mit les gaz, décolla dans l'axe de l'allée du jardin et disparut à jamais. Il me laissait les collections inestimables, sa montre, son couteau et un exemplaire de Paris-Hollywood non censuré.

27 juillet 2018

fiche expo wam créateurs Cahors

wam

Mon expo chez Élodie Chosson à Cahors se termine ce soir

ci après ma petite fiche d'expo

Wam Créateurs, Cahors

nom du lieu ou de la manifestation :

Wam Créateurs, 165 rue de la Barre à Cahors 46000

genre ? (association, privé, etc) galerie privée + shop + atelier

spécialité ? art textile, tout ce qui touche au fil, aux fibres, aux trames, et même peinture et photo si les œuvres ont un rapport avec le thème

site internet : http://www.wam-createurs.com/

description du lieu : beau local blanc 45 avec vitrine sur la rue + grand espace extérieur

quand ? dates d'expo, dates de la manifestation :

des expos régulièrement tout au long de l'année, surtout d'avril à octobre

ouvertures du lieu : quels jours, horaires, respect ?

mercredi, jeudi, vendredi, de 14h30 à 19h et sur rendez-vous

qui s'en occupe ? (nom, contact, compétences)

Élodie Chosson, la galeriste passionnée répond au 06 76 06 67 49

qui garde l'expo ?

elle garde les expos et accueille avec compétences les visiteurs

sélections ? c'est elle qui choisit et invite les artistes

contrat ? verbal appuyé par mails

exigence d'un statut Maison Des Artistes ou autre ? non

autres exigences : aucune

dépôt et retrait des œuvres : à la charge de l'artiste

transport : à la charge de l'artiste

installation : qui installe ? Comment ? l'artiste et la galeriste

assurances : oui

communication : affiches ? cartons ? internet ? qui conçoit la com ?

Élodie conçoit affiches et flyer et communique efficacement par le site de la galerie et son adresse mail / pas de cartons par courrier sauf accord particulier

Vernissage : convivial, frais partagés avec l'exposant

ventes ? pourcentage sur les ventes ? La galerie retient 30 % sur les ventes

et Élodie précise très justement : chère, cher artiste, je compte sur vous pour jouer le jeu le temps de votre exposition chez Wam dans un intérêt commun : il n'y a pas de galerie sans le travail des artistes, mais il y aura de moins en moins de galeries si vous vendez en direct pendant l'exposition.

autres perceptions demandées : aucune

défraiements : non

droit d'exposition : non

droit de reproduction : non

accueil : hébergement ? restauration ? à la maison qui est au dessus de la galerie, si l'artiste est sympa !

Déplacements : à la charge de l'artiste

commentaires (n'engagent que l'artiste exigeant que je devrais être, prière de se faire une idée personnelle)

Wam Créateurs est une jeune galerie (3 ans ) Élodie Chosson suit une ligne (un fil !) cohérente, ses conditions font rêver, non ? et sa galerie est de plus en plus connue, l'accueil est des plus agréables et les soirées de vernissage sur sa terrasse quand le temps est clément sont inoubliables, on y croise des artistes de qualité et on y refait chaque fois le monde !

 

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2 juillet 2016

carte d’identité

Étude documentaire

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C'est une carte d’identité.

C'est une carte d’identité de Français.

Délivrée par l' ̎État Français ̎. Nous sommes en 1944. C'est la guerre.

Le Chef d'État, de l' ̎ État Français ̎, c'est le Maréchal Philippe Pétain.

Le porteur de la carte, avant, était italien : il était venu, comme pas mal d'autres, travailler en France au début du siècle.

Il est français maintenant, naturalisé français, depuis 1930.

Au début, semble t'il, il a signé sa carte d'une croix. Par la suite peut être a-t'il appris un peu à écrire, alors il a inscrit son nom et son prénom, d'une autre encre.

Le préfet des Bouches du Rhone, lui,  il a une super signature, je trouve.

L'italien est en photo sur sa carte, il est photographié de profil, on regarde les gens de profil à cette époque, pas trop de face.

On a tout de même noté son profil busqué, légèrement, mais bon, c'est noté.

On a mentionné le manque de rectitude de son nez.

Il s'en tire bien lui, sa carte ne présente pas la mention juif écrit à la perforatrice spéciale.

La petite notice épinglée a l'intérieur précise bien les choses.

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C'était la France

C'était il y a longtemps, c'était une vilaine période

C'est du passé, c'est de l'Histoire.

Et des histoires.

Mais bon ...

 

 

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8 février 2016

Pierre Soulages

noir

J'ai (enfin) visité la nouvelle cathédrale de Rodez vouée au culte de l'enfant du pays, Pierre Soulages.

Quand on a la chance de voir naître dans ses murs un demi-dieu, on se doit de lui élever un temple ! Et le demi-dieu ayant largement dépassé les chiffres de l'espérance de vie, on peut se dire qu'il est sans doute immortel, que c'est probablement un dieu entier !

Le grand temple du noir est impressionnant comme une cathédrale gothique ! (noire forêt de troncs rectilignes destinée à faire peur, destinée à faire taire)  Les croyants et les incrédules s'y rejoignent et communient ! Nul n'ose dire sa petite sensation contraire, nul n'ose contester le dogme ! L’œuvre du Maître n'est pas contestable en soi, Pierre Soulages a consacré sa vie au noir, c'était son droit, c'était une recherche vraie, une recherche légitime ! Mais l’œuvre ne fait pas l'unanimité, le bon peuple semble dire qu'il n'y comprend rien et qu'en tous cas, il en fait autant ! Et il a bien le droit de penser comme ça, le bon peuple ! Donc, pour qu'il comprenne bien, pour qu'il se range à l'avis officiel, on lui a bâti une cathédrale moderne, contemporaine, ou l'angle droit impose sa dictature ! Une cathédrale noire, le noir c'est l'obscur, le mystère, mais le fini (la page est noircie)

Tout de même il y a une partie blanche dans la cathédrale, une page blanche où les invités peuvent écrire noir sur blanc, un champ de possibles ! Le demi-dieu n'en voulait pas de cette construction ou alors s' il pouvait y recevoir des invités ! Actuellement Sotto y trompe nos yeux de mille couleurs !

 

J'ai visité la toute nouvelle cathédrale de Rodez avec en mémoire un article de Télérama dans lequel Bernard Lahire parle de son livre-essai : Ceci n'est pas qu'un tableau : voici quelques extraits :

... Les émotions que l'on ressent devant une œuvre d'art sont réelles ...

Mais d'où proviennent-elles ? De l'interaction immédiate avec l'objet exposé à notre regard, ou de beaucoup plus loin – de réalités extérieures à cette relation ? Je pense qu'elles sont déterminées par des croyances qui nous échappent parce qu'elles s'inscrivent dans une très longue histoire ...

... En parlant de « magie », je veux rappeler, d'abord, que les objets d'art ont été sacralisés et retirés de la circulation des objets ordinaires. Une place à part leur a été attribuée dans et par le monde social, et cette place est le résultat d'un travail collectif, réalisé par tous les acteurs du monde de l'art : artistes, historiens, critiques, collectionneurs, commissaires-priseurs, État, etc ...

... Que fait un guide touristique lorsqu'il écrit : « Venez admirer Picasso… », sinon nous signaler qu'il existe un lieu spécifiquement consacré à l'admiration ? Et que vient-on y admirer ? Des objets sacralisés. Tout renforce l'aura qui les entoure : le soin avec lequel on les manipule, les gants blancs que l'on enfile pour les déplacer, le prix que l'on est prêt à débourser pour les acquérir, les adjectifs que l'on utilise pour les décrire, la mise en scène des enchères …

... Nous sommes soumis à une forme d'envoûtement qui reste largement inconscient. On ne se souvient plus des raisons pour lesquelles ces objets sont devenus si extraordinaires, des conditions historiques de possibilité de l'émotion artistique ...

Quand un prêtre dit « je te baptise », l'enfant devient chrétien, n'est-ce pas ? Cette puissance de transformation d'un être ou d'une chose en autre chose par la grâce de quelques mots existe aussi en art. Mais avec un degré plus élevé d'incertitude. Car il se trouve toujours d'autres « prêtres » – en l'occurrence d'autres historiens d'art – pour dire : « non ! Ceci n'est pas un Poussin ». Dans le domaine de l'art, la baguette magique est entre les mains de plusieurs personnes… qui ne sont pas toujours d'accord entre elles ...

... mais prendre conscience que l'émotion devant un tableau est rendue possible par une histoire qui s'étend sur plusieurs siècles est vraiment émancipateur : on est moins écrasés par l'obligation d'admirer ; on découvre qu'il est possible d'éprouver de merveilleuses émotions devant des œuvres ou des objets qui, eux, n'ont pas été « autorisés ».

 

ici lien vers l'article complet

 

 

5 mai 2015

Marie Claude

Croquis

Mariclaude-ok

 

Marie Claude fait des collages

les collages de Marie Claude lui ressemblent

comme elle, ils sont colorés et joyeux !

mais discrets toutefois, ils parlent à voix basse, il faut leur prêter l'oreille

ils ont de fréquents fous rires

ils sont dissipés !

Ils habitent près de la Butte aux Cailles

ils ont leurs habitudes au Sélect ( qui ne l'est pas ) à Montparnasse.

Ils ne cachent pas ce qu'ils doivent à François Dilasser

Ils sont une "écriture" et ils ont  pu annoncer, en temps voulu,

la maladie, le désarroi.

Marie Claude fait (faisait) des collages.

Voir : album "les collages de Marie Claude"

8 août 2014

Bissière, le passeur+Louttre

Bissière

 

Bissière, le passeur

J'ai vraiment connu le travail de Roger Bissière à l'expo de la Maison des Arts de Cajarc en 1990. Mes modestes recherches abstraites de cette époque étaient mystérieusement en concordance avec ses peintures, alors que je ne le connaissais pas, ou bien mal en tous cas, que je ne pensais pas à lui à ce moment là. Je me reconnaissais pourtant sous son influence !

Enrichi de la vue des Bissière de Cajarc, j'ai continué mon voyage non figuratif  d'îles en îles en faisant d'infinies découvertes. Bissière a été pour moi, pendant ces traversées, un passeur attentif.

Plus tard, mon amie lotoise Clémentine m'organisa d'abord une ballade autour de la maison de Bissière à Boissiérette, à Marminiac (énormes blocs de pierre taillés dans les bois environnants, pierres levées comme à Carnac, temple de l'amour aux fresques roses, reste de champs de girouettes…) et une exposition non loin de là, à Montcuq.

Un Bissière était toujours propriétaire de la maison, son nom était inscrit sur la boîte aux lettres : M.A.Bissière. Je l'ai invité par l'envoi d'une enveloppe peinte au vernissage de mon expo à Montcuq. Il n'est pas venu. Mais il m'a répondu par retour du courrier, il n'était pas disponible mais il m'invitait à son tour à Boissièrette !

C'était Louttre B. doux géant au physique d'acteur américain, qui me fit visiter pièces par pièce la maison de son père et tous les recoins de son jardin. Trop intimidé pour lui poser les bonnes questions, je respirais néanmoins ce jour là le plus lentement possible avec une application toute particulière pour ne jamais oublier ce moment !

Louttre me parraina en 94 et 95 pour accrocher à Réalités Nouvelles.

 

Un grand choix de tableaux de Roger Bissière sont installés au Musée de Lodève jusqu'au 2 novembre 2014.

L'expo se nomme "figure à part".

 

Bissière2

 Bissière à écrit :

Je ne vais pas dans un musée ou une exposition pour voir des tableaux mais pour y rencontrer des hommes. Mais qu'ils sont rares les hommes.

On rencontre plutôt des prestidigitateurs, si élégants, si aisés… Ils n'ont rien dans les mains, rien dans les poches et ils le réussissent à chaque fois, leur tour.

Chacun son goût.

Moi j'aime mieux ceux qui le ratent parfois. Ceux qui ne font pas toujours le même.

Qui en essayent chaque jour un autre, inconnu, dangereux, au risque de se casser les reins. Ceux qui ne peuvent apercevoir une porte sans avoir envie de regarder derrière, même si derrière il y a des pièges à loup.

Il y aura toujours une place dans mon cœur pour ces œuvres pas tout à fait abouties, oscillantes, mais où je sens passer un instant quelque chose qui me fait penser à un ami.

La perfection, oui, c'est très bien. Mais ça me fait peur.

C'est comme le paradis, rien de plus effrayant.

 Bissière/T'en fais pas la Marie/écrits sur la peinture 1945-1964/Le temps qu'il fait/éditeur

11 mai 2014

Marcel Duchamp et l'Art contemporain

Buren

Marcel Duchamp et l'Art contemporain

Contemporain : définition : qui est du même temps que quelqu'un ou quelque chose.

Art : définition : l'art est une activité humaine, le produit de cette activité ou l'idée que l'on s'en fait, s'adressant délibérément aux sens, aux émotions et à l'intellect. On peut dire que l'art est le propre de l'homme et que cette activité n'a pas de fonction clairement définie.

Donc l'art contemporain c'est bien l'art qui se fait aujourd'hui, pas celui d'hier, ni de demain. Donc j'en suis, nous en sommes ! Il suffit d'être vivant aujourd'hui, de barbouiller n'importe quel sous bois avec biches ou d'installer un urinoir à l'envers sur un socle pour être un artiste contemporain ! Je suis contemporain, forcément !

Autre définition : art contemporain : ensemble des courants artistiques depuis 1945 jusqu'à nos jours (variante : depuis 1960 jusqu'à nos jours)

Dans l'Histoire de l'Art, l'Art Contemporain succède à l'Art Moderne.

Les attaques que subit l'Art contemporain ne datent pas d'hier ! (arnaque, délire d'artistes, assassin de l'Art d'avant et du métier, élitiste, etc.) Ceux qui n'en sont pas me semblent les plus virulents pour en condamner les artistes.

Les attaques que subit l'art qui se fait ponctuent l'Histoire de l'Art ! (Manet, son Déjeuner sur l'herbe, son Olympia, les Fauves au Salon d'Automne, etc.)

Pour certains ce serait Marcel Duchamp qui aurait commencé, qui aurait mis une belle pagaille (dans les années de guerre, de 1913 à 1917 !) en posant avec pas mal d'humour la question que personne ne se posait : l'Art ? C'est quoi ?

Depuis quelques uns affirment aujourd'hui que l'Art contemporain ne serait pas de l'art !

Bon, moi j'ai envie de défendre Marcel Duchamp ! Et l'Art contemporain !

DuchampMarcel Duchamp (qui est en 1917 un artiste, reconnu comme tel, avec son nu descendant un escalier) choisit un objet (un urinoir) l'installe à l'envers sur un socle, lui appose une signature et une date (R.Mutt, 1917), lui donne un titre (Fontaine) et le propose pour exposition dans un lieu destiné à l'Art.

Les réactions ne vont pas tarder ! Sa Fontaine est refusée ! Ce n'est pas de l'Art ! Marcel est ravi, c'est la question qu'il voulait poser, la galerie lui donne une réponse.

Il y a aussi ceux qui disent alors le contraire : c'est une œuvre d'Art véritable, son refus est une censure !

Pour savoir qui a raison, il va donc falloir  tenter de définir ce qu'est  l'Art !

Les “pour” disent : il est reconnu comme artiste, il n'a pas rien fait, il a choisi l'objet et il l'a transformé en le retournant, il l'a détourné de sa fonction première, il l'a signé, daté, reconnu, il le destine à l'exposition dans un lieu consacré : ce sont les gestes que font tous les artistes : choisir, transformer, assumer une pensée, une idée en l'exposant.

Les arguments contraires tiennent aussi, la question n'a pas de réponse, elle se pose encore aujourd'hui cent ans plus tard.

Elle dit en même temps que désormais tout est possible ! Marcel invente la liberté !

 

Plaidoyer pour L'Art contemporain :

L'Art contemporain se fabrique ainsi aujourd'hui parce qu'il ya eu un art hier et avant-hier, il se fait en continuité ou en ruptures, il n'ignore rien de l'Histoire de l'Art !

L'Art contemporain utilise les moyens d'aujourd'hui, comme chacun dans sa vie quotidienne (aujourd'hui on peut utiliser un téléphone portable ou écrire une lettre)  il a inventé de nouvelles techniques, de nouveaux matériaux, conservé certaines, abandonné d'autres !

L'Art contemporain est imprégné de son époque, il témoigne de son temps, de son absurdité, de sa violence, de sa poésie. Il parle de la vie, de la mort et des grands thèmes humains !

L'Art contemporain est vert, adolescent ! Il n'est pas mûr ! C'est un art en recherche, donc il présente des excès, des expérimentations, des provocations ! Le temps, seul juge, fera le tri !

L'Art contemporain abolit les frontières entre les arts ! L'artiste d'aujourd'hui fait appel tour à tour aux arts plastiques, aux arts vivants, au théâtre, à la danse, à la vidéo, au cinéma, à la littérature, etc.

L'Art contemporain est parfois difficile d'accès, il faut du temps et des efforts pour le comprendre, comme pour comprendre et découvrir une personne (ou soi même) et s'en faire un ami ou un amour !

L'Art contemporain est quelques fois éphémère, se transforme, disparaît et ne laisse que des traces dans la mémoire. Comme tout ce qui vit, il est mortel ! Même la Joconde est mortelle !

L'Art contemporain a de l'humour ! Il exacerbe aussi nos émotions, crée des perturbations, des indignations, il ne laisse pas indifférent !

L'Art contemporain sort de musées, des galeries, de tous les “temples”, de toutes les “chapelles” pour s'installer dans la rue et la campagne où chacun peut le rencontrer !

On a sacrément avancé depuis Marcel Duchamp ! L'Art d'aujourd'hui n'est plus seulement défini par les trois termes : Beau, vrai et bien fait ! L'esthétisme n'est pas suffisant, la représentation, la ressemblance peuvent être remises en cause, la technique n'est plus primordiale.

L'art d'aujourd'hui est libre ! On peut faire ce qu'on veut, comme on veut, comme on peut ! Quel liberté de pouvoir faire ce métier et de pouvoir montrer tant bien que mal ! Quel bonheur d'en avoir le droit ! Daniel Buren peut continuer à rayer notre quotidien, Balthus et Lucian Freud ont pu peindre devant un chevalet !

Mais il faut rester vigilant, car bien sûr la liberté est infiniment subversive !

C'est peut être vrai que la DRAC finance certains et pas les autres, les politiques ont choisi les avant-gardes pour ne pas se tromper comme Napoléon III et rater le prochain Manet ! Mais ça ne marchera pas ! Le temps fera le tri ! Quand nous ne serons plus contemporains !

 

 

 

 

 

 

8 mai 2014

Jean Estaque

Estaque

 

Portrait présumé de Jean Estaque

Jean Estaque taille tout ce qui passe à proximité de son canif (toujours un couteau dans la poche, un canif de scout attaché avec une chainette) les manches des pinceaux, ceux des cuillères en bois, les porte-plume, le moindre bout de tilleul devient un bonhomme, un bon homme avec des yeux immenses et naïfs comme ceux des portraits du Fayoum. Il grave les ardoises d'écoliers jusqu'à les percer pour nous montrer le monde peu sérieux caché de l'autre côté.

Jean Estaque fait, avec tendresse et insolence, de petites sculptures, des jouets d'enfant, pour réveiller notre communale et activer les picotements de nos genoux couronnés, des voitures, des bateaux, (celui-ci plein de poupées noiraudes en hommage aux victimes de Lampedusa) des sculptures polychromes comme les chapiteaux de Sainte Austremoine à Issoire, des petites sculptures pour les avoir toujours sur soi, dans les poches et se les faire confisquer à la récrée.

Jean Estaque est un autre moine, il croit en Dieu, il croit aux dieux, mais pas n'importe lesquels, les siens. Il les invente et il les fabrique. C'est plus sûr, quand on connaît ses saints, on les honore. Il taille donc ses propres saints et il les traite de tous les noms : Honoré, Bouton, Doigts, Christophe, Blé (celui qui exauce les désirs de beurre et d'argent du beurre), Réunion (celui qui favorise les rassemblements).

Le soir, Jean Estaque ouvre leurs reliquaires, pille leurs tirelires, vide les troncs. Il capture les canonisés et leur introduit des pailles dans les orifices, leur fait des chatouilles sous les bras et leur promet les enfers ! Sorcellerie ! Me direz-vous ! Peut être. Mais on a bien le droit de penser libre !

Avec les pièces récoltées Jean Estaque achète sur les brocantes les éditions rares de Maupassant. Jean Estaque est éditeur, il publie Maupassant : avec application et un pinceau sculpté à six poils ou un porte-plume surmonté d'un hussard il recopie fidèlement les nouvelles de Maupassant avec une belle écriture anglaise scolaire et dodue. Il calligraphie avec amour les pleins et les déliés à l'encre blanche sur des fonds de nuit ou de pénombre. Jean Estaque recopie en tirant la langue les meilleures passages de Boitelle, de la Maison Tellier, du père Amable, de Mademoiselle Fifi et au milieu du texte il colle les personnages de la nouvelle, deux ou trois figurines sculptées hautes comme un paragraphe, au garde-à-vous dans leurs couleurs du dimanche (robes fleuries, rouge aux joues, complets vestons et souliers vernis) Ils se présentent, ils vont jouer la pièce ou ils saluent, lecture faite, rideau !

Maupassant adore ! Et pour remercier Jean Estaque, flanqué de Leloir et de Mirbeau, il l'emmène régulièrement prendre un verre à la Feuille de Rose, Maison Turque de réputation.

Jean Estaque expose à Rodez, du 7 mai au 13 juillet à la Médiathèque et à la Menuiserie

 

La Menuiserie, chez Jeanne Ferrieu, rue du 11 novembre, comme son nom le dit, est une caravelle du temps de la marine en bois, pas une brique, que des planches ! Embarquement garanti !

La médiathèque est une médiathèque, au centre ville, en face de l'Hôtel de Ville.

 

5 mai 2014

Banyuls Maillol

 

Le Rio1 et 2

Banyuls,

Vallée de la Roume, 1963

Dans les années 50, les parents nous envoyaient chaque été en colonie de vacances, quelques fois sanitaires donc salutaires pour les gamins du baby-boom de l'après guerre. Ensuite les “camps d'adolescents” prenaient le relais.

Cette année là, nous étions installés sous des marabouts et des tentes militaires au bord du lit sec d'un “Rio Grande” tout près de Banyuls dans les Pyrénées Orientales.

Le Rio était provisoirement absent de son lit mais l'on savait qu'au prochain orage il dévalerait des collines pour passer sous nos fenêtres de toile.

Régulièrement on nous octroyait une liberté de quelques heures. On nous lâchait en ville ou dans la campagne autour du camp. A cette occasion je remontais chaque fois de plus en plus haut le lit de cailloux du ruisseau immobile avec un camarade silencieux dont j'ai depuis oublié le nom et le visage.

Je me souviens de ce jour ou nous étions parvenus assez loin dans la garrigue, notre attention fut attirée par les taches claires d'un mur au travers de la végétation. Une maison se trouvait là, avec des parties ruinées, écroulées et pillées et d'autres aux portes et volets bouclés. La végétation l'envahissait et rendait l'exploration peu aisée.

Il me semble me souvenir qu'au travers des volets clos et sous les portes bloquées une “charge”, un mystère se glissaient et que l'on entendait une musique, les bruits d'une activité silencieuse et des conversations muettes. Je n'en sais rien, en fait. Il est probable que notre imagination d'explorateurs en culottes courtes organisait ce concert. Il n'est pas impossible aussi qu'aujourd'hui, sachant toute l'histoire de ce domaine refermé et dormant, j'invente  le souvenir de ces musiques.

Bien plus tard, dans les années 80, je suis retourné à cet endroit, par la petite route cette fois. Je n'ai pas eu de mal à retrouver la maison. Elle était en travaux : on avait entrepris de la dégager de sa jungle, elle serait bientôt complètement restaurée. Je sus ce jour là qu'on avait dérouillé les persiennes, vernis les portes, arrangé l'intérieur pour y accueillir de belles dames nues aux corps de bronze. On préparait enfin le retour d'Aristide Maillol à la Métairie ! Bientôt Dina descendrait le chemin, pieds nus, et bientôt débarrassée de sa robe rouge prendrait la pose.

Quand j'ai pu enfin entrer en visiteur dans la maison/musée de Maillol, il y a peu, j'ai découvert que le vieil Aristide était enterré là, dans son jardin, sans doute depuis sa mort en 1944. Lors de notre intrusion de 1963 j'aime croire qu'il nous guettait sous les buissons de figuiers sauvages.

Maillol, de la ligne au volume. Le musée Toulouse-Lautrec, à Albi, en collaboration avec la Fondation Dina Vierny, Musée Maillol, Paris, présente une exposition de dessins et de sculptures d’Aristide Maillol (1861–1944, Banyuls-sur-Mer) pour célébrer le 70e anniversaire de la mort de l’artiste. Exposition du 5 avril au 22 juin 2014

 

 

 

 

 

10 mars 2014

Patrick Laroche

 

Patrick Laroche

Espace Culturel à Rignac Mars avril mai 2014

 

Patrick Laroche expose des dessins de nus, la plupart de format carré ou proche du mètre carré, dessins au fusain, carrés Conté, encre, peinture en aplats ou en lavis, sur du papier, blanc ou kraft.

Des dessins, du dessin. D'après le modèle, immobile et vivant, nu, nue. Quelques fois d'après des photos du modèle, il me semble.

Sacrée école le dessin de nu ! La quête d'un idéal de beauté antique, la mise en œuvre d'idées de perfection anatomique, d'harmonie universelle, concepts bien démodés, ou recherches expressionnistes ou l'humain sera montré dans toutes ses réalités.

Un exercice très “Beaux Arts” en tous cas ! Nous sommes tous d'accord, anciens des Écoles d'Arts, pour dire que nous avons “appris à dessiner” avec le modèle  (oh ! combien !) vivant, retouchant des heures durant le dessin de la ligne d'un sein, du galbe d'une hanche !

 Le dessin de nu fascine.

La “façon” de Patrick Laroche est classique, certes,  mais pas académique. Bien sur, le souci est de dessiner juste, de bien respecter les proportions du corps, les directions, le mouvement stoppé pendant les courtes ou longues minutes, poser sur le papier ses connaissances en anatomie, transcrire le modelé, la lumière et les ombres, les valeurs qui font les muscles.

Mais Patrick Laroche “pousse” quelque fois une épaule, élargit un bassin, découpe les mains ! Il appuie un noir pour creuser une attache, rehausse un dos d'un coup de blanc sur le kraft. La ligne danse, serpente, calligraphie, frime même ! La pierre noire cherche sa place en caressant la surface puis vite le trait plus noir traverse la feuille, affirme le “caractère” de la pose. C'est un dessin de boxeur en outre, ou de danseur, concentré mais rapide, contrôlé et spontané à la fois.

De plus, des fonds, noir de graveur, pour découper le corps, un horizon.

Le beau dessin est posé, il se suffit, je trouve.

Patrick Laroche pourrait en rester là.

 

Mais il ajoute.

Il travaille quelques fois sur des papiers préparés, avec des collages sur lesquels viendra s'installer le dessin.

Il ajoute, ça et là, une marque colorée insolite, qui capte le regard, détourne la lecture, un signe que l'on cherche à déchiffrer, un néon de jaune qui limite un noir, un très petit choc de pinceau bleu, une ligne large sur un bord qui casse la figure au carré, qui lui bousille ses angles droits…

Je me suis demandé pourquoi ces ajouts.

Pour “sortir” du dessin, annoncer un désir de peinture, pour “moderniser” son travail, le rendre moins classique, plus “contemporain” ?

Je l'ai entendu évoquer de vieux tics de graphiste… Hum ! Ça ne me suffit pas !

 Détail : la signature est étudiée, travaillée. Elle occupe en petites lettres espacées toute la largeur du dessin, en bas, et elle subit les mêmes tics du graphiste.

Pour ma part, je trouve que Patrick Laroche dessine trop bien. Et tous les beaux dessinateurs d'aujourd'hui dessinent trop bien. Titouan Lamazou, puisqu'il a été évoqué au vernissage, dessine trop bien.  Et ils prennent le risque de dessiner tous pareil.

Patrick Laroche renonce quelques fois au modèle nu pour dessiner des animaux à poils, vaches, ânes, porcelets ! J'aurais envie de lui passer commande : “Patrick, dessines-moi un mouton … de la main gauche …”

 

 

 

patrick laroche

 

 

10 mars 2014

Alain Ballereau

 

 

 

Alain Ballereau

Centre culturel du Sacré Cœur à Montricoux 82800

Du 8 mars au 13 mai 2014

 

Qui ne voit dans les tableaux d'Alain Ballereau que des paysages ne voit pas l'essentiel, la peinture ! Si l'on fait pivoter d'un quart de tour chaque composition, le paysage s'enfuit, la peinture le remplace !

 D'ailleurs Alain Ballereau ne peint pas au mur ou sur un chevalet, il me semble, mais au sol, au beau milieu de l'atelier et tourne autour de ses carrés de papier : ses tableaux n'ont donc ni haut, ni bas, tout au plus quatre points cardinaux. (Alain Ballereau entreprend alors, pour peindre, une longue marche, ou une danse, tout autour de son tableau).

 Mais quand il les installe au mur (il faut bien les installer au mur un jour) il est alors contraint de leur trouver un sens et il choisit de montrer le paysage. Ou peut être découvre-t-il vraiment à ce moment là le paysage qu'il a peint pendant sa marche ! Et je peux penser qu'il le déplore, car il est peintre ! Et il aimerait bien, peut être pouvoir ne nous montrer que la peinture ! D'ailleurs ses peintures n'ont pas des titres de paysages, mais des numéros ! Ce ne sont donc pas des paysages ! Ce sont des peintures ! La peinture est bien là, on peut ne voir qu'elle ! Et elle donne envie de caresser le tableau (Le céramiste Jean Pierre Chollet admirait avec moi la “qualité des surfaces”)

 La démarche est simple et c'est celle de tous les peintres : installer sur un format des formes, des couleurs, des valeurs, des matières.

Les gestes sont peu nombreux mais suffisants : traverser vivement le support de larges brossées de couleurs, contempler les diffusions dans les trop mouillés, soulever le papier pour accompagner les coulures, le replier sur lui-même avant qu'il ne soit sec, appliquer, aussitôt décoller pour avoir la découverte, la surprise magique des estampeurs, presque rien, un “vocabulaire” ordinaire !

 Et au mur, dans la verticalité, tous les éléments se soumettent à la gravitation et s'installent pour “faire” le paysage ! Un noir bien lourd coule vers le bas pour faire le poids, le blanc plus léger que l'air est maintenant un ciel par-dessus les toits, à la moitié presque (fi des “règles” des tiers !) un gris négocie une liaison. Dans l'échancrure du noir, en plein milieu, (fi des “règles” du milieu !) un rouge de ballon rouge prend la vedette, dans lequel certains ne verront qu'un soleil d'enfant qui ne disparaitra jamais derrière aucun horizon. Les coulures du blanc dans le noir ont délimité des arpents de cultures ou des constructions : Alain Ballereau peint des jours, des nuits (quand le noir consent à rester en haut) des jours/nuits dans lesquels le soleil a rendez-vous avec la lune, des plaines de retraite de Russie, des Monuments Valley, des ciels gris d'hiver sous des canicules et même des couchers de soleil de ballon rouge !

 Chaque pièce de la série exposée ici avoisine le mètre carré, Alain Ballereau peint volontiers plus grand, mais il réussit à chaque fois l'exploit de la "grandeur nature" : même la plus petite reproduction dans ses catalogues nous semble mesurer 6 x 6 mètres !

 Détail : la signature est en bas, minuscule, comme un insignifiant brin d'herbe…

 Bissière se disait “non figuratif”, refusait l'étiquette de l'abstraction. Je ne sais s'il acceptait celle de “paysagiste abstrait”.

Alain Ballereau, à mes yeux, est par là, brossant des paysages sans vraiment les décréter, comme en “arrière pensée”, nécessaires sans doute pour que tous puissent randonner dans ses tableaux, mais pas forcément, toutefois, car pour moi le véritable sujet de ses tableaux, c'est (belle et bien) la Peinture ! (avec la majuscule).

 

 

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Alain Ballereau 12.261 100x100cm acrylique sur kraft

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17 octobre 2018

expo Yvonne Calsou

entrez libresYvonne Calsou expose sur ENTREZ LIBRES !

Elle raconte ses encres :

Ici, maintenant est une série d’encres réalisées au sein de l’EPHAD de Catus lors d’une résidence artiste en 2014 avec les ateliers des Arques.

Pendant 3 mois, 3 jours par semaine, je me suis installée dans la salle d’animation pour réaliser des encres de très grands formats. Derrière ce coté un peu performatif, je souhaitais provoquer des rencontres et des occasions d’échange.  Mon intention initiale était d'explorer le temps si particulier du passage du jour à la nuit. Mais très vite j’ai découvert que la salle où je travaillais devenait chaque matin le lieu de regroupement des personnes atteintes d’Alzheimer. Mon travail en a été fortement influencé. 

Ici, maintenant présente  à coté de paysages crépusculaires, des matins brumeux où l’effacement du motif par le retrait de l’encre laissent réapparaître le blanc de la feuille.

Ces paysages suspendus entre deux temporalités sont une invitation à visiter nos paysages intimes, à méditer sur notre propre rapport aux temps. 

cliquez ici pour voir l'expo

17 juillet 2014

Ernest Pignon Ernest

photo

Ernest Pignon Ernest, hors les murs

 

J'aurais bien aimé croiser Arthur Rimbaud, avec son veston sur l'épaule, adossé à un vieux mur lépreux dans Paris. Rimbaud ou des lambeaux de Rimbaud, des restes de papiers déchirés par le vent et les pluies, sérigraphies collées par Ernest Pignon Ernest. Ou Maurice Audin dans les rues d'Alger, ou les communards assassinés, Pasolini de même, les expulsés, etc.

Ernest Pignon Ernest dessine (comme les Grands, les Michel Ange, les Léonard !) les poètes maudits, les condamnés et les inconnus, grandeur nature, debout, en situation, et colle ensuite la reproduction sérigraphiée du dessin sur les murs où ils vivaient, les cours des prisons où ils mouraient, dans les impasses où ils ont disparu, dans les cabines téléphoniques où ils se réchauffaient.

A défaut, j'ai vu dernièrement les grands dessins au fusain et à la pierre noire d'Ernest, les originaux, les études avant leurs sorties dans la rue, les ruines, les soubassements humides, les cages d'escaliers démolies.

En exposition, dans un musée bien propre aux murs impeccables, sous vitres, avec des cartels qui indiquent la date, la technique et “étude pour”. Et à côté, sur aluminium, les clichés luxueux du collage en situation à Soweto ou ailleurs, avec les gens qui passent, les gamins qui se bousculent pour être sur la photo.

Bon, c'est mieux que rien. Ce n'est pas la vraie rencontre avec les fantômes dessinés, mais c'est une sacrée leçon de dessin !

Pignon Ernest dessine très “Beaux Arts”, classiquement, académiquement pourrait-on dire, fusain, pierre noire sur du papier blanc, estompage les mains toute noires, cherche les lumières à la gomme mie de pain (il a une gomme qui fait des rayures claires, des hachures dans le noir et qui crée donc des gris, des demi-teintes !)

Il interroge l'Histoire de l'Art, copie le Caravage et les Maîtres dans les musées, tout ça est très démodé, limite ringard !

Puis il reproduit ses dessins avec les moyens d'impression actuels pour les installer ensuite non pas dans une galerie aux parquets flottants mais sur les façades les plus reculées, sur des murs de fusillés dans des recoins d'Histoire !

Et ceux là qui n'entrent jamais dans les temples de la Peinture voient ses héros de papier, les reconnaissent parce qu'ils sont des leurs et les saluent !

Cette sortie du dessin dans la rue, dans la vie, est une démarche infiniment militante, politique et contemporaine !

Et Rebeyrolle, qui dessine comme son chien, contemple son invité avec un sourire malicieux.

 

Ernest Pignon Ernest, “Hors les murs”, Espace Paul Rebeyrolle à Eymoutiers 87120

Jusqu'au 30 novembre 2014

30 août 2014

Femmes gravent

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Femmes gravent !

À l'Échappée, notre lieu d'expo à Villeneuve sur Vère, nous avons réuni quatre femmes qui n'ont pas peur du noir, qui rayent le métal pour tirer sur le papier blanc quelques chefs d'œuvre d'encre !

 

L'une des techniques de gravure (il en existe plusieurs) consiste tout d'abord à entailler une plaque (de métal la plupart du temps, cuivre, zinc, acier, mais aussi tous autres matériaux qui le permettent)  

Pour ce faire tous les moyens sont bons : des outils, comme une simple pointe sèche, des burins de toutes sortes, mais également divers produits "mordants" capables d'attaquer le métal sur une même faible profondeur.

Ainsi "creusée" la plaque est grassement recouverte d'une encre qui ira se loger au creux des sillons. Il restera à l'essuyer en surface en prenant soin de ne pas vider ces tailles.

La presse du graveur est une table qui circule entre deux rouleaux : on y dépose la plaque, on place par-dessus une feuille de papier humide. La pression doit être suffisante pour "démouler" l'encre contenue au fond des tailles et ainsi reproduire le dessin sur le papier. On recommence le processus pour chaque tirage.

 

Martine Bénabou, Françoise Berthelot, Bilitis Farreny et Marité Fournier gravent !

Marité Fournier utilise la gravure pour dire son attachement au paysage, aux saisons, aux grands arbres d'hiver et à la nuit. Ses aquatintes sensibles, doucement colorées, descendent les escaliers de Gentilly, font les brumes ou les canicules au-delà des persiennes.

Bilitis Farreny travaille au noir ! Ses "bêtes" bienveillantes aux oreilles pointues, au pelage de velours ne réussiront pas à peupler nos cauchemars, ni les cheveux de pointe sèche de ses personnages de contes. Un soleil écarlate vient envahir certains de ses tirages.

Martine Bénabou, dont on pourrait qualifier la démarche de "contemporaine (mais elle sait comme moi que cela ne veut rien dire) joue avec l'idée de percée, de trou, de fenêtre, de matière et d'absence, de lointains et de proximités, d'ombres et de soleils.

Françoise Berthelot, qui utilise aussi la presse à gravure pour coller, retrouve le vocabulaire de formes de ses assemblages : le cercle des Peaux-Rouges et ses fils tendus, leurs "plumes". Les diagonales de ses compositions font se lever un vent en rafales qui emporte le trait. Ses tirages sur papiers antiques jaunis nous embarquent également !

 

C'est une expo brève : du samedi 30 août au dimanche 7 septembre 2014

L'Échappée est ouverte de 15h à 18h30 les samedis et dimanches,

Sur rendez-vous les autres jours : 05 63 56 87 43

On "vernit" l'installation vendredi 5 septembre à partir de 18h.

(on partage vos spécialités salées ou sucrées, nous on s'occupe des boissons!)

25 janvier 2015

Chroniques jardinières

chroniques jardinières

Chroniques jardinières

Allées et venues

 

- Dites-moi, ce sont...

- Ce sont ?

- Ce sont de mauvaises herbes !...

- Quelques graminacées, tout au plus, rien de bien méchant…

- Tout de même… Ce sont de mauvaises herbes…Et cultivées, en plus ! Vous cultivez des mauvaises herbes !

- Oui…

- C'est interdit ! Si vous vous faites pincer, vous allez vous retrouver en cabane !

- Vous savez, avant, je les arrachais, je faisais comme tout le monde, je sarclais, je binais…

Et puis un jour, je suis tombé sur une mauvaise graine…

- Dans un sachet de contrebande !

- Que j'avais acheté au marché noir ! Oui, c'est ça ! Un passager clandestin !

- Qui vous a demandé une terre d'asile !

- Je ne pouvais quand même pas le dénoncer ! Et voilà le résultat !

- Je vais vous faire une confidence… Un jour, moi aussi, j'ai recueilli un chiendent perdu…

- Non !

- Si ! Et j'ai aussi un carré… d'herbes…

- Des mauvaises ?

- Oui ! De la sarclure !

- De l'ivraie !

- Oui, c'est ça ! Des exclues, des sans-papiers, que tout le monde repousse !

- Et qui repoussent !

- Menacées du désherbant !

- C'est vrai que ce sont des herbes folles !

- Mais ce n'est pas une raison !

- Non ! Ce n'est pas une raison pour nous les couper sous le pied !

- Sous prétexte que leurs binettes ne nous reviennent pas !

- Bon, c'est vrai qu'elles sont quelque peu envahissantes !

- Oui, mais c'est tellement bien un carré d'herbes…

- Oui, c'est bien, pour marcher dans l'herbe !

- Et pour les déjeuners sur l'herbe ! Mais dites-moi, vos légumes… ils ne sont pas au courant ?

- Certainement pas ! Ils le prendraient très mal !

- Sûrement ! Les légumes sont racistes pour la plupart !

- Ils supportent mal que l'on piétine leurs plates bandes !

- Ils sont un peu terre à terre, c'est vrai !

- Moi-même, j'ai eu beaucoup de mal à leur faire admettre la cohabitation avec certaines variétés exotiques. Les pois surtout ! Ceux là, ils n'en foutent pas une rame et ils sont toujours à critiquer !

- Le chou est raciste !

- Parce qu'il est bête, en fait ! Le topinambour, aussi !

- Oh ! Oui ! Le topinambour est resté très pétainiste !

- Et le brocoli !

- Alors là, c'est un comble, le brocoli, il ne parle même pas français, le brocoli !

- Et les radis ! Mes radis roses ne supportent pas les noirs !

- Vous faites comme moi, je suppose ?

- Que voulez-vous dire ?

- Vos mauvaises herbes, pour ne pas être repéré, vous les cultivez…

- Dans mon jardin secret, bien sûr !

 

 

23 juillet 2017

tour de France

 

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" les voilà ! "

Quand j'étais gamin, dans les années 50 et 60, en juillet on ne manquait pas d'aller voir le Tour de France quand il passait à proximité ! Et dans mon coin d'Auvergne le rendez-vous avec les Géants était sur les redoutables pentes à quelquefois 12 %, voire 14 % (!) du célèbre Puy de Dôme. Je souviens particulièrement de la montée contre la montre du Tour de 1959 : chaque coureur est suivi de sa voiture pleins phares, sur le pare-choc de laquelle son nom est inscrit en grosses lettres rouges ! J'ai 11 ans, je suis bien installé dans un virage des derniers kilomètres. J'ai sur la tête un chapeau en papier Chocolat Menier ou l'équivalent en coiffe d'indien Chicorée Leroux ou une visière en carton Orangina tenue par un élastique ! Mon oncle Joseph, qui m'a conduit jusque là, dort dans fourré, il a travaillé de nuit, il rate le passage de Henri Anglade, Roger Rivière, Jacques Anquetil, Raphaël Géminiani, André Darrigade, Charly Gaul, Jean Robic, Louison Bobet, Fédérico Bahamontés et tant d'autres ! Plus tard dans l'après-midi, empoignades terminées, ( Bahamontès a pris le maillot, il va gagner ce Tour ) ils regagnent le pied du volcan, seuls ou par petits groupes. Charly Gaul, un pied sur le cadre de sa bécane, descend tranquillement tout en pissant au regard de tous !

Ce soir je noterai le nom du vainqueur de cette étape sur la carte du Tour offerte par le journal La Montagne, celui du maillot jaune et celui du vert !

J'ai vu Raymond Poulidor et Jacques Anquetil en 1964 aux coudes à coudes dans les derniers tournants et le limousin s'envoler, mais trop tard ! J'y étais !

D'autres fois on partait dans la Juva IV du Dédé Béal avec Gilles, le soir, il fallait être rentrés à vingt heures précise pour voir en noir et blanc le résumé de l'étape à la télé, précédé de la pendule en spirale et de la musique de l'Eurovision !

C'était le Tour ! Il y avait du Pschitt Citron ou orange dans les bidons des champions, enfin c'est ce que l'on croyait . Et puis il y a eu en direct la mort de Simpson sur la route du Ventoux en 1967 …

Aujourd'hui rien n'a changé, la caravane est peut être un peu plus longue, un peu plus bruyante et klaxonnante, les chapeaux en papier ont disparu, on élargit les petites routes de nos campagnes pour que de plus en plus d'aficionados puissent garer leurs innombrables camping-cars et participer à l'attrapage en vol des cadeaux publicitaires ! On coupe des arbres si nécessaire, on piétine quelques zones humides. Il y a toujours du Pschitt citron ou orange dans les bidons des coureurs, sans doute beaucoup plus vitaminés, il y a une escadrille d'hélicoptères au dessus du peloton et la grande fête populaire est toujours aussi populaire.

Samedi la caravane et le Tour passent par mon village, traverse le jardin, la maison, le passage entre la cuisine et le salon est bloqué de 12 heures à 17 heures, un agent passionné de vélo interdit la traversée ! Cette fois je n'y vais pas, je ne vais pas voir le Tour, lendemain du 14 juillet, je reste dans mon atelier douillet ...

 

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15 avril 2020

lièvres de mars

lièvres de mars

journal du confinement mars avril mai 2020

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dimanche 15 mars nous allons voir ensemble les jardins refleuris et le naufrage du vieux monde lundi 16 mars sept lundis se faufilent dans la ville interdite / la semaine est annulée mardi 17 mars Robinson dans la rue / le dernier piéton de midi traverse le silence mercredi 18 mars déjeuner clandestin sur l'herbe / l'ennemi invisible de nos cordes vocales nous cherchera en vain jeudi 19 mars la bataille est lointaine / le front en est ailleurs / les nuages qui nous parviennent sont immaculés vendredi 20 mars la fin du monde provisoire va inventer les fenêtres et les balcons qui s'ouvrent sur l'insolente clarté samedi 21 mars après la guerre / juste armistice signée avec l'ennemi minuscule / les temps perdus seront rattrapés dimanche 22 mars contre les décomptes déprimés nous avons des matins florissants / nous élevons des barrières de musique

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lundi 23 mars et si d'aucun monde nous ne vivions la fin / si le vieil ordre ressortait de ses bunkers / si aucune couleur nouvelle n'avait été créée ? mardi 23 mars viendra le temps des trafiquants de panacées dressant leurs chapiteaux de pharmaciens et le retour aux fenêtres des clameurs de poésie mercredi 25 mars aux confins de nos antiques bastilles nous ouvrons de nouvelles fenêtres et accrochons nos peintures aux murailles virtuelles jeudi 26 mars un guerrier repenti veille sur la vitrine du 84 / Rimbaud y oublie en douce une saison en enfer que nul ne verra vendredi 27 mars les bêtes des fossés les oiseaux des berges les louves les renardes débarrassés des hommes se rapprochent du cœur des villes samedi 28 mars le geai nous tolère sur son territoire et accepte nos bectances / en rase motte au dessus de nos têtes souligne ses frontières dimanche 29 mars nous ferons de leurs dérogations des bateaux de papier / déposés sur le miroir du fleuve ils feront le tour du monde de nos peurs

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lundi 30 mars seules réponses de nos capitaines à nos cauchemars / nos rendez-vous avec les arbres sont réglementés / qu'auront-nous plus jamais ? mardi 31 mars le monde est donc un labyrinthe minuscule et fermé / l'issue sera de se réveiller sur un fragile matin de regain mercredi 1er avril les jours affichent une obscurité éclatante / blottis sous nos nuits blanches nous dormons au centre du temps détraqué jeudi 2 avril que sont devenus les guerres et les éruptions / les mariages princiers les luttes rouges et noires / à quoi rêvent nos voisins ? vendredi 3 avril monter plus haut sur un sentier de moutons / s'allonger sur le dos / rejoindre tellurique la civilisation fiévreuse samedi 4 avril aucun rivage salubre en vue / notre radeau médusé ne peut accoster / l'océan de nos lits insubmersibles est infini dimanche 5 avril notre besoin de sauvage remonte la rivière comme un Gauguin clandestin à la recherche des fontaines primitives

 

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lundi 6 avril nous déplions nos permissions dérisoires / les gardiens bleus avancent masqués / nous avalons en silence nos soupes de révoltes mardi 7 avril je souhaite que la grande lézarde qui ouvre la carcasse de leur Titanic doré l'envoie par le fond et que surnage une belle liberté mercredi 8 avril nos prisons admises nous encerclent / s'évader est déjà notre obsession unique / désarmés nous trafiquons nos maigres possibles jeudi 9 avril un mètre étalon sépare les animaux du carnaval / masqués de leurs craintes / un faux nez de clown arbore son fragile détachement vendredi 10 avril l'ennemi c'est l'autre / il sourit le traître il dit bonjour monde nouveau solidarité poésie et il change de trottoir samedi 11 avril nous sommes à quelques lunes de l'age d'or / nous aurons du pain doré comme les filles sous les soleils d'or / Léo va rater tout ça dimanche 12 avril piétons étonnés nous écoutons le silence gris / il n'est pas intégral / on ne perçoit qu'une absence de bruits

 

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lundi 13 avril le provident de la république est une grande personne qui nous indique le cap à maintenir / sa boussole est rouillée d'incertitudes mardi 14 avril nous devrons repousser nos frontières / nous devrons reprendre le pouvoir des mots / quels vont être nos colères nos courages et nos liens ? mercredi 15 avril le port et la date probable de l'accostage sont en vue / mais la peste est à bord et nous caressons les rats jeudi 16 avril nous rêvons de terrasses caniculaires et de gargotes au clair de lune / forums pour y asseoir nos moindres utopies vendredi 17 avril il construisait des marionnettes nouées entre elles par des mots bleus / leurs vies et la sienne ne tenaient qu'à leurs fils samedi 18 avril ceux là colmattent la grande lézarde / ils planifient un monde nouveau conforme à l'ancien / résister sera créer

 

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dimanche 19 avril à débarquer trop tôt la prochaine peur sera t'elle de renouer avec les solitudes de la foule et avec ses folies ? lundi 20 avril cloîtrés sous notre quête de la couleur absolue nous ne percevons plus le gris de la pluie et oublions la fièvre du reste du monde mardi 21 avril taureau d'avril c'est mon jour on me célèbre / le four cuit envers et contre tout des verbes à l'infinitif / revenir couvrir ajouter laisser mélanger / et au chocolat mercredi 22 avril nous respirons les rumeurs nous touchons les parfums nous écoutons l'obscurité des bourdonnements / l'éloignement nous rapproche nos prisons nous libèrent jeudi 23 avril pourrait-on s'habituer ? se barricader d'écrans et d'enceintes virtuelles ? produire des chlorophylles approximatives ? secréter le confort de coquilles calcaires ? Vendredi 24 avril ils vont ressortir de leurs bunkers / masqués de leurs évidences pour ne pas être reconnus / relancer la précieuse machine et se laver les mains samedi 25 avril nous allons reprendre nos autoroutes payantes vers les soleils dérisoires / pour voir la mer depuis la dune en respectant les distances réglementaires

 

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dimanche 26 avril mais un sauveur magnanime pourra venir / son chariot chargé de solutions prodigieuses / il est à craindre qu'il n'arbore une chemise brune lundi 27 avril la liberté de chacun reste circoncise dans un cercle d'un mètre de rayon / au-delà de cette limite nos tickets de tendresse ne sont plus valables / nous gardons au bord des lèvres le souvenir des baisers mardi 28 avril pas de rendez-vous sonores sous les canicules / aucun théâtre sous les ombrages / nous donnerons tout de même nos parodies irrévérencieuses au plus chaud de l'été captif mercredi 29 avril les partitions de la grogne sont dores et déjà imprimées : fanfares de lendemains qui chantent et dissonances de klaxons péremptoires jeudi 30 avril la solitude de l'océan va rester verrouillée / le silence de la montagne cadenassé / nous rédigeons nos laisser-dépasser leurs interdits vendredi 1er mai un grand plombier zingueur chante pour lui tout seul chante que c'est jeudi qu'il n'ira pas en classe que la guerre est finie et le travail aussi (Jacques Prévert ) samedi 2 mai le désir d'un monde nouveau est dans toutes les chansons / le poète maussade marmonne qu'il sera le même, en pire dimanche 3 mai les rivières s'engageront dans les rues délaissées / le lierre partira à l'assaut de la Tour Eiffel / les rescapés du désastre en seront les témoins ébahis

 

blockhaus x 5

 

lundi 4 mai le lourd paquebot de carton vit ses derniers jours en cale sèche / relance est inscrit en lettres de gouache sur ses flancs / sa coque calfatée de bandages solubles mardi 5 mai le monde nouveau tournera comme tout le monde / va t-on au moins colorer nos apéros tolérés de saveurs clandestines dans des maquis feutrés ? Mercredi 6 mai les commerces commerceront / on léchera leurs vitrines aseptisées / nous paieront sans contact nos caddies remplis de vanités superflues jeudi 7 mai j'ai peint le naufrage du vieux monde / dessiné ses lézardes funestes / nous en visiterons les épaves échouées sur les plages interdites vendredi 8 mai il faut désormais attendre / reculer pour mieux voir / plisser les paupières pour révoquer les détails / quelque chose devrait advenir samedi 9 mai la violence peut remonter des terriers / les vieilles colères voudront en découdre / miner les chevilles de farine du colosse titubant dimanche 10 mai nous allons voir ensemble les jardins refleuris l'insolente clarté des canicules blanches les clameurs de poésie de musique de danse le pain doré comme les filles les soleils d'or la couleur absolue le lierre à l'assaut des Tours Eiffel et le naufrage du vieux monde

 



 

 

21 avril 2019

Giacometti

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Expo Giacometti au Musée Toulouse Lautrec à Albi

Alberto Giacometti, d'après modèle

mes notes

un très petit buste sur un énorme socle comme une tête réduite jivaro

ses figures au garde à vous bras ballants figés nues debout humaines

toutefois comme des déesses dit Jean Genet

un axe vertical toujours les traverse

il construit ses portraits à partir d'une croix

symétriques

il crayonne longtemps au centre du dessin jusqu’à user le feuille la percer

de petits dessins face profil dans le coin ou le bas d'une grande feuille

son dessin tourne autour des yeux il en fait des cibles

il semble ne pas lever le crayon et ne pas souvent regarder son papier

un portrait de René Char au stylo à bille penché comme une tour de Pise

qui écrit un poème dans sa tête

Annette, aimée, modèle, elle pose pendant des jours

au bout de trois elle ne se ressemble plus

il dit qu'à la fin il ne la reconnaît pas

si belle leur photo face à face

dans la vidéo il taille sa terre avec un canif ridicule ( j'ai le même ! )

il coupe retire remet creuse les orbites dégage les paupières

tout en parlant il parle des yeux il dit que c'est par les yeux que l'on connaît l'autre

( et moi qui ne dessine plus les yeux )

ses mains travaillent le buste symétriquement

quand il pousse la terre d'un coup de pouce à gauche il pousse tout autant à droite

le bloc d'argile et Alberto se regardent se palpent se modèlent réciproquement

et à la fin se ressemblent, un autoportrait chaque fois ?

il l' arrose à l'aide d'un banal broc en plastique

l'enveloppe d'un linceul humide et quitte l'atelier

puis c'est lui le mouillé il marche sous la pluie sa veste sur la tête rue d'Alésia

Cartier Bresson déclenche

La plus belle statue de Giacometti dit encore Jean Genet, je l'ai découverte sous la table, en me baissant pour ramasser mon mégot. Elle était dans la poussière, il la cachait, le pied d'un visiteur maladroit risquait de l'ébrécher ...

Et Giacometti dit : si elle est vraiment forte, elle se montrera, même si je la cache.

Jean Genet, l'atelier d'alberto giacometti

30 mars 2018

Ohé !

Ohé !

bateau bouteille

En mars 2014 j'ai lancé depuis la plage une bouteille à la mer, comme un naufragé sur une île déserte, j'ai rédigé un billet d'humeur ( de bonne humeur ) sur l'expo de Patrick Laroche à Rignac sur mon blog nouveau objetsperdus

Patrick Laroche a répondu pour préciser quelque peu sa démarche, des amis communs s'en sont mêlés, des retours, des échanges, ça partait bien !

J'ai fait pendant les premiers temps feu de tous bois : des commentaires d'expos pour donner envie d'aller les voir, des fiches expos pour partager mes expériences, des sujets syndicaux sur nos droits et nos devoirs de plasticiens, des plaidoyers en faveur de l'art contemporain ou de l'art brut, des évocations particulières de 14/18 ou du Tour de France, etc

Il y a eut Charlie, Sivens, j'ai osé quelques pages presque politiques, regonflé par Floréal Roméro comme au temps de mes vingts berges ! J'ai aussi quelquefois bouché des trous avec un poème ou une photo insolite …

Une poignée de fans s'est tout de même abonnée à mes salades

Et puis devant le silence de la mer j'ai commencé à renoncer

Et même si j'ai croisé quelques amis qui me disaient être lecteurs réguliers

j'ai souvent pensé que ma bouteille ne s'échouait jamais sur l'autre rivage !

 

 

Mais bon, aujourd'hui ça repart !

alors pour me prouver que vous existez bien, là bas, de l'autre côté de mon écran

et que vous avez ramassé mes flacons sur la plage

merci de me laisser vos commentaires,

vos suggestions, vos critiques !

directement sur le blog, au pied de mes articles

merci de vous abonner nombreux !

afin que j'envahisse régulièrement vos boîtes mails de mes coups de cœur ou de blues !

vous êtes ici 2

quelques choses à voir / photos / images / bons points / billets d'humeur / textes choisis articles indéfinis / compléments d'objets / art et manières / toutes choses bonnes à dire / mots plus hauts que d'autres / occasions perdues de se taire

bienvenue sur

objets perdus

blog d'humeurs et cabinet de curiosités

entrez libres !

 

 

 

 

17 mars 2018

Joliane Siegel, même pas peur !

 

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Joliane Siegel, même pas peur !

D'aucuns prétendent ( Paul Vilain le dernier en date, vendredi soir au vernissage de l'expo Transmigrations au MAMC de Cordes ) que Joliane Siegel serait une sorte de peintre/lanceur d'alertes qui tenterait plus ou moins vainement de nous sensibiliser aux malheurs variés de la planète, de nous prévenir avant qu'advienne l'apocalypse, de nous mobiliser pour enfin agir, devenirs bons et installer pour vendredi prochain un age d'or et de fraternité, vaincre la guerre, l'exploitation de l'homme par l'homme, la misère qui poussent sur la belle Méditerranée des embarcations précaires chargées de migrants blacks ceinturés de leurs gilets oranges pour faire complémentaire avec leur peur bleue.

 Ce n'est pas ce que j'ai vu : j'ai vu notre réalisme quotidien, nos maux de ventre habituels, nos blagues de récréations, nos peurs ordinaires si petites, j'ai vu l'humour trivial des farces de Molière, des masques, un carnaval de Jérôme Bosch, du burlesque ! Bon d'accord, aussi nos questions sans réponses, vieillir, survivre, en rire, mourir ?

 J'ai vu une grande fête, désespérée sans doute, mais une fête, le Minotaure avait une bonne tête de vache paisible, micro en main dans sa caisse déclouée, harcelé par un insecte inoffensif, une truie rose dans sa robe rouge, raté le strip-tease, les anneaux qui l'entravent sont des anneaux libres, une souris verte prise, attrapée, Joliane la montre à ces messieurs, le vautour trinque avec son chat blanc, l'abat-jour et son ampoule de nos dessins d'enfant se balancent, le plancher des vaches sacrées se dérobe sous nos genoux déjà couronnés, impossible de se maintenir, les fauteuils ont des roulettes, inévitables seront les chutes, d'autres seront sauvés par l'envol !

 C'est vrai, la série Good Luck déménage un peu plus, l'humain passe un sale quart d'heure, mais le cerbère rouge qui l’entraîne en enfer ressemble aux crocodiles que dessine mes petits enfants ! L'humain donc, elle ose un humain, fraîchement descendu du singe, le Minotaure a jeté le masque, il n'y a plus le filtre anthropomorphique, damned ! nous sommes découverts ! c'est toi, c'est moi, c'est nous !

 J'ai aussi vu la peinture, on en parle jamais, on dit ce que raconte le tableau ou ce que l’on croit qu'il raconte, mais on ne voit que rarement la peinture, on parle peu des moyens inventés pour raconter, du dessin, des couleurs, des coups de pinceaux, des glacis, des accords ou des dissonances, du support, du format choisi, du grand, du petit tableau, du quasi carré, de la longue marine, des séries où le peintre recommence et dont les pièces se demandent si elles pourront vivre séparées, j'ai vu la peinture en particulier dans les vagues de Good Luck et dans les deux petits formats posés sur le bord du mur, nature morte à la tête du Minotaure, carafe renversée, table rouge et sa voisine où l'homme singe renverse la carafe .

 j'ai vu ça, mais comme on dit, chacun y voit …

"Je mets en scène des histoires, la peinture les fait ensuite voyager, elle les dépose sur d’autres rétines que la mienne, réveille d’autres mémoires, d’autres morts, d’autres questions" confie Gérard Garouste dans L’Intranquille en 2009

 Joliane Siegel / Transmigrations / Musée d'Art Moderne et Contemporain de Cordes sur Ciel

( elle titre ses séries en anglais, elle ne signe pas, il me semble )

1 novembre 2016

Jean Vidal Saramon

Saramon

La maison de Jean Vidal à Saramon

Jean Vidal est héritier du père Cézanne qui voulait traiter la nature par le cylindre, la sphère et le cône, le tout mis en perspective. Cézanne inspire les cubistes, il est à l'origine d'un esprit de géométrie qui conduira aux abstraits géométriques, mais lui, remet des poutrelles solides dans la peinture impressionniste ( qui en avait bien besoin, faite d'air, de touches impalpables de ciels et de brouillards ) à la manière du jardinier qui construit sa cabane à outils, de bric et de broc, d'une manière infiniment primitive.

Jean Vidal reconstruit de cette façon des obélisques, des pyramides et des colonnes de temples, ou plutôt en dessine le squelette, l'idée même, dans l'espace, d'un trait de fer rehaussé d'une couleur primaire, primitive.

Il montrait il y a peu, au Frigo à Albi, des architectures récentes, plus neuves, plus "sorties d'usine", lisses et finies à la manière des œuvres minimalistes des années 60 et 70, des vertiges, expliquait-il, des hauts de ponts, de viaduc, de tours, qui trouvaient cependant leur place dans la petite salle du Frigo malgré leur caractère monumental.

Je suis plus sensible aux verticales rouillées, tordues ou mal redressées, aux pieux de bois recouverts il y a longtemps de peinture maintenant usée, rouge, bleue, jaune écaillé, qui peuplent avec affection sa maison familiale de Saramon.

Les dessins de fer de Jean Vidal y sont installés depuis l'extérieur et soulignent, encadrent, soutiennent, indiquent, conduisent dans la maison.

Depuis le bas, par les petits escaliers de pierre ou de bois, les volées de trois ou quatre marches, on grimpe dans une sensible installation, dans une œuvre totale signée Jean Vidal. Ses flèches archaïques, ses arbalètes inoffensives montrent le parcours vers le ciel, une pièce de bois des colombages extérieurs soulignée par une drôle de règle gradué de David Lachavannes le laissait deviner, il faut aller jusqu'au grenier pour trouver derrière la porte bleue, l'atelier de l'artiste.

L’ascension est douce, on ne fait pas d'effort, on croise des amis, des inconnus, la mère de Jean qui pose en starlette dans le studio familial, son père, enfant, ses oncles, ses tantes. La maison est habitée, la table est mise, on a ouvert les fenêtres pour que le soleil réchauffe les chambres, on est en vacances d'automne, c'est l'été de la Saint Martin.

Les transparences, les effacements d'Aline la discrète et toutes les œuvres de leurs amis jouent la même partition avec les images, les photos, les objets et toute la mémoire de la maison qui n'est pas devenue pour autant un musée (un musée est une forme de cimetière) ni un album de famille nostalgique. C'est un intime Lascaux dans lequel je ne suis pas étonné de rencontrer Giorgio Morandi, (autre enfant de Cézanne) endormi au coin de la table, couronné de l'une de ses natures mortes silencieuses.

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9 juillet 2016

Un pinceau bleu

pinceau bleu

Un pinceau bleu

Nous sommes retournés à Sivens / lundi / forte lumière soleil blanc

personne

silence

silence humain les oiseaux sont revenus

passe un grand camion un tracteur curieux

ils ont bloqué l'accès à la dalle funeste par un coup de bulldozer

et un panneau dérisoire route barrée

la route s'est barrée

faudrait plus de route du tout,  accès interdit aux humains

pas touche au ruisseau / plus de bruit / pas de pas

pour rassurer définitivement les bestioles et la vieille dame terrorisée

pour qu'elles reviennent et soient nommées conservatrices perpétuelles du Tescou

elles reviennent les bestioles, on creuse un trou au milieu du désert

rempli d'eau / deux grenouilles ( averties comment ?) rappliquent !

inutilité du projet reconnue : la belle affaire ! victoire goût queue d'artichaut

gâchis / quel gâchis !

gâchis de branches, de feuilles, de troncs, de salamandres et de tritons

guerres inoubliables plaies bosses injures

meurtre

le gamin n'est pas mort pour rien : la grenade fatale aura fait barrage au barrage

la nature ( pour cette fois encore ) plus forte que la démesure humaine recouvre intègre dissous digère les derniers vestiges du champ de bataille

je ramasse une relique un pinceau ordinaire sur lequel a séché une peinture bleue un beau cobalt ayant servi à repeindre plus vif le ciel du Testet

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